rajabu and others c republique unie de tanzanie requete n0072015 2019 afchpr 69 28 novembre 2019
The mandatory imposition of the death penalty for murder under Tanzanian law violates the right to life (Article 4) and dignity (Article 5) because it is arbitrary, removes judicial discretion, and constitutes cruel, inhuman, and degrading treatment. The State's failure to amend its legislation to remove the...
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- Citation
- rajabu and others c republique unie de tanzanie requete n0072015 2019 afchpr 69 28 novembre 2019
- Parties
- Applicant: Ally Rajabu, Angaja Kazeni alias Oria, Geofrey Stanley alias Babu, Emmanuel Michael alias Atuu, Julius Petro; Respondent: République-Unie de Tanzanie
- Court
- TANZLII
- Jurisdiction
- Tanzania
- Judgment Date
- 1 January 2019
- Procedural Posture
- Human Rights Application / Final Judgment
- Outcome
- Application partially granted
- Legal Topics
- Death Penalty, Right to Life, Right to Dignity, Fair Trial, Obligation to Amend Legislation
- Source Language
- en
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Summary, issues, holding and outcome
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Parties
Ally Rajabu, Angaja Kazeni alias Oria, Geofrey Stanley alias Babu, Emmanuel Michael alias Atuu, Julius Petro
Applicant
République-Unie de Tanzanie
Respondent
Procedural Posture
Human Rights Application / Final Judgment
Legal Issues
- 1 Whether the mandatory imposition of the death penalty for murder under Tanzanian law violates the right to life and dignity under the African Charter on Human and Peoples' Rights
- 2 Whether the applicants' right to a fair trial was violated
- 3 Whether the State failed to take legislative or other measures to give effect to the Charter
Ratio Decidendi
The mandatory imposition of the death penalty for murder under Tanzanian law violates the right to life (Article 4) and dignity (Article 5) because it is arbitrary, removes judicial discretion, and constitutes cruel, inhuman, and degrading treatment. The State's failure to amend its legislation to remove the mandatory death penalty also violates Article 1 of the Charter.
Court Disposition
Application partially granted
Orders
- State to pay each applicant 4,000,000 Tanzanian shillings for moral damages within six months, tax free, with interest for late payment.
- State to amend its Penal Code within one year to remove the mandatory death penalty for murder and restore judicial discretion.
Full Case Text
Judgment text and source record
1 paragraphs
AFRICAN UNION q UNION AFRICAINE utttAo AFRIcANA -*:t'u.rl*I'tll AFRICAN COURT ON HUMAN AND PEOPLES' RIGHTS COUR AFRICAINE DES DROITS DE L'HOMME ET DES PEUPLES AFFAIRE ALLY RAJABU ET AUTRES ,W"{,fffi@4tsw c REPUBLIOUE-UN!E DE TANZANIE ReouEre N'ooz/201s ARRET 28 NOVEMBRE 2019 At{ A lll) + f q 6,r.fffi ht 5 trmrrt5 pt @----- e Y d- 00147 t Sommaire L LES PART|ES........ ....................2 il. oBJET DE LA REQUETE................... .............3 A. Faits de la cause.......... ..............................3 B. Violations all6gu6es........ ...........................3 III. RESUME DE LA PROCEDURE DEVANT LA COUR... .............................4 IV. MESURES DEMANDEES PAR LES PARTIES........ .................................,5 v. suR LA CoMPETENCE....................... ............e A. Exception d'incompetence mat6rielle ............................10 i. Exception relative au fait que la Cour est appel5e d siEger en tant que juridiction d'appel .............10 ii. Exception relative au fait que la Cour est appel6e d agir en tant que juridiction de premidre instance........... 11 B Autres aspects de la comp6tence ............... L2 vt. suR LA RECEVABTLTTE ..,...........,.....,, 13 A Conditions de recevabilit6 en discussion entre les Parties ............ L4 i. Exception relative au non-6puisement des recours internes t4 ii. Exception relative au d6p6t de la Requ6te dans un d6lai non-raisonnable 16 B Conditions de recevabilit6 non contest6es par les Parties............. 18 v[. suR LE FOND............. 19 A Sur la violation all6gu6e du droit d un procds 6quitable 19 i. Le droit d'6tre jug6 dans un d6lai raisonnab|e.................... 19 ii. Le droit d ce que sa cause soit entendue 23 iii. Sur le droit d'6tre jug6 par une juridiction comp6tente.... 27 B Sur la violation all6gu6e du droit d la vie............ 28 C Violation allegu6e du droit d la dignit6...... 35 D Violation all6gu6e de I'article 1"r de la Charte............. 37 vil. suR LES REPARATTONS ...................... 38 A R6parations p6cuniaires.... 4L i. Sur le prejudice materiel 42 a. Perte de revenus........... 42 b. Frais de proc6dure devant les juridictions nationales 42 ii. Pr6judicemoral............... 3 @.-- qf 001{?1 a. Pertes subies par les Requ6rants ........................,.', 43 b. Prejudice subi par la famille du Requ6rant............ 45 B. R6parations non p€cuniaires 45 45 47 iii. Publicationdel'arr6t......... 48 IX. FRAIS DE PROGEDURE 49 x. DtsPostTlF... 49 & YN 0014? 0 La Gour compos6e de : Sylvain ORE, President ; Ben KIOKO, Vice-pr6sident ; Rafad BEN ACHOUR, Angelo V. MATUSSE, Suzanne MENGUE, M-Th6rese MUKAMULISA, Tujilane R. CHIZUMILA, Chafika BENSAOULA, Btaise TCH|KAYA, Stella l. ANUKAM, Juges et Robert ENO, Greffier. Conform6ment d I'article 22 du Protocole relatif d la Charte africaine des droits de I'homme et des peuples portant cr6ation d'une cour africaine des droits de l'homme et des peuples (ci-apres < le Protocole >) et a l'article 8(2) du Rdglement interieur de la cour (ci-aprds < le Rdglement >), la Juge lmani ABouD, de nationalite tanzanienne, s'est r6cus6e. En l'affaire Ally RAJABU, Angaja KAZENI alias Oria, Geofrey STANLEY atias Babu, Emmanuel MICHAEL alias Atuu et Julius PETRO repr6sent6s par Me William ERNEST (assistance judiciaire gratuite offerte par la Cour de c6ans) contre REPUBLIQUE-UNI E DE TANZANIE repr6sent€e par Dr Clement J. Mashamba, Solicitor General ; tl Mme Sarah D. MWAIPOPO, Directrice des Affaires constitutionnelles et des Droits de l'homme, Cabinet de l'Attorney General, Dar-es-Salaam (Tanzanie) ; T 001463 M. Baraka LUVANDA, Ambassadeur, Chef de la Division des Affaires juridiques, Ministdre des Affaires 6trangdres et de la Cooperation internationale, Dar-es-Salaam (Tanzanie) ; IV Mme Nkasori SARAKIKYA, Directrice adjointe chargSe des droits de l'homme, Pincipal State Attomey, Cabinet de I'Attorney General, Dar_es_ Salaam (Tanzanie); Mme Venosa Mkwizu, Principal State Attorney, Cabinet de l,Attorney Genera l, Dar-es-Salaam (Tanzanie) ; VI M. Mark Mulwambo, Principal state Attorney, cabinetde I'Attorney General, Dar-es-Salaam (Tanzanie) ; v M. Erisha Suku, Responsable des Affaires 6trangdres, Ministdre des Affaires 6trangdres et de la coop6ration internationale, Dar-es-salaam (Tanzanie) ; apres en avoir d6libere, rend le pr€sent arret I. LES PARTIES MM. Ally Rajabu, Angaja Kazeni alias Oria, Geofrey Stanley alias Babu, Emmanuel Michael alias Atuu et Julius petro (ci-aprds d6nomm6s les < Requ6rants >) sont des ressortissants tanzaniens condamn6s A la peine capitale pour meurtre et actuellement d6tenus d la prison centrale d'Arusha. 2. La Requ€te vise la R6publique-Unie de Tanzanie (ci-aprds d6nomm6e < l'Etat d6fendeur >), devenue partie i la charte africaine des droits de l'homme et des peuples (ci-aprds la < Charte >>) le 21 octobre 1gg6 u Protocole le 10 f6vrier 2006. Elle a €galement d6pos6, le 29 ma 2 g-. 001{68 la d6claration pr6vue A l'article 34(6) du Protocole, par laquelle elle accepte la comp6tence de la Cour pour recevoir des affaires 6manant de particuliers et d'organisations non gouvernementales. II. OBJET DE LA REOUETE A. Faits de la cause 3. Le 12 septembre 2006, les Requ6rants ont 6t6 arr6t6s dans le village de Mruma, du district de Mwanga en Tanzanie, pour le meurtre d'un certain Jamal Abdallah. Le 24 juin 2008, ils ont 6t6 accus€s de meurtre devant la Haute Cour de Tanzanie siegeant A Arusha. 4. Le 25 novembre 2011, la Haute Cour a d6clar6 les Requ6rants coupables et les a condamn6s d la peine capitale dans l'affaire p6nale n" 30 de 2008. Non satisfaits de cette decision, ils ont form6 un recours devant la Cour d'appel de Tanzanie, en I'appel p6nal n' 43 de 2012. Le 22 mars 20'13, la Cour d'appel a rejete leur appel. 5. Le 24 mars 2013, les Requ6rants ont d6pos6 une requCte en revision, qui etait encore pendante devant la Cour d'appel au moment du d6p6t de la pr6sente Requ6te le 26 mars 2015. B. Violations all6gu6es 6. Les Requ6rants alleguent qu'ils ont 6t6 jug6s pour meurtre en violation de l'article 1g6 du Code p6nal, dans l'affaire p6nale n' 30 de 2008 ; ont 6t6 condamn6s pour meurtre alors que leur cause n'avait pas 6t6 pleinement entendue ; f, e-- 0 0146 ? t n'ont reQu aucune suite a leur requ6te en r6vision devant la Cour d'appel, alors que la loi leur permettait de demander cette r6vision ; IV ont ete condamn6s en violation de la Constitution et du R6glement des juridictions tanzaniennes ; ont 6t6 condamn6s sur la base d'une erreur manifeste du Tribunal de premiBre instance; VI ont 6t6 condamn6s sur la base de preuves contradictoires ; vtl n'ont pas 6t6 jug6s conform6ment au principe du procds 6quitable dans le cadre de leur requ6te en r6vision de l'arr€t de la Cour d'appel, 5tant donn6 qu'un mOme juge a men6 et la proc6dure pr6liminaire, et le procds proprement dit, alors que les enqu6tes pr6liminaires avaient 6t6 men6es par un seul et m€me agent de police ; v t ont ete reconnus coupables alors que I'examen de leur alibi n'avait pas 6t6 fait de manidre d 6carter tout doute raisonnable, en violation de l'article '1 10 de la Loi sur la preuve ; tx ont 6t6 condamn6s en violation de l'article 235(1) de la Loi portant Code de procedure p6nale ; x ont 6t6 condamnds d mort en violation de leurs droits d la vie et d la dignit6 garantis par la Charte. III. RESUME DE LA PRoGEDURE DEVANT LA coUR 7. La Requ6te a et6 regue au Greffe de la Cour le 26 mars 2015 4 00146S 8. Sur instructions de la Cour, le Greffe a sollicit6 les services de MeWlliam Kivuyo Ernest, qui a accept6 de representer les Requ6rants d titre gracieux. 9. Le'l 8 mars 2016, la Cour a rendu une ordonnance portant mesures provisoires, enjoignant d l'Etat d6fendeur de surseoir A l'application de la peine capitale jusqu'd ce qu'elle ait statuE sur le fond de la Requ6te. 10. Les Parties ont depos6 leurs observations dans les d6lais impartis par la Cour 11. La procedure 6crite sur le fond de l'affaire a 6t6 close le 24 janvier 2O1g 12.Le 6 juillet 2018, le Greffe a inform6 les parties qu'd sa quarante- neuvidme session ordinaire, la Cour avait decide de statuer sur le fond et les r6parations dans un seul et m€me arr6t. Les parties ont donc 6t6 invit6es d d6poser leurs observations sur les r6parations. 13. Les Requ6rants ont d6pos6 leurs observations sur les r6parations dans les delais impartis. L'Etat defendeur n'a pas r6pondu aux observations des Requ6rants sur les r6parations. IV. MESURES DEMANDEES PAR LES PARTIES 14. Les Requ6rants prient la Cour de rendre les mesures suivantes Evaluer de manidre crltique les preuves pr6sent6es devant la Haute Cour, en particulier celles concernant leur identification, en vue d'une d6cision juste car Ie juge charg6 du procds avait commis l'erreur flagrante de droit et de fait de les condamner sur la base d'6l6ments de preuve non fiables fournis par des t6moins incohdrents 5 @- + \+^/\'"s- 00146r) Dire que condamner les Requ6rants avant de les d6clarer coupables constitue une violation de l,article 235(1) du Code de proc6dure p6nale, et qu'en cons6quence, le b6n6fice du doute devrait leur 6tre accord6. t Dire que la Cour d'appel n'a pas r6vis€ sa d6cision malgr6 les pouvoirs que lui confdrent son Rdglement int6rieur et la Constitution de l'Etat d6fendeur. IV Dire que la d6cision de les condamner 6tait fond6e sur une erreur manifeste, eu 6gard au dossier. Dire que l'enquOte pr6liminaire, du fait d,€tre men6e par un seul agent de police, constitue une violation de leur droit A un procds equitable. VI Dire que les audiences pr6liminaires ainsi que le procds proprement dit ont et6 men6s par un seul et m€me juge, ce qui constitue une violation de leur droit d'€tre entendus par une juridiction comp6tente. VII Dire qu'en ne modifiant pas l'article 197 de son Code p6nal, qui pr6voit l'imposition obligatoire de la peine capitale en cas de meurtre, I'Etat d6fendeur a viol6 le droit d la vie et ne respecte pas l'obligation de donner effet d ce droit tel que garanti par la Charte. v Dire que l'imposition obligatoire de la peine capitale par la Haute Cour et sa confirmation par la Cour d,appel constituent une violation de leur droit dr Ia vie et d la dignite. tx lnfirmer la d6claration de culpabilit6, annuler la peine prononc6e i leur encontre et ordonner leur remise en libert6 6 001{6,1 x Leur octroyer a titre de pr6judices mat6riels d'autres formes de r6paration, y compris les frais de justice, et des pr6judices moraux pour eux-mEmes et les membres de leurs familles, comme suit : a. Quatre cent vingt-trois mille deux cent quatre-vingt-neuf (423289) dollars des Etats-Unis i Ally RAJABU ; b. Trois cent soixante-huit mille cent soixante-douze (368 172) dollars des Etats-Unis dr Angaja KAZENI alias Oria , c. Trois cent soixante-quinze mille (375 000) dollars des Etats-Unis a STANLEY alias Babu ; d. Quatre cent quarante-six mille deux cent soixante-dix-huit (446 278) dollars des Etats-Unis d Emmanuel MICHAEL alias Atuu , et e. Quatre cent trente-neuf mille quatre cent quatre-vingt- treize (439 493) dollars des Etats-Unis ir Julius PETRO. 