viking and another c republique unie de tanzanie requete n 0062015 2018 afchpr 77 23 mars 2018
The Court found that the respondent State violated Article 7(1)(c) of the African Charter by refusing the applicants access to witness statements, failing to call key witnesses for cross-examination, and not facilitating a medical examination relevant to the defense. These failures undermined the applicants' right...
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- Citation
- viking and another c republique unie de tanzanie requete n 0062015 2018 afchpr 77 23 mars 2018
- Parties
- Applicant: Nguza Viking (Babu Seya); Applicant: Johnson Nguza (Papi Kocha); Respondent: République-Unie de Tanzanie
- Court
- TANZLII
- Jurisdiction
- Tanzania
- Judgment Date
- 1 January 2018
- Procedural Posture
- Human Rights Application / Final Judgment
- Outcome
- Application partially upheld
- Legal Topics
- Right to Fair Trial, Right to Dignity, Right to Legal Representation, Right to Equality Before the Law, Right to Participate in Public Affairs, Right to Family Protection, Remedies for Human Rights Violations
- Source Language
- en
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Parties
Nguza Viking (Babu Seya)
Applicant
Johnson Nguza (Papi Kocha)
Applicant
République-Unie de Tanzanie
Respondent
Procedural Posture
Human Rights Application / Final Judgment
Legal Issues
- 1 Whether the applicants' right to a fair trial under Article 7(1)(c) of the African Charter was violated
- 2 Whether the applicants' right to dignity and integrity under Article 5 of the African Charter was violated
- 3 Whether the applicants' rights under Articles 13 and 18(1) of the African Charter were violated
Ratio Decidendi
The Court found that the respondent State violated Article 7(1)(c) of the African Charter by refusing the applicants access to witness statements, failing to call key witnesses for cross-examination, and not facilitating a medical examination relevant to the defense. These failures undermined the applicants' right to a fair trial and equality of arms. The Court found no violation of Article 5 (dignity), nor of Articles 13 and 18(1) (public affairs and family protection), due to lack of substantiation. The violation of Article 7(1)(c) entailed a consequential violation of Article 1 of the Charter.
Court Disposition
Application partially upheld
Orders
- Declared violation of Article 7(1)(c) of the African Charter for failure to provide witness statements, call key witnesses, and facilitate medical examination for the first applicant.
- Declared consequential violation of Article 1 of the African Charter.
Full Case Text
Judgment text and source record
1 paragraphs
AFRICAN UNION UNION AFRICAINE f,J+1 #;rtt .tLfltl \J !'ti, # .9. uruIAo AFRICANA AFRICAN COURT ON HUMAN AND PEOPLES' RIGHTS GOUR AFRTCAINE DES DROITS DE L'HOMME ET DES PEUPLES AFFAIRE NGUZA VIKING (BABU SEYA) ET JOHNSON NGUZA (PAPI KOCHA) G nEpuelteuE-uNtE DE TANZANIE neouEre n'oo6/2ois 0ri nnnEr o 23 MARS 2018 \) 0tt SOMMAIRE SOMMAIRE.... .il LES PARTI ES ......,..... ,2 OBJET DE LA REQUETE..... ,2 A. Faits de la cause.... .2 B Violations al169u6es .... .4 III. RESUME DE LA PROCEDURE DEVANT LA COUR .5 IV. MESURES DEMANDEES PAR LES PARTIES............. .8 V. DEMANDE DES REQUERANTS EN VUE D'UNE CITATION DES TEMOINS A COMPARA1TRE..,...,.... 10 VI. SUR LA COMPETENCE.......... 10 A. Exception d'incomp6tence mat6rielle........... TL B. Sur les autres aspects de la comp6tence....... 13 VII. SURLARECEVABILITE.......... 13 A. Les conditions de recevabilit6 en discussion entre les parties. L4 i. Exception tir6e de l'all6gation du non-6puisement des voies de recours internes.. L4 ii. Exception tir6e du non-d6p6t de la requote dans un d6lai raisonnabre t7 B. Conditions de recevabilite qui ne sont pas en discussion entre les parties....... 19 vilt SUR LE FOND .20 A. Violations all6gu6es des droits au respect de la dignit6 et de l'int6grit6 de la personne Charte inscrits d l'article 5 de la ........20 B. Violations all6gu6es du droit i un procds 6quitable garanti par I'article 7(1) de la i. All6gations selon lesquelles les Requ6rants n'ont pas 6t6 imm6diatement inform6s des charges port6es contre eux et qu'ils ont 6t6 priv6s du droit de se faire assister par un conseil 22 ii. Al169ations selon lesquelles la s6ance d'identification n'a pas 6t6 men6e selon les rdgles 24 iii. All6gations selon lesquelles n'ont pas regu copie des d6clarations des t6moins d charge et que les t6moins cl6s n'ont pas 6t6 appel6s d la barre pour un contre-interrogatoire 26 iv. All6gation selon laquelle I'alibi des Requ6rants a 6te rejet6 ind0ment .28 tl v. All6gation selon laquelle les rapports des examens d'urine et de sang des Requ6rants et le test pour 6tablir l'impuissance sexuelle all6gu6e du premier Requ6rant ont 6t6 rejet6s ind0ment... ......29 vi. All6gation selon laquelle le juge de premidre instance n'a pas 6t6 impartial et que certaines observations et certains 6l6ments de preuve n'ont pas 6t6 d0ment examin6s ou pris en compte........... 