15. L'Etat d€fendeur demande d la Cour de prendre les mesures suivantes quant d sa comp6tence et A la recevabilit6 de la Requ€te : (( Dire que la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples n'a pas comp6tence pour statuer sur la Requ6te et la rejeter en cons6quence. il Dire que la Cour n'a pas comp6tence pour ordonner d I'Etat d5fendeur de lib6rer les Requ6rants de prison. Dire que la Cour n'a pas comp6tence pour si6ger en tant juridiction d'appel sur des questions jug6es et tranch6es Cour d'appel de l'Etat defendeur 7 @' w 00146 3 IV Dire que la Cour n'a pas comp6tence pour si6ger en tant que tribunal de premidre instance sur des questions jamais soulev6es devant les juridictions de base de I'Etat d6fendeur. Dire que la Requete ne remplit pas les conditions de recevabilit6 6nonc6es d l'article 40(5) du Reglement de la Cour et qu,en cons6quence, elle est irrecevable et d0ment rejet6e. VI Dire que la Requ6te n'a pas satisfait aux conditions de recevabilit6 6nonc6es d I'article a0(6) du Rdglement de la Cour et qu,en cons6quence, elle est irrecevable et d0ment rejetee. v Rejeter la Requ6te > 16. L'Etat d6fendeur demande en outre de rendre, sur la comp6tence de la Cour et la recevabilit6 de la Requ€te, les mesures suivantes : ( i. Dire que le gouvernement de la R6publique-Unie de Tanzanie n,a pas viol6 le droit des Requ6rants d ce que leur cause soit entendue ; Dire que le gouvernement de la Republique-Unie de Tanzanie n,a pas viole le droit des Requ6rants d un procds 6quitable ; Dire que le gouvernement de la Republique-Unie de Tanzanie n'a pas traite avec lenteur la requ6te des Requdrants demandant r6vision de Ia d6cision de la Cour d'appel dans I'appel p6nal n" 43 de 2012. IV Dlre que les Requ6rants ont 6te identifies de manidre appropriee sur les lieux du crime Dire qu'il n'y a pas eu violation de l'a rticle 235(1) duC e proc6dure p6nale, chap. 20, RE 2002 ; 00146 2 VI Dire que la condamnation inappropriee de la Haute Cour a et6 corrig6e par Ia Cour d'appel de Tanzanie dans l,appel penal n. 43 de 2009. vil Dire que la d6claration de culpabilitE et la peine prononc6e d l'6gard des Requerants par la Haute Cour lors du procds et confirm6es par la Cour d'appel de Tanzanie 6taient appropri6es et conformes d la loi. v t Rejeter la Requ6te au motif qu'elle n'est pas fond6e > 17. Pour ce qui est des r6parations, l'ftat d6fendeur demande d la Cour de rejeter dans leur totalit6 les demandes des Requ6rants, au motif qu'elles ne sont ni 6tay6es ni accompagn6es de documents justificatifs. V. SUR LA COMPETENCE 18. En vertu de l'article 3 du Protocole : < 1. La Cour a comp6tence pour connaitre de toutes les affaires et de tous les diff6rends dont elle est saisie concernant l'interprdtation et l'application de la Charte, du pr6sent protocole et de tout autre instrument pertinent relatif aux droits de I'homme et ratifie par les Etats concern6s. 2. En cas de contestation sur le point de savoir si la Cour est comp6tente, la Cour decide. > l9.Conform6ment d l'article 39(1) du Rdglement, <La Cour procdde d un examen pr6liminaire de sa comp6tence... >. 20.L'Etat d6fendeur souldve deux exceptions relatives, premidrement, d la question de savoir si la Cour agirait en tant que juridiction d,app el et deuxidmement, si elle siegerait en tant que juridiction de p re instance, relativement aux violations al169u6es pa les Requ6 9 ***{ 001461 A. Exception d'incomp6tence mat6rielle i. Exception relative au fait que Ia Cour est appel6e i sidger en tant que juridiction d'appe! 21 .L'ttat d6fendeur fait valoir que la Cour n,a pas comp6tence pour examiner la Requete en l'espdce, 6tant donn6 que les Requ6rants demandent qu'elle sidge, en tant que juridiction d'appel, pour r6examiner leurs demandes d'annulation de la d6claration de culpabilit6 et de la peine prononc6e d leur encontre et les remettre en libert6. L,Etat d6fendeur soutient que pour ce faire, la cour devra r66valuer les preuves ainsi que l'arr6t de la Cour d'appel, qui est la plus haute juridiction du pays. z2.L'ital d6fendeur ajoute que la demande tendant a faire de la cour une juridiction d'appel est celle, en particulier du Requ6rant Geofrey Stanley, qui tente d'interjeter appel devant la cour de c6ans de sa condamnation et de sa peine. Enfin, l'Etat defendeur soutient que la Cour d,appel a suffisamment trait6 des allegations mentionn6es plus haut dans l,appel p6nal n" 43 de 2012. A l'appui de ses affirmations, I'Etat d6fendeur se r6fdre d l'arr€t de la cour de c6ans dans l'affaire Emest Francis Mtingwi c. Rdpublique du Malawi. 23. Dans leur R6plique, les Requerants font valoir que la pr6sente Requ€te reldve de la comp6tence de la Cour, parce que les violations sont 6tablies et les droits invoqu6s prot6g6s par la charte. En ce qui concerne l'affirmation de l'Etat d6fendeur selon laquelle la Cour est appelee ir si6ger en tant que cour d'appel, les Requ6rants soutiennent qu,ils ne cherchent d faire examiner que les actes de l,Etat d6fendeur r6prehensibles selon eux. Les Requ6rants affirment que l'Etat d6fendeur invoque d tort l'affaire Mtingwi et qu'en l'espdce, la Cour devrait p 0t appliquer sa jurisprudence dans I'affaire Alex Thomas c. R6p e- Unie de Tanzanie 10 Y 001460 24-La cour rappelle sa jurisprudence constante selon laquelle elle ne r6examine pas les questions d6jd tranchees par les juridictions nationalesl. Ainsi donc elle n'a pas comp6tence d'appel pour confirmer ou infirmer les decisions de ces juridictions, mais poursuit-elle, conserve le pouvoir de d6terminer si les proc6dures nationales sont conformes aux normes internationales en matidre de droits de l,homme.2 25. En l'espece, I'Etat d6fendeur s'oppose d ce que la Cour, d la demande des Requ6rants, r66value les el6ments de preuve et r6vise la peine qui leur a 6t6 inflig6e. La Cour fait observer que les Requ6rants lui demandent de determiner si les proc6dures devant les juridictions nationales ont 6te men6es dans le respect des normes internailonales que I'Etat d6fendeur a I'obligation de prot6ger.3 A ce titre, les questions soulev6es reldvent de la comp6tence de la Cour de c6ans. 26. L'exception soulev6e par l'Etat d6fendeur dr cet €gard est en cons6quence rejetee. ll. Exception relative au fait que Ia Cour est appel6e i agir en tant que juridiction de premidre instance 27.L'ttatd6fendeur affirme que les Requ6rants demandent 6galement i la Cour de si6ger, en tant que juridiction de premidre instance, pour examiner la violation all6gu6e de leur droit d ce que leur cause soit entendue. Cette all6gation, souligne-t-il, n'a jamais 6te soulev6e devant les juridictions internes, elle 6merge pour la premidre fois devant la cour de c6ans. 1 Voir: Requ€te n' 001/2015. Arret du 07112t2018 (fond et r6parations), Armand Guehi c. R1publique- unie de Tanzan e, S 33. Voir aussi Atex Thomas c. Tanzanie (fond) (2ois) 1 RJCA 482, SS ori a os'; et Requdte n' 006/2015. Arr€t du 231312018 (fond), Nguza Viking et Johnson Nguza c. R1fubtique-unie de Tanzanie, $ 35. 2 Voir : Armand Guehi c. Tanzanie (fond et r6parations), $ 33. Voir 6galement Requete n' 024t2015 Arr6t du 0711212018 (fond), Werema Wangoko Werema e t un autre c. R6publique-Unie de Tanzanie, 6 29; Alex Thomas c. Tanzanie (fond), g 130 i Mohamed Abubakari c. RE publique-Unie de Tanzanie (fond) (2016), 1 RJCA 624, S 26 ; et Emest Francis Mtingwi c. Malawi (compbtence), (2013) 1 RJC 197, S 14. 3 Voir Werema Wangoko Werema et un autre c. Tanzanie, $ 31 11 001{5I 28. Dans leur R6ponse, les Requ6rants soutiennent qu,ils demandent d la Cour d'6valuer le comportement de l'Etat defendeur par l,intermediaire de ses organes, d la lumi6re des instruments internationaux auxquels il a adh6re. 29. La Cour estime, conform6ment d sa jurisprudence constante, qu,elle a la comp6tence materielle en vertu de l'article 3 du protocole, dds lors que la Requ6te alldgue des violations de droits proteg6s par la Charte ou par tout autre instrument international pertinent auquel l'Etat defendeur est partiea. 30. La cour reldve qu'en l'espdce, les Requ6rants alldguent la violation des droits d la vie, d la dignite et i un procds 6quitable, garantis par les articles 4,5 et7(1) de la Charte, respectivement. 31.A la lumidre de ce qui pr6cdde, la cour rejette I'exception soulev6e par l'Etat d6fendeur sur ce point et conclut qu'elle a la compEtence materielle pour connaitre de I'esp6ce. B. Autres aspects de la comp6tence 32. La cour reldve que l'Etat d6fendeur ne conteste pas les autres aspects de sa comp6tence et que rien dans le dossier n'indique qu,elle n,est pas competente d cet 6gard. La Cour en conclut qu,elle a : la comp6tence personnelle 6tant donn6 que I'Etat d6fendeur est partie au Protocole et qu'il a d6pose la d6claration requise en vertu de l'article 3a(6) du Protocole, par laquelle il permet aux Requ6rants I'accds d la Cour, au sens de l,article 5(3) du Protocole ; a Voir : Armand Guehi c. Tanzanie (fond et r6parations), $ 31. Voir aussi Werema Wangoko Werema un autre c. Tanzanie (lond), $ 29. Voir aussi Nguza Viking et Johnson Nguza c. Tanzanie, 36; et r $ Joseph Chacha c. Republique-Unie de Tanzanie, (tond) (2014) 1 AfCLR 3 8, 114 S t2 @- 001{5 8 la comp6tence temporelle, 6tant donn6 que les violations all6gu6es, commenc6es avant le dep6t de la d6claration requise en vertu de l'article 34(6), se sont poursuivies ult6rieurement au d6p6t ; la comp6tence territoriale, les faits de la cause s'6tant produits sur le territoire de I'Etat d6fendeur. 33.A ta lumidre de ce qui precdde, la Cour conclut qu'elle est comp6tente pour connaitre de l'espece. VI. SUR LA RECEVABILITE 34. En vertu de l'article 6(2) du Protocole, < la Cour statue sur la recevabilit6 des requ6tes en tenant compte des dispositions 6nonc6es d l'article 56 de la Charte >. En vertu de l'article 39(1)de son Rdglement, < La Cour procdde i un examen pr6liminaire... des conditions de recevabilit6 de la requ6te telles que pr6vues par les articles 50 et 56 de la Charte et l'article 40 du pr6sent Rdglement >. 35. L'article 40 du Reglement, qui reprend en substance les dispositions de l'article 56 de la Charte, est libelle comme suit : < En conformit6 avec les dispositions de l'article 56 de la Charte auxquelles renvoie I'article 6(2) du Protocole, pour 6tre examin6es, les requEtes doivent remplir les conditions ci-aprds : 1. lndiquer l'identit6 de leur auteur m6me si celui-ci demande d la Cour de garder l'anonymat ; 2. Etre compatible avec l'Acte constitutif de l'Union africaine et la Charte ; 3. Ne pas contenir de termes outrageants ou insultants , 13 & 001{5 ? 4. Ne pas se limiter d rassembler exclusivemenl des nouvelles diffus6es par les moyens de communication de masse ; 5. Etre postdrieures ir l'6puisement des recours internes, s,ils existent, d moins qu'il ne soit manifeste d la Cour que la procddure de ces recours se prolonge de fagon anormale ; 6. Etre introduites dans un delai raisonnable courant depuis l'6puisement des recours internes ou depuis la date retenue par la Cour comme faisant commencer d courir le d6lai de sa propre saisine ; 7. Ne pas concerner des cas qui ont 6t6 regl6s conform6ment soit aux principes de la Charte des Nations Unies, soit de l,Acte constitutif de l'Union africaine et soit des dispositions de la Charte ou de tout autre instrument juridique de l'Union africaine >. 36.certaines des conditions mentionn6es ci-dessus ne sont pas en discussion entre les Parties, toutefois, l'Etat defendeur souleve deux exceptions d'irrecevabilite de la Requ€te. A. Conditions de recevabilit6 en discussion entre les parties 37. L'Etat d6fendeur souldve deux exceptions d'irrecevabilit6 de la Requete relatives, pour la premidre, d la condition de l'epuisement des recours internes et, pour la seconde, au dep6t de la Requ6te dans un delai raisonnable aprds 6puisement des recours internes. Exception relative au non-6puisement des recours internes 38. L'Etat defendeur affirme qu'en ce qui concerne l'allegation selon laquelle le droit des Requ6rants d ce que leur cause soit entendue leur a 6t6 refus6, les Requ6rants auraient pu invoquer la question comme moyen d'appel devant la Cour d'appel dans l'affaire p6nale n" 43 de 2012. L' d6fendeur soutient en outre que les Requ6rants dlsposaient 74 @-' 001{5 6 d'un recours consistant a d6poser une requEte en inconstitutionnalit6 devant la Haute Cour, en vertu de la Loi sur l'application des droits et des devoirs fondamentaux [Chap 3 version revisee 2002]. 39. Dans leur Replique, les Requ€rants ne font aucune observation sur l'exception de I'Etat d6fendeur selon laquelle ils auraient d0 soulever la question de leur droit d ce que leur cause soit entendue comme moyen d'appel. Cependant, lls font valoir que le d6p6t d,une requ6te en inconstitutionnalit6 devant la Haute cour n'est pas un recours applicable en l'espdce. A I'appui de leur argument, ils renvoient i l,arr6t de la Cour dans l'affaire Alex Thomas c. Rdpublique-lJnie de Tanzanie et soutiennent qu'ils n'Staient pas tenus d'6puiser ce recours. 40. La Cour, conform6ment d ses d6cisions ant6rieures, rappelle que les recours d 6puiser au sens de l'article 56(5) sont des recours ordinaires. ll n'est donc pas demand6 aux Requ6rants d,6puiser des recours extraordinairess. 41. La cour, sur la question de savoir si les Requ6rants auraient pu saisir la Cour d'appel, rappelle sa jurisprudence 6tablie, selon laquelle le droit invoqu6 par les Requ6rants fait partie d'un faisceau de droits et de garanties, qui constituent le fondement des proc6dures devant la Haute cour et devant la cour d'appel. En cons6quence, les autorites judiciaires nationales ayant eu la possibilite de rem6dier d la violation proc6durale all6gu6e, m6me si les Requ6rants n'ont pas explicitement soulev6 cette question, les recours internes doivent 6tre consid6r6s 6puis6s6. s Voir Requ6 te n " 006/2016. Arr€t du 711212018 (Fond), Mgosi Mwita Makungu c. R6 publique-Unie de Tanzanie, $ 46. Voir aussi A lex Thomas c. Tanzanie (Fond), SS 60-62 ; Mohamed Abubakari c. Tanzanie (Fond), gg 6 6-70; et Req uete n' 0'l 1/20'15. Arret du 281912011 (Fond), Christop her Jonas c. R6pu Unie de Tanzanie, g 44 6 Yoir: Armand Guehi c. Tanzanie (Fond et R6parations), S SO. V oir aussi Alex Thomas c. an (Fond), $$ 60-65; et RequCte n" 003/2015. Arret du ZBtOgl2OlT ( Fond), Kennedy Owino O Chartes John Mwanini Njoka c. Repubtique-lJnie de Tanzanie, $ Si 15 001{55 42. La Cour reldve qu'en l'espece, la Cour d'appel ayant eu l'occasion d'examiner plusieurs griefs des Requ6rants portant sur la mani6re dont la Haute Cour avait men6 la proc6dure, avait amplement la possibilit6 de v6rifier si le droit d ce que leur cause soit entendue avait 6t6 examin6 par la juridiction inf6rieure. 43.Quant au recours en inconstitutionnalite, la Cour fait observer, comme elle l'a d6jd indiqu€ dans le pr6sent ArrCt, que ce recours, tel qu'il s'applique dans le systdme juridictionnel de l'Etat dEfendeur, est un recours extraordinaire, qu'un requ6rant n'est pas tenu d'6puiser avant de la saisir. 44.La Cour reldve qu'aprds leur condamnation d mort par la Haute Cour le 25 novembre 2011,|es Requ6rants ont interjet6 appel de la d6cision devant la Cour d'appel qui, le 22 mars 2013, a rejet6 leur appel. La Cour note en outre que la Cour d'appel est la plus haute juridiction de I'Etat d6fendeur. 45. De ce qui procdde, la Cour conclut que les recours internes ont 6te 6puis6s et rejette l'exception de t'Etat d6fendeur relatif au non- 6puisement des recours internes. Exception relative au d6p6t de la Requ6te dans un d6lai non- raisonnable 46.L'Etat d6fendeur soutient que l'espace de deux (2) ans 6coul6 entre le prononc6 de l'arr6t de la Cour d'appel le 22 mars 2013 et le d6p0t devant la Cour de c6ans de la pr6sente Requ6te n'est pas un d6lai raisonnable au sens de I'article 56(5) de la Charte. L'Etat d6fendeur se r6f6rant d la jurisprudence de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples (Commission africaine) dans l'affaire Michael Majuru c. Rdpublique du Zimbabwe, demande a la Cour de d6clarer la Requdte irrecevable, car d6pos6e plus de six mois apres l'6puisement d recours internes t6 g/ 00145 dl 47. Les Requ6rants quant d eux soutiennent que la Requ6te doit 6tre consid6r6e d6pos6e dans un d6lai raisonnable, compte tenu des circonstances particulidres de l'affaire et de leur situation de profanes en matidre de droit, indigents et incarc6r6s. lls prient en outre la Cour de tenir compte du temps qu'ils ont passe d tenter de faire entendre leur demande de r6vision devant la Cour d'appel qui, maintes fois, a ajourn6 l'affaire. 48. La Cour rappelle que conform6ment i l'article 56(6) de la Charte, les requ€tes dont elle est saisie doivent 6tre d6pos6es < dans un delai raisonnable aprds 6puisement des recours internes )) ou... ( depuis la date retenue par la Cour comme faisant commencer d courir le d6lai de sa propre salsrne l. 49. La Cour relBve, en l'espdce, que les Parties s'accordent sur le fait que le d6lai dans lequel la Requ6te devait €tre d6pos6e doit 6tre calcul6 A partir de la date de l'arr6t de la Cour d'appel, soit le 22 mars 2013. La Requ6te ayant 6t6 d6pos6e devant la Cour le 26 mars 2015,|a periode d examiner est de deux (2) ans et quatre (4) jours. 50. ll est de jurisprudence constante d la Cour que l'exigence selon laquelle une requ6te doit 6tre d6pos6e dans un d6lai raisonnable aprds l'6puisement des recours internes doit 6tre 6valu6e au cas par cas7. Parmi les facteurs pertinents, la Cour a fonde son 6valuation sur la situation des Requ6rants, notamment, l'6puisement des recours internes et leur 6tat de profanes en matidre de droit, indigents et incarc6r6s8. 7 Yoir'. Armand Guehi c. Tanzanie (Fond et R6parations), SS 55-57. Voir aussi : Werema Wangoko Werema et un autre c. Tanzanie (Fond), $$ 45-50; Norbei Zongo et autrcs c. Burkrna Faso (Exceptio pr6liminaires) >, (2013) 1 RJCA 204, S 121 ; et A/ex Thomas c. Tanzanie (Fond), SS 73-74. sVot: Chistopher Jonas c. Tanzanie (Fond), 53. Voir aussi Mohamed Abubakari c. Tanzanie ( $ $ 92 ; et A/ex Thomas c. Tanzanie (Fond), $ 74 t7 @_-, 001{ 53 51.La Cour reldve, comme susmentionn6 dans les faits de la cause, qu'aprds avoir d6pos6,le 24 mars 2014, leur requ6te en r6vision de I'arr6t de la Cour d'appel du 22 mars 2013, les Requ6rants devaient attendre l'issue de leur recours en r6vision avant de saisir la Cour de c6ans le 26 mars 2015. Etant donn6 que le recours en r6vision est un droit prevu par la loi, les Requ6rants ne peuvent pas 6tre p6nalis6s pour l'avoir exerce et le temps pass5 d l'exercer doit 6tre pris en compte lorsqu'il s'agit d'apprecier le caractdre raisonnable du d6lai, au sens de l'article 56(6) de la Chartee. 52. La Cour note 6galement que dans le cas d'espdce, les Requ6rants sont des profanes en matidre de droit, indigents et incarc6r6s. Compte tenu de leur situation, la Cour a accorde aux Requ6rants l'assistance d'un conseil dans le cadre de son programme d'assistance judiciaire. 53. Dans ces circonstances, on ne saurait dire que le d6lai dans lequel ils ont d6pos6 la Requ€te n'est pas raisonnable. 54. La Cour rejette donc l'exception de l'Etat defendeur relative au non-d6p6t de la Requete dans un d6lai raisonnable. B. Conditions de recevabilit6 non contest6es par les parties 55. La Cour constate qu'il n'y a pas de contestation entre les parties quant d savoir si la Requete remplit les conditions 6nonc6es aux articles 56(1), (2), (3), (4) et (7) de la Charte et 40(1), (2), (3), (4) et (7) du Rdgtement, concernant respectivement l'identite du Requ6rant, la compatibilite de la Requ6te avec l'Acte constitutif de I'Union africaine, le langage utilis6 dans la Requ6te, la nature des preuves presentees et un rdglement ant6rieur de l'affaire. s Yoir'. Armand Guehi c. Tanzanie (Fond et R6parations), SS 36-38; Requete n" o16t2o1t. Arr€t du 281312019 (competence et Recevabilit6), Dexter Eddie Johnson c. R5pubtique du Ghana tr 6_galement Requete n' 038i20 16. Arr6t du 221312019 (competence et Recevabilit6), Jea n e Gombei c. Republique de C1te d'ivoire, $ 37 ; et Kennedy Owino Onyachi et un autre c. (Fond), $ 65 18 Y Vr\,"L 001452 56. Notant en outre que rien dans le dossier n'indique le contraire, la Cour constate que la Requ6te remplit les critdres 6nonc6s dans ces dispositions. 57.Ala lumidre de ce qui pr6cede, la Cour conclut que la Requ€te remplit toutes les conditions de recevabilit5 6nonc6es i l'article 56 de la Charte et reprises d l'article 40 du Rdglement et, en cons6quence, la d6clare recevable. VII. SUR LE FOND 58. Les Requ6rants alleguent que I'Etat d6fendeur a viol6 leurs droits d un procds equitable, i la vie et A la dignit6. A. Sur la violation all6gu6e du droit i un procds 6quitable 59. Le droit d un procds Equitable dont violation est alleguee en I'espdce se compose (i) du droit d'€tre juge dans un d6lai raisonnable, (ii) du droit d ce que sa cause soit entendue, et (iii) du droit d'6tre jug6 par une juridiction comp6tente. Le droit d'6tre jug6 dans un d6lai raisonnable 60. Les Requ6rants alldguent que le retard accus6 par la Cour d'appel pour conclure le processus de r6vision constitue une violation du droit d'6tre juge dans un delai raisonnable. Dans leur Duplique, ils soutiennent que m6me si le processus a flnalement 6te achev6, la r6vision n'a ete achev6e qu'aprEs le d6p0t de la Requete, soit le 26 mars 2015, alors que l'avis de recours en r6vision avait 6t6 d6pose le 24 mars 2013. 61.Au moment or) ils d6posaient leur Requ€te devant la Cour de c6ans, affirment les Requ6rants, I'audience de la demande de r6vision n'6 pas encore programm6e. Le retard dans la conclusion du processu 19 'Y- V.,"^L 001451 r6vision, poursuivent-ils, n'est justifie par aucun des facteurs reconnus par la cour, d savoir ra comprexit6 de |affaire, res actions des parties concern6es et le comportement des autorites judiciaires. 62. L'Etat d6fendeur r6fute l'allegation selon laquelle la demande de r6vision a et6 retard6e en soutenant que res Requ6rants n'avaient pas fourni copie de leur demande de r6vision. 63. L'article 7(1) (d) de ra charte pr6voit que toute personne a droit d ce que sa cause soit entendue, droit qui comprend celui < d,6tre jug6 dans un d6lai raisonnable par une juridiction impartiale >. 64. La cour estime, conform6ment d sa jurisprudence, que divers facteurs interviennent rorsqu'ir faut d6terminer si justice a 6t6 rendue dans un d6lai raisonnabre au sens de |articre 7(1) (d) de la charte. ces facteurs comprennent notamment ra comprexit6 de |affaire, re comportement des parties et cerui des autorit6s judiciaires qui assument |obrigation de diligence lorsque des peines s6v6res ont 6t6 inflig6es1o. 65. La cour releve qu'en |espdce, re processus de r6vision s,est achev6 re 24 mai 2017, comme en t6moigne ra copie au dossier de |arr6t de ra cour d'appel rejetant ra demande de r6vision des Requ6rants. cette demande, depos6e re 24 mars 2013, est donc en instance depuis deux (2) ans au moment ou les Requ6rants saisissent la Cour de c6ans. Pourtant, Ie processus dure encore quatre (4) ans et deux (2) mois avant de s'achever. La cour estime donc que cette dernidre periode doit €tre prise en compte lors de r'6varuation du caractdre raisonnabre, 6tant donn6 que la demande est rest6e sans suite pendant toute cette p€riode. 10 Voir : Armand Guehi c. Tanzanie ( Fond et R6parations), SS 122-124. Voir 6galement : Alex Thomas c. Tanzanie (Fond), g jO4: Witfred o nyango Nganyi et autres c. R'publ ique-Unie de Tanzanie (F ond (2016) 1 RJCA 526, 9155 ; et Norbe tt Zongo et autres c. Burkina Faso, (Fond) (20'14) 1 RJCA 226, 92-97, 152 70 @- Y Y'r,",J- 001450 66. La principale question qui se pose est donc de d6terminer si la p6riode de quatre (4) ans et deux (2) mois qu,il a fallu d la Cour d,appel pour mener d terme le processus de r€vision est raisonnable eu 6gard aux facteurs mentionn6s plus haut" 67. Se penchant d'abord sur la complexit6 de l'affaire, la cour reldve que le retard d€nonc6 par res Requerants est cerui du processus de r6vision, qui intervient en avar de reur procds, de reur condamnation par la Haute cour et du recours devant ra cour d'apper. Ainsi, ir est demand6 d ra cour d'appel de revoir des questions examin6es deux fois d6ja, en fait et en droit. En outre, l'arr6t de la cour d'appel indique clairement que la demande a 6t6 rejet6e, au motif qu'eile 6tait sans fondement, aprds conclusion qu'elle ne remplissait pas les critdres favorables d la revision. A la lumidre de ces consid6rations, ce processus de r6vision n,avait pas besoin de durer plus de quatre (4) ans. En cons6quence, ra cour dit que la complexit6 de la question n'est pas significative pour appr6cier re caractdre raisonnable dans la pr6sente affaire. 68' Par contre, de |avrs de ra cour, ra question cruciare que pose ce retard, c'est celle de la responsabilit6 que se rejettent les deux parties, rendant opportun l'examen conjoint des deux autres facteurs lies a cette question, d savoir le comportement du Requ6rant et cerui des autorit6s judiciaires de I'Etat d6fendeur, au regard, notamment, de leur devoir de diligence raisonnable. 69. La cour note a cet 6gard que res Requ6rants soutiennent que re retard est imputable a I'Etat d6fendeur, dans la mesure ou < aucune mesure substantielle n'a 6t6 prise pour r6grer ra question >. A |appui de reur argument, ils font varoir qu'aprds re d6pot de l'avis le 24 mars 2013, l'affaire a 6te ajourn6e sine die le 23 mai 2016 et qu,aucune audience n'a 6te programm6e plus de deux (2) ans aprds le d6p0t de l,avis, jusqu'au jour oU la Cour de c6ans a 6t6 saisie. pour sa part, l,Etat d6fendeur affirme que res Requerants sont responsabres de ce reta 27 d-- qf \flN-e_ 001{4e dans la mesure oU ils n'ont pas fourni copie de leur demande de r6vision pour permettre que l'affaire soit entendue. Z0.A la lumidre des informations qui figurent au dossier, la Cour note que les Requ6rants ne fournissent pas la preuve que la Cour d'appel a intentionnellement retard6 le processus de r6vision ; pas plus qu'ils ne fournissent la preuve du depOt, dans les d6lais requis, de la copie de la demande de rdvision. La Cour fait observer qu'affirmer simplement que des actes importants n'ont pas 6t6 accomplis, sans le prouver, n'6tablit pas l'intention ou la faute. De m€me, il serait inappropri6 de consid6rer, comme le soutiennent les Requ6rants, que renvoyer une affaire sine die 5quivaut automatiquement d un retard indu, sans 6valuer le motif du renvoi. En tout 6tat de cause, le jugement en revision a 6te rendu le 24 mai 2017, soit un an aprds l'ajournement de l'affaire. 71.Par contre, la demande de r6vision, tant que les Requ6rants n'en d6posaient pas copie, n'allait pas 6tre entendue, reldve la Cour. D'aprds la conclusion ci-dessus, ils ont effectivement d6pos6 la copie au moment oU aprds soumission de la pr6sente Requete, d'ou un retard de plus de deux (2) ans sur les quatre (4) ans qu'a dur6 la proc6dure de r6vision. 72. Compte tenu de ces circonstances, Ia Cour estime qu'aprds pr6sentation du document requis, la Cour d'appel a effectivement n6cessit6 prds de deux (2) ans pour achever le processus de r6vision. ll ne saurait 6tre dit que ce d6lai n'est pas raisonnable dans une affaire de meurtre punissable par la peine capitale, dans laquelle la Cour d'appel devait prendre suffisamment de temps pour se prononcer, et compte tenu des contraintes de calendrier du systdme judiciaire interne. 73. En cons6quence de ce qui pr6cdde, la Cour conclut que l'Etat ddfendeur n'a pas viol6l'article 7(1Xd)de la Charte. 22 @- ii. Le droit d ce que sa cause soit entendue 001{{8 74.Les Requ6rants alleguent de graves divergences entre les depositions de PW1 et PW2, deux (2) des t6moins d charge. A l'appui de cette affirmation, ils soulignent que l'un des t6moins a affirm6 qu'il avait < [ s i c ] r6ussi A sortir de la maison par une fen€tre (la seule sans grille m€tallique) et, se rapprochant des bandits, 6tait arrive pres du bandit arm6 et avait allum6 une lampe torche pour les identifier >. Les Requ6rants soutiennent que < [sic] cela aurait 6t6 un acte exceptionnel de bravoure, si seulement cela avait 6t6 vrai >. Les Requ6rants n'ont toutefois pas indiqu6 en quoi les d6positions des deux t6moins 6taient divergentes. 75. Selon les Requ6rants, telles que les enqu6tes pr6liminaires ont ete men6es, l'agent de police qui en avait la responsabilite a pu y mettre du sien. lls soutiennent d cet egard que ce policier a 9616 tout seul I'ensemble du processus, de I'arrestation des accus6s i l'enregistrement des d6clarations des t6moins, y compris le transport du corps du d6funt d l'h6pital, l'6bauche du croquis de la scdne du crime et son assistance A l'6tablissement du rapport d'autopsie. 76. Pour sa part, l'Etat d6fendeur affirme que l'allegation des Requ6rants est inexacte et devrait €tre rejetee. ll fait valoir que pour d6terminer si Ia d6cision de d6clarer les Requ6rants coupables a 6t6 fondEe sur une erreur manifeste, la consid6ration la plus importante devrait 0tre la preuve de leur identiflcation. A cet 6gard, l'Etat d6fendeur soutient que la Cour d'appel a proc6d6 d une nouvelle 6valuation non seulement de l'identification des Requ6rants, notamment des conditions de leur identification, mais aussi de la cr6dibilit6 des t6moins, du nombre de t6moins requis par Ia loi pour prouver un fait ; elle a 6galement cherch6 d savoir si l'identiflcation par un seul t6moin pouvait aboutir d une condamnation. L'Etat d6fendeur soutient en outre qu'il n'y a pas eu de violation, la Cour d'appel ayant conclu que les conditions d'identificatio 23 001{{? 6taient favorabres et que res Requ6rants avaient 6t6 suffisamment identifies sur les lieux du crime. 77 .L'article 7(1) de la Charte est libell6 comme suit < Toute personne a droit d ce que sa cause soit entendue. ce droit comprend a) le droit de saisir res juridictions nationares comp6tentes de tout acte violant les droits fondamentaux qui lui sont reconnus et garantis par les conventions, les lois, rdglements et coutumes en vigueur ; b) le droit d la pr6somption d,innocence, jusqu,A ce que sa culpabilit6 soit etablie par une juridiction comp6tente ; c) le droit d la d6fense, y compris celui de se faire assister par un d6fenseur de son choix ; d) le droit d'6tre jug6 dans un d6lai raisonnable par une juridiction impartiale >. 78. La cour fait observer que |articre 7(1) de ra charte garantit ra protection des droits li6s a un procds equitable, au_deld de ceux express6ment 6nonc6s dans les quatre paragraphes ci_dessus. Ces dispositions peuvent donc 6tre lues a la lumidre de l,article pacte 14 du international relatif aux droits civirs et poritiques, qui traite prus amplement de ce droit1l. Les extraits pertinents de |articre 14 sont ribeil6s comme suit : < toute personne a droit d ce que sa cause soit entendue equitabrement et pubriquement par un tribunar competent, ind6pendant et impartiar, 6tabri par ra loi, qui d6cidera soit du bien fonde de toute accusation en matidre p6nare dirig.e contre e[e,2 ,. De ra lecture conjointe des dispositions des deux instruments s'ensuit que toute personne accus6e a droit d un procds 6quitable. 11 Voir : Armand Guehi c. Tanzanie (Fond et R6parations 73. Voir aussi Wilfred On yango Nganyi et autres c. Tanzanie (Fond), $$ 3s-36; et R equ6te N' ), SS 012t2015, arr€t du 22lOSt2O1 o Fon d), Anudo Ochieng Anudo c. R6publique-Unie de Tanz anle, gg 1 12. L'Etat 00 et 106 d6fendeur est devenu partie au pl DCP le 111O7t1916 24 00144C 79. La Cour considdre, comme elle l'a toujours soutenu, que le respect du droit i ce que sa cause soit entendue exige, dans res affaires p6nares, que la d6claration de culpabilit6 et la condamnation soient prouv6es au- deld du doute raisonnabrel3. La cour estime que I'apprication de ce critdre est plus pertinente rorsque, d'une manidre g6n6rare, ra personne accus6e est passible d'une lourde peine,ia comme la peine de mort, tel que c'est le cas en l'espdce. 80. La cour fait observer en outre qu'elle ne se substitue certes pas aux juridictions nationales pour 6valuer les particularit6s des 6l6ments de preuve utilis€s dans les proc6dures internes, mais qu'elle conserve le pouvoir de v6rifier si la manidre dont ces preuves ont 6t6 6valu6es est compatible avec les normes internationales des droits de l,hommeis. L'une des pr6occupations principales d cet egard est de veiiler d ce que l'6valuation des faits et des preuves par les juridictions nationales ne soit pas manifestement arbitraire ou ne conduise pas d une erreur judiciaire au detriment du Requ6rant16. 81.En l'espdce, la Cour observe que la question principale qui se pose, relative tant d I'identification visuelle qu'au 16le, soulign6 par les Requ6rants, d'un seul poricier, est celle de savoir si la d6claration de culpabilite et la peine prononc6es dans reurs concrusions par res juridictions nationales, ont 6t6 conformes aux normes enonc6es plus haut. A cet 6gard, Ia cour reldve que ces questions ont 6t6 examin6es par la Haute cour dans son arr6t du 25 novembre 201 1 (pages 34 e z7 de cette decision). La Haute cour a examin6 toutes res preuves pr6sent6es et les a jugees cr6dibres. En outre, res Requ6rants l3Armand Guehi c. Tanzanie fo1! 91ryeg9rarrons), ss 105-1 I 1. Voir aussi werema wangoko werema et-u,n autre c. Tanzanie (Fond), gg 59 e 64; et Mohaied Abubakari c. Tanzanie (Find), gg 174, 193 et 194. 1a Voir: Requ€te n' 053/2016. ArrCt du Zgl3l2}1g (Fond), Oscar Josiah c. R6pub lique-Unie de Tanzanie, $ 51. Voir 6galement Requete n" 032120 15. Arret du 2113/2018 (Fond), Kijiji lsiaga c. R6publiqu e-Unie de Tanzanie, gg 7S et 79 1s Voir Mohamed Abubakari c. Tanzanie (Fond), $g 26 et 173. Voir aussi Kijiji lsiaga (Fond), g 61 ; Oscar Josiah c. Tanzanie (Fond), gg 52 e 63; Armand c. Tanzanie Gu6 hi c- Tanzanie (Fond Reparations), SS 10S- 111 ; Werema Wangoko Werema et un autre c. Tanzan ,e (Fond), 16 Voir : Mohamed A SS 59-64 bubakari c. Tanzanie (Fond), S $ 26 et 173 ; et Kennedy Owino Onyachi et un a c. Tanzanie (Fond), s38 25 001{4It n'invoquent aucune disposition de la loi nationale qui interdit qu'un agent de police ne mdne seul des enqu6tes dans une affaire p6nale. 82.La Cour note par ailleurs que dans son arr6t du 22 mars 2013, la Cour d'appel a pr6cis6 que l'identification des Requ6rants constituait la question principale d examiner dans la proc6dure d'appel17. La Cour d'appel a ensuite proc6d6 d un examen approfondi des faits et de la jurisprudence tanzanienne en matidre d'identification, y compris le recours i un seul et unique t6moin et l'utilisation de l'identification visuellels. L'examen a men6 la Cour d la conclusion selon laquelle I'accusation avait 6tabli, dans les normes prescrites par la loi, que les Requ6rants avaient tu6 la personne d6c6dee, et que le tribunal de premidre instance ne s'6tait pas tromp6 dans ses conclusionsle. 83. La Cour fait enfin observer que la Cour d'appel a examin€ la question de savoir si la d6claration de culpabilit6 6tait fond6e sur les 6l6ments de preuve vers6s au dossier. A cet 6gard, tout en reconnaissant que le juge de premidre instance n'avait pas reconnu la culpabilite avant de prononcer la condamnation, la Cour d'appel a us6 du pouvoir discr6tionnaire que lui confdre l'article 388 du Code de proc6dure p6nale pour corriger l'irr6gularit6 denonc6e, notamment aprds avoir constat6 que cette erreur n'avait pas occasionne un d6ni de justice2o. 84.A la lumidre de ce qui pr6cdde, la Cour considdre que la maniere dont les juridictions internes, en particulier la Cour d'appel, ont 6valu6 les 6l6ments de preuve ne r6vdle aucune erreur apparente ou manifeste ayant entrain6 un d6ni de justice au d6triment des Requ6rants. 17 Voit : Ally Rajabu et autres c. La Rdpublique, Appel p6nal n' 43 de 20'12, arrCt de la Cour d'appel du 221312013, p.5. 18/brd.,p.9d15. lslbid.,p. 15. 2albid, p. 15 e 17 26 Y v-\^L 001d{.1 85. En cons6quence, la Cour conclut que l'Etat d6fendeur n'a pas viol6 le droit des Requ6rants d un procds 6quitable, droit inscrit d l'article 7(1) de la Charte. iii. Sur le droit d'€tre jug6 par une juridiction comp6tente 86. Les Requ6rants alldguent que leur droit d'6tre jug6s par une juridiction competente a ete viole, du fait que l'audience pr6liminaire et le procds se sont d6roul6s devant deux juges diff6rents. lls affirment que cela n'6tait pas conforme aux dispositions du paragraphe 192(5) du Code de proc6dure p6nale, qui pr6voit que le m6me juge preside aussi bien l'audience pr6liminaire que le proces proprement dit. 87.Pour sa part, l'Etat defendeur affirme que les Requ6rants n'ont pas correctement interpret6 les dispositions de la loi, qui n'imposent pas que les deux phases de la proc6dure soient pr6sid6es par un m€me juge. Les Requ6rants auraient d0 soulever cette question, ajoute-t-il, au cours du procds. 88.L'article 7(1)(a) de la Charte dispose que toute personne a < te droit de former un recours auprds des organes nationaux comp6tents pour la violation de ses droits fondamentaux reconnus et garantis par les conventions, les lois, les rdglements et les coutumes en vigueur >. 89.1a Cour reldve que les dispositions de l'article 192(5) du Code de proc6dure p6nale tanzanien, dont l'interpr6tation fait l'objet de contestation entre les Parties, sont libell6es comme suit: < Dans la mesure du possible, l'accus6 doit 6tre juge imm6diatement aprds l'audience pr6liminaire et si I'affaire doit etre ajourn6e en raison de l'absence de t6moins ou pour toute autre raison, aucune disposition du pr6sent article ne doit etre interpr6t6e comme obligeant le m6me juge ou magistrat, qui a tenu I'audience pr6liminaire en vertu de cet article, d presider le procds > [traduction] 27 0014{ 3 90. La Cour considdre qu'd la lecture de l'article 192 du Code de proc6dure p6nale tanzanien, il est 6vident que la loi n'oblige pas un meme juge i pr6sider l'audience preliminaire et le procds. L'argument des Requ6rants d cet egard, sans fondement, est donc rget6. 91 . En cons6quence, Ia Cour conclut que l'Etat d6fendeur n'a pas viol6 le droit des Requ5rants inscrit d l'article 7(1)(a) de la Charte, en ce qui concerne le d6roulement de la proc6dure pr6liminaire et du procds. B. Sur la violation al169u6e du droit d la vie 92. Les Requ6rants alleguent que l'Etat d6fendeur a viol6 les articles 1 et 4 de la Charte, pour n'avoir pas modifi6 I'article 197 du Code p6nal de Tanzanie, qui prevoit l'imposition obligatoire de la peine capitale pour infraction de meurtre. lls affirment que si l'Etat d6fendeur avait adopt6 les mesures l6gislatives et autres 6noncees d l'article 1 de Ia Charte, la Haute Cour et la Cour d'appel auraient vraisemblablement tenu des raisonnements et d6cisions diff6rents. L'Etat defendeur, poursuivent les Requ6rants, n'avait pas reconnu que < les droits de l'homme sont inviolables et que les 6tres humains, y compris les Requ6rants, ont droit au respect de leur vie et d l'int6grit6 de leurs personnes, droit garanti d l'article 4 de la Charte africaine... >. 93. L'Etat d6fendeur n'a pas r6pondu aux arguments des Requ6rants sur ce point. Toutefois, dans sa r6ponse d l'ordonnance portant mesures provisoires rendue dans le cadre de la Requ6te en l'espdce, l'Etat d6fendeur a fait valoir que la disposition relative d la peine capitale dans sa l6gislation est conforme aux normes internationales, qui n'interdisent pas l'imposition de cette peine. 94. La Cour reldve que les Requ6rants alldguent la violation simultan6e des articles 1 et 4 de la Charte. Toutefois, conform6ment d s Junsp rudence 28 e- 00u{s elle n'examine une all6gation de violation de l'article 1 de la charte que si elle constate la violation d'une disposition de fond de la charte2r. La cour examinera donc d'abord la violation all6gu6e de I'article 4 de la Charte. 95. L'article 4 de la cha(e dispose que ( La personne humaine est inviolabre. Tout 6lre humain a droit au respect de sa vie et ri l'int6grit6 de sa personne. Nul ne peut 6tre prive arbitrairement de ce droit >. 96. Avant d'examiner le grief des Requ5rants en l'espece, la cour releve que la question de la peine de mort, dans re contexte de l,article 4 de Ia charte, est de savoir si l'imposition de cette peine constitue une privation arbitraire du droit d la vie. En effet, l'article 4 de la charte ne mentionne pas la peine de mort. La Cour observe que malgr6 la tendance internationale d l'aborition de la peine de mort, notamment par l,adoption du deuxidme Protocole facultatif relatif au pacte internaUonal relatif aux droits civils et politiques, l'interdiction de la peine de mort en droit international n'est pas encore absolue. 97. Pour en revenir au cas d'espdce, ra cour note que res Requ6rants alleguent que l'Etat d6fendeur a viol6 le droit d la vie garanti d l,article 4 de la charte en ne modifiant pas la disposition de sa legislation relative d l'imposition obligatoire de la peine de mort. cette disposition est I'article 197 du Code penal de Tanzanie, qui dispose que : ( Toute personne d6clar6e coupable de meurtre sera condamn6e d ra peine capitare >. La question est donc de savoir si les dispositions de la loi relatives d l'imposition obligatoire de la peine capitale pour meurtre sont en violation du droit d la vie, garanti dr l'article 4 de la Charte. 98. La cour reldve que m6me si l'article 4 de la charte pr6voit l,inviolabillt6 de la vie, il envisage ra privation de celle-ci tant qu'eile n,est pas faite de manidre arbitraire. La peine capitale est donc implicitement admissible 21 Voir '. Armand Gu6hi c. Tanzanie (Fond et R6parations), SS 149 et 150. Voir aussi Kenn edy Owin Onyachi et un autre c. Tanzanie (Fo nd), SS 158 et 159 et A/ex thomas c. Tanzanie (Fond), s 135 e- ; 29 V/(, flrl{ 00144 t en tant qu'exception au droit i la vie en vertu de l'article 4, d condition qu'elle ne soit pas prononc6e de manidre arbitraire. 99.11 existe une jurisprudence internationale abondante et bien 6tablie en matidre de droits de l'homme sur les critdres applicables pour appr6cier le caractdre arbitraire d'une peine capitale. La Cour reldve d cet egard, dans l'affaire lnterights et autres (au nom de Bosch) c. Botswana, que la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples a mis l'accent sur deux exigences, premidrement, que la peine doit etre prononcSe conform6ment d la loi et deuxi6mement, qu'elle doit 6tre impos6e par une juridiction comp6tente22. 100. La Cour reldve en outre que dans I'affaire lnternational Pen et autres (Ken Saro-Wiwa) c. Nigeia, la Commission a estim6, < 6tant donne que le procds [ir l'issue duquel les ex6cutions ont 6t6 ordonn6es] etait en violation de I'article 7, que toute mise en ceuvre ult6rieure de la peine rend la privation de vie qui en r6sulte arbitraire et contraire ir l'article 423 >. Mettant davantage l'accent sur les garanties d'une proc6dure r6guli6re, la Commission a 6galement conclu, dans l'affaire Forum of Conscience c. Sierra Leone, que ( [...] toute violation du droit d la vie sans proc6dure r6guliere 6quivaut d une privation arbitraire de la vie2a >. 'l 01 . La Cour reldve 6galement que le facteur relatif au respect d'une proc6dure rEgulidre est r6affirm6 par tous les principaux organismes internationaux de protection des droits de I'homme qui appliquent des instruments qui prevoient, comme I'article 4 de la Charte, une exception au droit d la vie qui permet l'imposition de la peine capitalez5. 22 Voir'. Bosch c. Botswana, 42-48. 23Voir'. lnternational Pen et autres (au nom de Saro-Wiwa) c. Nigeria, communications 137t94, 13glg4, 154t96, 161t97 (2000) AHRLR 212 (CADHP 1998), SS 1-10, S 103. 24 Forum of Conscience c. Sierra Leone, communication 223198 (2OOO) 293 (CADHP 2OO0), S 20. 2s Voir: article 6(1) du PIDCP : < Le droit dr la vie est inh6rent a la personne humaine. Ce droit doit Ctre protege par la loi. Nul ne peut €tre arbitrairement priv6 de la vie. ), et article 4(1) de la Convention americaine relative aux droits de l'homme : ( Toute personne a droit au respect de sa vie. Ce droit doit etre proteg6 par la loi, et en g6n6ral d partir de la conception. Nul ne peut 6tre p riv6 arbitrairement d la vie > 30 e_-. 001{40 102. s'agissant en particulier de l'imposition obligatoire de la peine capitale pour l'lnfraction de meurtre, il convient de rappeler l,affaire Eversley Thompson c. St. Vincent & les Grenadines, dans laquelle le Comit6 des droits de I'homme des Nations Unies a et6 appele A statuer sur l'affirmation du requ6rant selon laquelle le caractdre obligatoire de l'imposition de la peine de mort et son application dans les circonstances constituaient une privation arbitraire de la vie. Le comit6 a conclu qu' < un tel systdme d'imposition obligatoire de la peine de mort prive l'individu de son droit le plus fondamental, le droit d la vie, sans consid6rer si cette forme exceptionnelle de chdtiment est appropri6e dans les circonstances particulieres de son affaire >. Le comit6 a donc conclu qu'ex6cuter la peine capitale dans le cas de I'auteur aurait constitu6 une privation arbitraire de sa vie en violation de l'article 6(1) du Pacte > car elle ne tenait pas compte de la sltuation particulidre de I'auteur de l'infraction26 103. La cour note 6galement que dans son interpr6tation de l'article 4 de la Convention am6ricaine relative aux droits de l,homme, la Cour interam6ricaine des droits de l'homme a mis davantage l'accent sur le respect de la proc6dure r6gulidre lorsqu,elle s,est prononc6e dans l'affaire Hilaire, Constantine & Benjamin c. Trinit| et Tobago, en pr6cisant que certaines limitations s'appliquent aux Etats qui n,ont pas aboli la peine de mort. ll ressort de ces limitations que < ...1'application est soumise d certaines exigences de proc6dure ) ( qui doivent 6tre strictement observ6es > et < ...d certaines consid6rations concernant la personne du d6fendeur...27 > [traduction]. La Cour a conclu qu,en < prescrivant de manidre automatique et gen6ralis6e la peine de mort pour meurtre, la loi de I'Etat defendeur 6tait arbitraire, au sens de I'article 4(1) de la Convention am6ricaine2s >. 26 Voir : article 6(2) du PIDCP ; Everstey Thompson c. Saint Vincent-et-tes-G re nad ine s, Communication n'806/1998, U.N. Doc. CCPRICfiA,DBo6/1998 (2000) (CDHNU), 8.2 27 Hilaire, Constantine & Benjamin c. Tinit6-et-Tobrgo, Cour interam6rica ine des droits de l'hom (ser. C) n' 94,2110012002, g 100. Voir aussi : Boyce et Joseph c. Barbade Cour interam6ricaine , droits de l'homme (ser. C) n' 169,2011112007. 28 Hilaire, Constantine & Benjamin c. Trinit6-et-Tobago, $ .103. 31 €- Y vF^<- 00u3s 104. Compte tenu de ce qui pr6cdde, la Cour estime qu'il convient d'6valuer le caractdre arbitraire de la privation de vie au sens de l,article 4 de la Charte au regard de trois critdres: premierement, elle doit etre pr6vue par la loi ; deuxidmement, elle doit 6tre impos6e par un tribunal comp6tent et, troisidmement, elle doit etre l'aboutissement d,une proc6dure 169uliere. 105. La Cour note, en ce qui concerne l'exigence de legalit6, que l,imposition obligatoire de la peine capitale est prevue dr I'article 1g7 du Code penal de Tanzanie. La condition que cette peine doit 6tre pr6vue par la loi est donc remplie. 106. S'agissant de l'exigence que la peine capitale doit 6tre prononc6e par une juridiction competente d l'issue d'une proc6dure r6gulidre, la Cour reldve que les Requ6rants ne contestent pas le fait que les tribunaux de t'Etat Oefendeur 6taient competents pour mener les processus qui ont abouti a I'imposition de la peine capitale. Leur argument porte plutot sur Ie fait que la Haute Cour a impos6 la peine capitale simplement parce qu'elle 6tait pr6vue par la loi comme peine obligatoire, sans discr6tion aucune de l'officier de justice. 107. Surla question de savoirsi l'imposition obligatoire de la peine de mort r6pond d l'exigence d'une proc6dure r6gulidre, la Cour note qu,d la lecture conjointe des articles 1e(,7(1) et 26 de la Charte2e, une proc6dure regulldre ne se limite pas uniquement aux droits relatifs d la proc6dure au sens strict, comme le droit d ce que sa cause soit entendue, le droit d'interjeter appel et de pouvoir se d6fendre, mais s'6tend 6galement au processus de d6termination de la peine. C'est la raison pour laquelle toute sanction doit 6tre ordonn6e par une juridiction ind6pendante en ce 2s L'article 26 de la Charte se lit comme suit : < Les Etats parties a la pr6sente Charte ont le devoir de garantir l'ind6pendance des Tribunaux et de permeftre l'6tablissement et le perfectionneme d'institutions nationales appropriees chargees de la promotion et de la protection des droits et libe garantis par la pr6sente Charte > 32 e- 001438 sens qu'elle conserve toute discr6tion pour statuer sur les questions de fait et de droit. 108. En l'espdce, la Cour reldve, en premier lieu, que l'imposition obligatoire de la peine capitale est pr6vue A l'article 197 du Code p6nal de l'Etat d6fendeur comme suit . < Toute personne reconnue coupable du crime de meurtre sera condamn6e d la peine capitale >. L'application automatique et m6canique de cette disposition en cas de meurtre est confirm6e par le libell6 de la sentence, telle qu'elle a 6tE prononc6e par la Haute Cour : < La seule sentence que cette Cour est autoris6e d prononcer conform6ment d la loi est celle de mort par pendaison. En cons6quence, la Cour ordonne la peine de mort par pendalson pour tous les accus6s3o >. 109. A Ia lumidre de ce qui pr6cdde, la Cour fait observer que l'imposition obligatoire de la peine capitale telle que pr6vue d l'article 197 du Code p6nal de la Tanzanie ne permet pas d la personne condamn6e de prSsenter des 6l6ments de preuve att6nuants et s'applique donc d tous les condamn6s, independamment des circonstances dans lesquelles l'infraction a 6t6 commise. Ensuite, la juridiction d'instance n'a pas d'autre choix que d'imposer la peine capitale dans tous les cas de meurtre. Cette juridiction est donc priv6e du pouvoir discr6tionnaire inh6rent d toute juridiction ind6pendante qui doit I'exercer lors d'appr6cier aussi bien les faits que l'application de la loi, en particulier la manidre dont le principe de proportionnalit6 devrait s'appliquer entre les faits et la sanction. Dans le m6me ordre d'idees, le tribunal de premiere instance n'a pas le pouvoir discr6tionnaire de prendre en compte des circonstances sp6cifiques et cruciales comme la participation de chaque d6linquant au crime. 30 Voir La R1publique c. Aily Rajabu et autres, Arrdt de la Haute Cour du 22t312013, Dispositif 33 & 001d3? 110. La cour souligne que ce pr6c6dant raisonnement sur le caractere arbitraire de l'imposition obligatoire de la peine capitale et la violation du droit a un procds 6quitable est confirm6 par la jurisprudence des juridictions internationales.3l En outre, les tribunaux nationaux de certain pays africains ont adopt6 cette m6me interpr6tation, jugeant I'imposition obligatoire de la peine de mort arbitraire et en violation de la proc6dure 169ulidre32. 111. De ce qui precede et en cons6quence, ra cour concrut que I'imposition obligatoire de la peine de mort, pr6vue a l'article 1g7 du code p6nal de l'Etat oerendeur et appliqu6e par la Haute cour en ce qui concerne les Requ6rants est contraire a l'6quit6 et d la r6gularit6 de la proc6dure telles que garanties d l'article 7(1) de la Charte. 'l 12. Apres ces constatations, la cour note que l'article 4 de la charte, tout en ne prohibant pas la peine de mort, est essentiellement consacr6 au droit d la vie consid6r6e < inviolable > et vise i garantir < I'int6grite > donc le caractdre sacr6, de la vie humaine. La cour note en outre que l,article 4 de la charte ne fait aucune mention de la peine de mort. La cour en cons6quence estime qu'une telle disposition du droit d la vie, libellee en des termes aussi forts, l'emporte sur la clause limitative. De l,avis de la cour et d'apres cette Interpr6tation de la disposition en question, le fait que l'imposition obligatoire de Ia peine de mort soit contraire au critdre de l'6quite rend cette peine antith6tique au droit d la vie prevu ir l,article 4 3'l Voir: Thompson, op cit.: Kennedy c. Trinit6-et-Tobago, Comm. n. 845/1999, doc ccPR/c/67lD/845/1 999 (2002) (cD HNU), S 7.3; Chan c. G uyana, Comm. ccPR/c/85/Di9 1 3t20O0 (2006) (cDH NU), S 6.5 ; Baptiste, op. cit.; McKenzie, op. n" 9'13/2000, Doc. cit. i Hilaire et autres, op cit. ; Boyce et un autre, op. cit 32v oir Francis Karioko Muruatelu et un autre c. la R ipu blique 120171eKLR; Mutrso c. Repubtique, Appel penal n' 17 de 2008, S 8, 24, 35 (30/07/2010) (C our d'appel du Kenya); Kafantayeni c. A ttorne General, [2007] MWHC 1 (Haute Co ur du Malawi) el Attomey General c. Kigula ( ; c), [200e]ucsc ss37-45 (C our sup16me d'Ouganda) 34 001436 1 13. A la lumidre de l'article 60 de la charte, la position de la cour sur ce point est renforc6e 6galement par la concordance d6terminante d'une lecture combin6e des principaux instruments internationaux et africains des droits33. 114. De ce qui precdde, la cour dit que le caractdre obligatoire de l,imposition de la peine de mort prdvue ir I'article 197 du code p6nal de Tanzanie constitue une privation arbitraire du droit d la vie. La cour en conclut que l'Etat defendeur a viol6 l'article 4 de la Charte. C. Violation all6gu6e du droit i la dignitr6 115. Les Requ6rants alldguent que I'imposition de la peine de mort par pendaison constitue une violation de l'interdiction de la torture et des traitements cruels, inhumains et d6gradants inscrite d l,article 5 de la Charte. 116. L'Etat d6fendeur n'a pas r6pondu d |argument des Requ6rants concernant cette allegation. Toutefois, dans sa r6ponse d l,ordonnance portant mesures provisoires rendue par la cour, l'Etat defendeur soutient que l'on ne peut dire de l,imposition de la peine capitale par ses juridictions qu'elle viole les droits du Requerant, 6tant donn6 que cette peine n'est pas interdite par le droit international. 'l 17. L'article 5 de la Charte est libell6 comme suit 33 Voir l'article 3 de la D6claration universelle des droits de I'homme (qui a autorite en Droit international coutumier et qui a inspire les instruments internationaux co ntraignants en matidre de droits de l'homme) ; articles 1 et 2 du Deuxieme protocole facultatif relatif au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (qui abotit la peine de mort en tem ps de paix) articles 5(3) et (e) ; 30 de la Charte africaine des droits et du bien-Ctre de l'enfant et 4(2)(J) du Protocole d la Charte africa ine des droits de l'homme et d es peuples relatif aux droits de la femme en Afri que (les deux instruments imposent des restrictions a I'application de la peine de mort) 35 001{35 ( Tout individu a droit au respect de la dignit6 inh6rente d Ie personne humaine et d la reconnaissance de sa personnalit6 juridique. Toutes formes d'exploitation et d'avilissement de l'homme notamment I'esclavage, la lraite des personnes, la torture physique ou morale, et les peines ou les traitements cruels inhumains ou d6gradants sont interdits >. 1 18. La Cour reldve qu'en l'espece, les Requ6rants contestent I'application de la peine de mort par pendaison telle qu'impos6e dans leur cas. La Cour fait observer que de nombreuses m6thodes utilis6es pour appliquer la peine de mort peuvent 6tre assimilables d la to(ure, ainsi qu'aux traitements cruels, inhumains et d6gradants, compte tenu des souffrances qui y sont inh6rentes3a. Conform6ment A la raison-meme d'interdire les m6thodes d'ex6cution assimilables d la torture ou au traitement cruel, inhumain et d€gradant, il conviendrait donc de prescrire, dans les cas oU la peine de mort est permise, que les m6thodes d'ex6cution excluent la souffrance ou entrainent le moins de souffrance possible35. 1 19. La Cour fait observer que I'ex6cution par pendaison, une des m6thodes sus vis6es, est d6gradante par nature. Par ailleurs, ayant conclu que l'imposition obligatoire de la peine capitale est en violation du droit i la vie compte tenu de son caractdre arbitraire, la Cour considdre qu'en tant que m6thode d'application de cette peine, la pendaison porte in6vitablement atteinte i la dignite, eu 6gard d l'interdiction des traitements cruels, inhumains et d6gradants. 3a Yoir '. Jabari c. Turquie, Arr€t au Fond, Req N" 40035/98, CEDH 2000-Vlll (l'expulsion d'une femme qui risquait la mort par lapidation en lran constituerait une violation de l'interdiction de la torture) ; Chitat Ng c. Canada, Comm. N" 46911991,49e Sess., Doc. CCPR I C I 49 tD /469/1991 (S novembre 1993), Comm. Des DH, 16.4 (l'asphyxie par un gaz constitue un TCID en raison du temps qu'il a fallu pour tuer et des methodes alternatives moins cruelles disponibles). Le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies decrit la lapidation comme un moyen d'ex6cution particulidrement cruel et Inhumain, Conseil des droits de I'homme, r6s. 2003/67, Question de la peine de mort, E / CN.4 i RES / 2003/67, S 4(i) (2410412003) ; Conseil des droits de l'homme, Res. 2004/67, Question de la peine de mort, E / CN. 4 RES i 2004/67, S 4(D (21104/2004) ; Conseil des droits de l'ho mme, Res.2005/59, Question de la pei de mort, E / CN.4 / RES i 2005/59, S 7(i), 4(h) (201o4t2005). 3s Voir: Chfiat Ng, op. cit., 16.2. 35 e-- 00143,t 120. Compte tenu de ce qui pr6cdde, la Cour conclut que l'Etat d6fendeur a viole l'article 5 de la Charte. D. Violation all6gu6e de l'article 1er de la Charte 121 . Les Requ6rants alleguent que pour n'avoir pas modifie son Code p6nal en vue d'y supprimer l'imposition obligatoire de la peine de mort, l,Etat d6fendeur n'a pas rempli les obligations qui lui incombent en vertu de l'article 1 de la Charte. 122. L'itald6fendeur n'a pas r6pondu aux observations des Requdrants sur cette allegation. Toutefois, dans son rapport sur l'6tat de la mise en euvre de I'ordonnance de la Cour portant mesures provisoires, il affirme que le fait que ses trlbunaux pr6voient I'imposition obligatoire de la peine capitale ne peut 6tre consid6re comme une violation des droits des Requ6rants, cette peine n'6tant pas interdite par le Droit international. 123. L'article premier de la Charte dispose que ( Les Etats membres de l'organisation de l'unit6 africaine, parties e la pr6sente charte, reconnaissent les droits, devoirs et libert6s 6nonc6s dans cette Charte et s,engagent A adopter des mesures 169islatives ou autres pour les appliquer >. 124. La Cour estime, comme elle l'a indique dans ses arrEts ant6rieurs, qu'examiner une violation all6gu6e de l'article 1 de la Charte exige de d6terminer non seulement si les mesures adopt6es par l'Etat defendeur sont disponibles, mais 6galement si ces mesures ont 6t6 appliqu6es de manidre d r6aliser I'objet et le but de la Charte. En cons6quence, chaque fois que l'un des droits fondamentaux garantis par la charte est viol6 du fait du non-respect par l'Etat d6fendeur de ses obligations, l,article premier est consid616 vio1636. 36 voir : Armand Gudhi c. Tanzanie (Fond et R6parations), SS i 49-i 50. voir aussi Kennedy Owino onyachi et un autre c. Tanzanie (Fond), gg 158-'l59 ; et Alex ihomas c. Tanzanie (Fond), 1aE s 37 / 00143 3 125. En l'espece, la Cour a conclu que l'Etat d6fendeur a viol6 l'article 4 de la Charte en pr6voyant l'imposition obligatoire de la peine de mort dans sa l6gislation. Elle a 6galement conclu d une violation cons6cutive de l'article 5 de la Charte en raison de l'ex6cution de cette peine par pendaison. La Cour note que l'Etat defendeur a promulgu6 son Code p6nal en 1981, c'est-d-dire avant de devenir partie d la Charte, mais l'a modifi6 en 2002, aprds l'entr6e en vigueur de la Charte. En l'espdce, pour se conformer i l'article 1 de la Charte, l'Etat d6fendeur aurait d0 supprimer la peine de mort obligatoire de sa 169islation aprds l'entr6e en vigueur de la Charte d son 6gard, ce qu'il n'a pas fait. 126. La Cour estime, en conclusion, que l'Etat d6fendeur a viol6 I'article 1 de la Charte en raison de l'imposition obligatoire de la peine capitale inscrite dans son Code p6nal et de son application par pendaison. VIII. SUR LES REPARATIONS 127. Aux termes de I'article 27(1) du Protocole, < Lorsqu'elle estime qu'il y a eu violation d'un droit de l'homme ou des peuples, la Cour ordonne toutes les mesures appropri6es afln de remedier i Ia situation, y compris par le paiement d'une juste compensation ou l'octroi d'une r€paration >. 128. A cet egard, l'article 63 du Rdglement int€rieur de la Cour pr6cise comme suit : < La Cour statue sur la demande de r6paration (...) dans I'arr6t par lequel elle constate une violation d'un droit de I'homme ou des peuples ou, si les circonstances l'exigent, dans un arr6t s6par6 >. 129. En I'espdce, la Cour d6cide de statuer d la fois sur les violations alleguees et sur tous les redressements et autres r6parations demand6s dans le pr6sent arr6t. 130. Les Requ6rants demandent d la Cour de rendre les mesures suivantes 38 d- (( 00ld3? Dire que l'Etat d6fendeur a viol6 Ie droit des Requ6rants d'6tre jug6s dans un d6lai raisonnable par une juridiction comp6tente, en application de l'article 7(1) de la Charte; il Dire que la peine de mort prononc6e d l'egard des Requ6rants par l'Etat d6fendeur viole le droit inh6rent d la vie et ir la dignite humaine garanti respectivement par les articles 4 et 5 de la Charte africaine ; Dire que I'Etat defendeur n'ayant pas modifi6 I'article 197 du Code penal, chapitre 16 des lois de Tanzanie (edition r6vis6e de 2002), n'a entrepris aucune mesure, ni l6gislative ni autre, pour donner effet dans sa 169islation nationale aux droits garantis par la Charte africaine ; en cons6quence, il a viol6 I'article 1 de la Charte africaine, IV Ordonner a l'Etat d6fendeur d'annuler la d6claration de culpabilit6 et la peine prononc6e i leur encontre et de les remettre en libert6 ; Ordonner d l'Etat d6fendeur de faire rapport d la Cour tous les six (6) mois sur la mise en @uvre du pr6sent arr6t ; vt Ordonner des mesures de r6parations ; v Ordonner toute autre mesure que cette auguste Cour jugera appropri6e >. 131 . Les Requ6rants demandent en outre d la Cour d'octroyer, i titre de prejudice mat6riel et pr6judice moral subis, r6paration A eux-mdmes et aux membres de leurs familles, tel que pr6cis6 dans la partie du pr6sent arr6t consacr6e aux mesures demand6es par les Parties. 39 @- Y 00143 t 132. L'Etat d6fendeur demande A la Cour de rejeter les demandes de r6paration formees par les Requerants, au motif qu'elles ne sont ni justifl6es ni6tay6es. 133. La Cour reitdre sa jurisprudence constante selon laquelle des r6parations ne peuvent 6tre accord6es que si premidrement l'Etat d6fendeur est internationalement responsable de l'acte illicite et si deuxidmement un lien de causalit6 est etabli entre I'acte r6pr6hensible et le prejudice all6gu6. En plus et lorsqu'elle est accord6e, la r6paration doit couvrir l'int6gralit€ du pr6judice subi. Enfin, il incombe au Requ6rant de justifier les demandes de r6paration formul6es37. 134. Comme la Cour l'a dejd constatE, l'Etat d€fendeur a viol6 le droit des Requ6rants d la vie et d la dignite garantis d l'article 4 et 5 de la Charte. Sur la base de ces constatations, la responsabilite de I'Etat d6fendeur et le lien de causalit6 sont 6tablls. Les demandes de r6paration sont donc examin6es au regard de ces conclusions. 135. Comme indiqu6 pr6c6demment, les Requ6rants doivent 6tayer leurs demandes de reparation pour prejudice mat6riel. La Cour a 6galement indique ant6rieurement que les r6parations ont pour but de placer la victime dans la situation pr6c6dant la violation3s. 136. La Cour a 6galement conclu que le pr6judice moral est pr6sum6 en matidre de violation des droits de l'homme3e et qu'une 6valuation quantique doit 6tre men6e avec 6quite et en tenant compte des 37 voir: Armand Guehi c. Tanzanie (Fond et R6parations), S 157. voir egalement Norbeft Zongo et autres c. Burkina Faso (R6parations) (2015) 1 RJCA26s, SS 20-31 ; Loh6 Issa Konati c. Bu*ina Faso (R6parations) )), (2016) 1 RJCA 358, SS 52-59 ; et R{vdrend christopher R. Mtikita c. Tanzanie (R6parations), SS 27-29. 38 Yoir '. Armand Gudhi c. Tanzanie (Fond et Reparations) ; RequCte n' OO9/2015. ArrCt du 28l3l2}1g (Fond et Reparations), Lucien lkili Rashidi c. Republique-lJnie de Tanzanie; el Norbeft Zongo et autres c. Burkina Faso (Reparations), SS 57-62. 3s Voir'. Armand Guehi c. Tanzanie (Fond et R6parations), S 55 ; et Lucien tkiti Rashidi c. Tanza (Fond et R6parations), $ 58 40 001430 circonstances de l'espdceao. Dans de tels cas, la Cour a adopt6 la pratique qui consiste d octroyer un montant forfaitaireal. 137. La Cour note que les demandes de r6paration des Requ6rants sont formul6es en dollars des Etats-Unis. Dans ses arr6ts ant6rieurs, la Cour a indiqu6 qu'en principe et dans la mesure du possible, les dommages- int6r6ts doivent €tre accord6s dans la monnaie dans laquelle la perte a 6t6 subie42. En l'espdce, appliquant cette norme, la Cour octroiera les r6parations pEcuniaires, le cas 6ch6ant, en shillings tanzaniens. A. R6parations p6cuniaires '1 38. Les Requ6rants demandent divers montants ir titre de r6paration pour < angoisse 6motionnelle endur6e au cours de leur procds et de leur emprisonnement, souffrance 6motionnelle au cours de la proc6dure d'appel, s6paration d'avec leurs 6pouses du fait de leur emprisonnement, impossibilit6 de s'occuper de leurs enfants, perturbations et pertes de revenu, des droits conjugaux et d'opportunit6s d'augmenter le nombre de bebes gargons et filles, perte de contact avec les parents et les amis proches, perturbation de leurs relations avec leurs m6res, d6t6rioration de leur sant6 pendant leur d6tention et perte de statut social >. 139. Les Requ6rants demandent en outre i la Cour d'indemniser les membres de leur famille, en tant que victimes indirectes, pour le pr6judice subi, car < les 6pouses ont 6te affect6es chacune par la perte subite de son mari, unique source de revenus ; elles ont v6cu avec la stigmatisation d'avoir des prisonniers pour 6poux, ont d0 6lever seules les enfants, n'6taient pas en mesure d'accroitre le nombre d'enfants > ; < les mdres des Requ6rants n'avaient plus de fils du fait de leur ao Yoir : Norbeft Zongo et autres c. Burkina Faso (Reparations), $ 61 . at Voir'. Armand Gu€hi c. Tanzanie (Fond et R6parations), Lucien lkili Rashidi c. Tanzanie (Fond et R6parations); el Norbeft Zongo et autres c. Burkina Faso (Reparations), $ 62. a2 Voir : Lucien lkili Rashidi c. Tanzanie (Fond et R6parations) ; et Requ€te n' 003/2014. Arr6t e- 0711212018 (R6parations), lngabire Victoire Umuhoza c. RCpublique du Rwanda, 45 4l 00142S emprisonnement et elles ont 6t6 victimes de la stigmatisation sociale en tant que mdres de criminels >. 140. Enfin, les Requerants demandent d la Cour de leur octroyer diverses compensations pour frais d'avocat et autres frais proc6duraux devant les juridictions nationales et devant la Cour de c6ans. i. Sur le prejudice mat6riel a. Perte de revenus 141. S'agissant de Ia demande d'indemnisation pour perte de revenus et de biens, la Cour fait observer que les Requ6rants affirment qu'ils faisaient des affaires au moment de leur incarc6ration et qu'ils ont perdu leurs vaches, poules, maisons, v6los et autres biens. Toutefois, ils ne fournissent aucune preuve d I'appui de ces demandesa3. Cette demande est donc rejet6e. 142. La demande d'indemnisation pour deterioration de la sant6 et pour divers frais d'hospitalisation pendant l'incarc6ration est 69alement rejet6e pour defaut de preuves. b. Frais de proc6dure devant les juridictions nationales 143. Conform6ment i ses pr6c6dents arr6ts, la Cour estime que la r6paration peut inclure le paiement des frais de justice et autres frais encourus dans le cadre d'une proc6dure devant les juridictions nationalesaa. Le Requ6rant doit toutefois justifier les montants r6clam6s45. a3VoJr Armancl Guehi c. Tanzanie (Fond et Reparations), S 178. aa Yoir'. Norbeft Zongo et autres c. Burkina Faso (R6parations), SS 79 a 93 ; el Reverend Ch Mtikila c. Tanzanie (R6parations), $ 39 45/bd, 81 ; et /bid, 40. S S 42 @- YW 001428 144. La cour reldve que les Requ6rants ne fournissent aucune preuve d l'appui de leur demande de paiement des frais qu,ils affirment avoir encourus au cours de la proc6dure devant les juridictions nationales. Leurs demandes respectives sont donc rejet6es. Pr6judice moral a. Pertes subies par les Requ6rants 145. En ce qui concerne le pr6judice subi du fait de la perte de statut social et des limitations dans les relations avec les membres de leurs familles, la Cour fait observer que dans le pr6sent ar6t elle n,a pas conclu que l'incarceration des Requ6rants etait ill6galea6. Les demandes li6es d leur r6clusion sont ainsi sans fondement et, en cons6quence, rejet6es. 146. La cour rappelle toutefois qu'elle a conclu que l'imposition obligatoire de la peine de mort 6tait contraire d l'article 4 de la charte. pour rem6dier d cette violation eu 6gard aux circonstances de l'espdce, il faudrait 6valuer les pertes caus6es par le fait illicite et le montant de Ia r6paration i octroyer. Ld-dessus, la Cour rappelle sa jurisprudence pr6c6demment cit6e, selon laquelle, en cas de violation de droits de l,homme, le pr6judice moral est pr6sum6. N6anmoins, le pr6judice doit 6tre 6valu6 et quantifie mome si la cour conserve le pouvoir discr6tionnaire d'en d6terminer la r6paration. 147 . En I'espdce, bien que la peine capitale ne soit pas encore ex6cut€e, des preludices ont inevitablement r6sult6 de la violation etablie caus6e par la condamnation d cette peine. La cour reconnait que la condamnation d mort est une des punitions les plus s6vdres, suivie des plus graves cons6quences psychologiques, dans la mesure ou les personnes condamn6es s'attendent d perdre leur droit ultime qu,est la vie. & ao Voir Armand Gudhi c. Tanzanie (Fond et R6parations) S 17g 43 00142 ? 148. La Cour examine 6galement le pr6judice post6rieur d la condamnation. Elle rappelle que la peine de mort que purgent les Requ6rants a 6t6 prononc6e par la Haute Cour le 25 novembre 201 1 et confirm6e par la Cour d'appel le 22 mars 2013. ll y a preludice depuis la date du prononcd de la peine, constate la Cour, et l'incertitude li6e dr l'attente de l'issue du processus d'appel a certainement ajoute d la tension psychologique des Requ6rants. Pendant les huit (8) ans entre le prononc6 de la peine et le pr6sent arr6t, les Requ6rants vivent d'incertitude, conscients qu'd tout moment ils peuvent 6tre ex6cut6s. Cette attente et sa dur6e ont non seulement prolong6, mais encore aggrav€ l'anxiete des Requ6rants. 149. Pour conclure sur cette question, la Cour fait sienne les conclusions de la Cour europ6enne des droits de l'homme dans l'affaire Soering c. Royaume-Unl7. Dans cette affaire, parlant de la pelne de mort, la Cour europ6enne a dit que la longue detention pr6ventive dans l'attente de l'ex6cution faisait subir aux personnes condamn6es < une anxiet6 mentale grave s'ajoutant d d'autres circonstances, notamment.... la manidre dont la peine avait 6te infligee ; d6faut de consideration des caract6ristiques personnelles de l'accus6 ; la disproportionnalit6 entre le chitiment et le crime commis, ... Le fait que le juge ne tienne pas compte de I'dge ou de l'6tat mental du condamn6; ainsi qu'une anticipation continue sur les manidres possibles de les ex6cuteras >. 150. Compte tenu de ce qui pr6cdde, la Cour estime que les Requ6rants ont endur6 des souffrances morales et psychologiques et d6cide de leur accorder d chacun quatre millions (4 000 000) de shillings tanzaniens i titre de dommages-int6r6ts pour pr6judice moral. 151 . Pour ce qui est du prejudice caus6 par l'angoisse endur6e pendant leur procds et leur emprisonnement, la Cour estime que le raisonnement adopt6 relativement d la perte all6gu6e de statut social doit etre ici applique. Les mesures demand6es d cet 6gard sont donc rejet6es. a7 Soering c. Royaume Uni. Arrdt du 71711989, Series A, Vol. 161 48 lbid, s 77. I 44 e- i" b, Pr6judice subi par la famille du Requ6rant 00142 6 152. La Cour estime, comme dans ses arr6ts ant6rieurs, que les victimes indirectes doivent prouver que leurs relations avec le Requ6rant donnent droit d r6parationae. Les documents requis incluent les certificats de naissance pour les enfants, l'attestation de paternit6 ou de maternit€ pour les parents et les certificats de mariage pour les conjoints ou toute preuve 6quivalenteso. La Cour reldve qu'en l'espdce, les Requ6rants mentionnent les noms des membres de leur famille, mais ne fournissent aucun 6l6ment de preuve 6tablissant le lien de parent6. 153. En tout 6tat de cause, le prejudice allegue caus6 aux membres des familles des Requ6rants r6sultait de l'incarc6ration de ces derniers, que la Cour de c6ans n'a pas juge ill6gale. Les demandes sont donc rejet6es. B. R6parations non p6cuniaires i. Restitution 154. Les Requ6rants demandent d la Cour d'annuler la d6claration de culpabilite ainsi que la peine prononc6e A leur encontre et d'ordonner leur remise en libert6. lls demandent egalement d Ia Cour d'ordonner < leur r6tablissement dans la situation initiale d'avant violation >. 155. La Cour considdre en ce qui concerne ces demandes, que m6me si elle ne peut pas se constituer en juridiction d'appel des d6cisions des asVoir: A/ex Thomas c. Tanzanie, Arr€t du 04/6/19 (Reparations), SS 49-60 Mohamed Abubakari c Tanzanie, AnCt du 04/6/'19 (Reparations), SS 59-64. s0 Voir A/ex Thomas c. Tanzanie (Reparations), 5 5'l i Mohamed Abubakari c. Tanzanie (R6parations) s61 45 001{2r tribunaux internessl, elle a tout pouvoir pour ordonner comme appropri6 si elle conclut que la proc6dure interne n'a pas 6t6 men6e conform6ment aux normes internationales. 156. Comme elle I'a pr6c6demment indique, de telles mesures ne peuvent 6tre ordonn6es que si les circonstances I'exigents2. Ces circonstances doivent 6tre appr6ci5es au cas par cas, en tenant d0ment compte principalement de la proportionnalit6 entre la mesure demand6e et l'Etendue de la violation constat6e. En cons6quence, la violation d l'origine d'une demande de r6paration particulidre doit avoir affectd fondamentalement les processus internes pour justifier une telle demande. En fin de compte, la determination doit etre faite dans le but ultime de maintenir l'equite et d'emp6cher la double incriminations3. 157. En ce qui concerne la demande en annulation de la d6claration de culpabilit6, la Cour note qu'en l'espdce, ses conclusions n'affectent pas la d6claration de culpabilit6 des Requ6rantssa. La demande est donc rejet6e. 158. Pour ce qui estde la demande d'annulation de la peine prononc6e, la Cour a conclu en l'espdce que la disposition pr6voyant l'imposition obligatoire de la peine de mort dans le cadre judiciaire de l'Etat d6fendeur viole le droit d la vie inscrit i I'article 4 de la Charte. Toutefois, A la lumidre de la conclusion de la Cour selon laquelle cette violation n'a pas eu d'incidence sur la culpabilit6 et la condamnation des Requ6rants, le s1Yoir'. Armand Gudhi c. Tanzanie (Fond et R6parations), $ 33 ; Requ6te n" 02712015. Arr6t du 2111112018, Minani Evarist c. Rdpublique-Unie de Tanzanie (Fond), $ 8; Mohamed Abubakari c. Tanzanie (Fond), op. crt., $ 28 52 Voir par exemple Alex Thomas c. Tanzanie, op. crt, $ 157. 53 Voir'. Armand Gudhi c. Tanzanie,op crf., $ 164; Requete n' 016/216. Arr6t du 2111112018 (Fond), Diocles William c. Rdpublique-Unie de Tanzanie, 5 101 ; Minani Evarist c. Tanzanie, op. crt, g 82 ; Loayza-Tamayo c. Pdrou (Fond), CIDH, s6rie C n'33, t19971, SS 83 et 84; Del Rio Prada c. Espagne, 42750109. ArrCt de la Grande Chambre, [2013] CEDH 1004, S 83; Annette Pagnoulle (au nom d'Abdoulaye Mazou) c. Cameroun (2000) AHRLR 57 (CADHP 1997), Dispositif; et Communication n"796/1998, Lloyd Reece c. Jamaigue, Constatations au titre de l'article 5(4) du Protocole facultatif, 211712003, doc. CCPR/C/78/D796/1998, S L s4 Voir RequCte n" 006/2013. Arrdt du 04/6/19 (R6parations), Wiffred Onyango Nganyi et autres c. Tanzanie (Reparations), S 66 46 @ Y 00142 4 verdict n'est affect6 qu'en ce qui concerne le caractdre obligatoire de la peine. Une r6paration est donc justifi6e d cet 6gard et la Cour ordonne en cons6quence d I'Etat d6fendeur de prendre toutes les mesures n6cessaires pour que l'affaire soit entendue de nouveau au moyen d'une proc6dure qui ne pr6voit pas I'imposition obligatoire de la peine de mort, et reconnait au juge ses pleins pouvoirs discr6tionnaires. 159. S'agissant de la demande de remise en liberte des Requ6rants, la Cour d6cide, compte tenu de ses conclusions ant6rieures concernant la d6claration de culpabilite et la condamnation des Requ6rants, qu'une mesure de remise en libert6 n'est pas justifi6e. La demande est donc relet6e. 160. En ce qui concerne la demande de restauration de la situation ant6rieure aux violations, la Cour estime que les conclusions relatives i la demande de lib6ration des RequSrants s'appliquent. Cette demande est 69alement rejet6e. ii. Non-16p6tition 161 . Les Requ6rants demandent i la Cour d'ordonner d l'Etat d6fendeur de garantir la non-repetition des violations qu'ils ont subies et de lui faire rapport tous les six (6) mois jusqu'a la mise en euvre compldte des mesures ordonn6es. 162. La Cour considdre, comme elle l'a estim6 dans l'affaire Lucien lkili Rashidi c. Rdpublique-Unie de Tanzanie, que les garanties de non- r6p6tition visent g6n6ralement A rem6dier aux violations de nature syst6mique et structurelle plut6t qu'A r6parer un preludice individuelss. Toutefois la Cour a 6galement estim6 que la non-r6p6tition pouvait 55 Voir Lucien lkili Rashidi c. Tanzanie, op cn, SS 146-149. Voir aussi Armand G udhi c op crt , $ 19 ; et Norbeft Zongo et autres c. Burkina Faso (Reparations), $$ 103-1 06. 47 @- Y \--t-^-\ 00142 3 s'appliquer A des cas individuels dans lesquels existe un risque de violations persistantes ou 16p6t6es56. 163. En l'espdce, la Cour a d6jA conclu que I'Etat d6fendeur a viol6 I'article 4 de la Charte du fait de l'imposition obligatoire de la peine de mort dans son Code p6nal et l'article 5, du fait de I'application de cette sentence par pendaison. La Cour estime que sa d6cision ant6rieure de faire reprendre le procds des Requ6rants 6quivaut d une mesure syst6mique, car elle n6cessitera in6vitablement une modification de la loi. La Cour ordonne par cons6quent a l'Etat d6fendeur de prendre les mesures n6cessaires pour abroger de son Code penal la disposition relative i l'imposition obligatoire de la peine de mort. iii. Publication de l'arr6t 164. La Cour reldve que les Requ6rants n'ont pas demand6 la publication du p16sent arr6t. 165. Cela etant, la Cour estime qu'elle peut, de sa propre initiative, ordonner la publication de ses d6cisions, lorsque les circonstances de l'affaire l'exigent57. 166. La Cour fait observer qu'en l'espdce, la violation pr6c5demment 6tablie du droit d la vie du fait de l'imposition obligatoire de la peine de mort s'etend au-deld du cas particulier des Requerants car de nature syst6mique. La Cour fait en outre observer que sa conclusion dans le pr6sent arr6t met en relief un droit supr6me inscrit dans Ia Charte, d savoir le droit i la vie. s Voir: Lucien lkili Rashidi c. Tanzanie, op. crt Voir aussi Armand Gudhi c. Tanzanie, op. cit.; el Rdvdrend Christopher R. Mtikila c. Tanzanie (R6parations), $ 43. 57 Voir Armand Guehi c. Tanzanie, op. crt., $ 194; Rdvdrend Christopher R. Mtikila c Ta a (R6parations), $ 45 et 46(5) ; el Norbeft Zongo et Autres c. Burkina Faso (Reparations), $ 9 48 001{2 e 167. Dans ces conditions, la Cour estime approprie de prendre de sa propre initiative une mesure visant i la publication de I'arr6t. Elle ordonne donc que le pr6sent arr6t soit publi6 sur les sites Web du pouvoir judiciaire et du ministdre des Affaires constitutionnelles et judiciaires et y reste accessible au moins un (1) an aprds la date de publication. IX. FRAIS DE PROCEDURE 168. Aux termes de l'article 30 de son Rdglement, < A moins que la Cour n'en decide autrement, chaque Partie supporte ses frais de proc6dure >. 169. Aucune des Parties n'a d6pos6 d'observations sur les frais de proc6dure 170. A la lumiBre de ce qui pr6cdde, la Cour estime qu'elle n'a en l'espdce aucune raison de d6roger aux dispositions de I'article 30 du Rdglement et, en cons6quence, d6cide que chaque Partie supporte ses propres frais de proc6dure. x. DrsPostTtF 171. Par ces motifs LA COUR, A I'unanimit6 Sur la comp1tence i. Rejette les exceptions d'incompetence ; Dif qu'elle est comp6tente 49 001421 Sur la recevabilitd iii. Rejette les exceptions d'irrecevabilit6 de la Requete ; IV Ddclare la Requete recevable Sur le fond Dif que I'Etat d6fendeur n'a pas viol6 le droit des Requ6rants d ce que leur cause soit entendue, droit inscrit d l'article 7(1) de la Charte ; VI Dif que l'Etat defendeur n'a pas viol6 le droit des Requ6rants d'ehe jug6s par une juridiction comp6tente, droit protege d l'article 7(1)(a) de la Charte ; vI Dff que l'Etat d6fendeur n'a pas viol6 le droit des Requ6rants d'etre jug6s dans un d6lairaisonnable, droit protege i l'article 7(1) (d) de la Charte; vil Dlf que l'Etat defendeur a viole le droit d la vie inscrit d l'article 4 de la Charte, relativement d I'imposition obligatoire de la peine capitale, qui supprime le pouvoir discr6tionnaire du juge ; tx Dlt que l'Etat d6fendeur a viol6 le droit A la dignite inscrit d I'article 5 de la Charte en pr6voyant l'ex6cution de la peine capitale impos6e de maniere obligatoire. Sur /es rdparations R6parations pdcun iaires x. Rejette les demandes de r6paration relatives aux prejudices mat6riels ; xt Octroie quatre millions (4 000 000) de shillings tanzaniens (TZS) a chacun des Requ6rants pour le prejudice moral r6sultant de leur condamnation ; 50 e- 001420 x Ordonne d L'Etat defendeur de payer le montant indiqu6 d l'alinea (xi) en franchise de taxe dans un delai de six (6) mois d compter de la notification du pr6sent arr6t, faute de quoi il paiera des int6r6ts moratoires calcul6s sur la base du taux applicable de la Banque de Tanzanie pendant toute la p6riode de retard de paiement et jusqu'd paiement complet du montant cumul6. Re p a ration s no n p6cu n i aire s xiii. Rejette les demandes visant l'annulation de la d6claration de culpabilit6 et la remise en liberte des Requ6rants, ainsi que les mesures de restitution' xtv Rejette la demande de garanties de non-rEp6tition des violations constat6es d l'6gard des Requ6rants ; XV Ordonne ii l'Etat d6fendeur de prendre toutes les mesures n6cessaires, dans un d6lai d'un (1) an a compterde la notification du pr6sentarrdt, pour supprimer I'imposition obligatoire de la peine de mort dans son Code p6nal parce qu'elle enldve tout pouvoir discr6tionnaire au juge; xvt Ordonne a l'Etat d6fendeur de prendre toutes les mesures n6cessaires, dans le cadre de ses proc6dures internes et dans un delai d'un (1) an ir compter de la notification du present arr6t, pour faire entendre de nouveau l'affaire sur la dEtermination de la peine des Requ6rants, dans le cadre d'une proc6dure qui ne pr6voit pas I'imposition obligatoire de la peine de mort et reconnait au juge ses pleins pouvoirs discr6tionnaires. xv Ordonne d l'Etat d6fendeur de publier le prEsent arr6t dans un d6lai de trois (3) mois d compter de la date de notification, sur les sites Web du pouvoir judiciaire et du ministdre des Affaires constitutionnelles et judiciaires, et de veiller i ce que le texte de I'arr6t y demeure accessible pendant au moins un (1) an aprds la date de publication ; 51 €- ,/ 001d I s xvill Ordonne a l'Etat d6fendeur de lui soumettre, dans un d6lai de six (6) mois d compter de la date de notification du pr6sent Arr6t, un rapport sur la mise en ceuvre des d6cisions rendues dans le pr6sent arr€t et, par la suite, tous les six (6) mois, jusqu'd ce qu'elle considdre toutes ses d6cisions enti6rement ex6cut6es. Sur /es frais de procddure xix. Ordonne que chaque Partie supporte ses propres frais de proc6dure Ont sign6 : Sylvain ORE, Pr6sident ; Ben KIOKO, Vice-president ; Rafad BEN ACHOUR, Juge ; i'lc; Angelo V. MATUSSE, Juge ; Suzanne MENGUE, Juge ; M.-Therese MUKAMULISA, Juge ; Tujilane R. CHIZUMILA, Juge; Chafika BENSAOULA, Juge ; Blaise TCHIKAYA, Juge ; Stella l. ANUKAM, Juge ; et Robert ENO, Greffier s2 001{ 1 8 conform6ment aux articles 28(7) du Protocole et 65 du Rdglement, les opinions individuelles des Juges Chafika Bensaoula et Blaise Tchikaya sont jointes au pr6sent arrEt. Fall d zanzibar, ce vingt-huitidme jour du mois de novembre de l'an deux mil dix-neuf, en anglais et en frangais, le texte en anglais faisant foi. Pt *"" 1?".,., i )) ) tt )l 53