32 C. Violations all6gu6es du droit de participer librement d la direction des affaires publiques de son pays (article 13 de la Charte) et du droit A la protection de la famille (article 18 de la Charte) ...34 D. Violation all6gu6e de l'article 1er de la Charte africaine par l'Etat d6fendeur. .............35 IX. SUR LES MESURES DEMANDEES... ..36 X. SUR LES FRAIS DE LA PROCEDURE.............. ..................37 xt. D1sPostT1F...................... ..................38 ilt La Cour compos6e de: Sylvain ORE, Pr6sident; Ben KIOKO, Vice-pr6sident ; G6rard NIYUNGEKO, El Hadji GUISSE, RafAa BEN ACHOUR, Angelo V. MATUSSE, Marie-Th6rdse MUKAMULISA, Ntyam O. MENGUE, Tijulane R. CHIZUMILA, Chafika BENSAOULA, Juges; et Robert ENO, Greffier. En l'affaire : Nguza VIKING (Babu SEYA) et Johnson NGUZA (Papi KOCHA) repr6sentds par trf Donald DEYA, Union panafricaine des avocats (UPA) contre R6publique-Unie de Tanzanie repr1sentde par i) Mme Sarah D. MWAIPOPO, Attorney g6n6ral adjoint par int6rim, Directeur de la Division des Affaires constitutionnelles et des droits de I'homme, Cabinet de l'Attorney gen6ral ii) M. Baraka LUVANDA, Directeur, Cellule des affaires juridiques, Ministdre des Affaires 6trang6res et de la Coop6ration Est-africaine, 169ionale et internationale iii) Mme Nkasori SARAKIKYA, Directeur adjoint charg6 des Droits de I'homme, PrincipalSfafe Attorney, Cabinet de l'Attorney g6n6ral iv) M. Mark MULWAMBO, Principal State Attomey, Cabinet de l'Attorney g6n6ral v) Mme Aidah KISUMO, Senior Sfafe Attorney, Cabinet de I'Attorney g6n6ral Ne Z- 1 vi) M. Elisha SUKA, Foreign Seryice Officer, Ministdre des Affaires 6trangdres et de la Coop6ration Est-africaine, r6gionale et internationale Aprds en avoir d6lib6r6, rend le pr6sent arr1t I. LES PARTIES 1. Les Requ6rants, les sieurs Nguza Viking (Babu Seya), ci-apr6s d6signe premier Requ6rant, et Johnson Nguza (Papi Kocha), ci-aprds d6sign6 deuxidme Requ6rant, affirment qu'ils sont des ressortissants de la R6publique d6mocratique du Congo, qui vivaient et travaillaient comme musiciens d Dar es-Salaam (Tanzanie). Le second Requ6rant est le fils biologique du premier Requ6rant. 2. L'Etat d6fendeur, d savoir la Republique-Unie de Tanzanie, est devenu partie d la Charte africaine des droits de I'homme et des peuples (ci-apres d6nomm6e << la Charte >>), le 21 octobre 1986, et au Protocole relatif A la Charte africaine des droits de I'homme et des peuples portant cr6ation d'une Cour africaine des droits de I'homme et des peuples (ci-apres d6nomm6 < le Protocole >>), le 10 f6vrier 2006. ll a par ailleurs d6pos6 la d6claration pr6vue d l'article 34(6) du Protocole le 29 mars 2010. L'Etat d6fendeur est devenu partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (ci-aprds d6sign6 < !e Pacte >) le 11 juin 1976. II. OBJET DE LA REQUETE A. Faits de la cause 3. Les Requ6rants alldguent avoir 6t6 arrdtes par des agents de police le 12 octobre 2003 et conduits au poste de police de Magomeni (Republique 4 Unie de Tanzanie). Les Requ6rants, accompagn6s de Nguza Mbangu et Francis Nguza, qui sont 6galement les fils du premier Requ6rant, ainsi que d"une tierce personne (identifi6e ult6rieurement comme enseignant) ont et6 mis en examen, le 16 octobre 2003 sous 10 chefs d'accusation de viol et de 11 chefs d'accusation de crime contre nature devant le Tribunal de premidre instance de Kisutu i Dar es-Salaam, dans l'affaire p6nale no 555 de 2003. Les personnes accus6es dans cette affaire 6taient respectivement Nguza Viking (Babu Seya), premier accus6; Johnson Nguza (Papa Kocha), deuxidme accus6 ; Nguza Mbangu, troisidme accus6; Francis Nguza, quatridme accus6 ; et !'enseignant, cinquidme accus6 dans I'affaire en question. lls ont plaide non coupable de tous ces chefs d'accusation. Les dix (10) victimes all6gurSes 6taient toutes des enfants 6gees de six (6) a dix (10) ans et 6ldves de la m6me classe d Mashujaa Primary Schoo/ (ecole primaire de lt/ashujaa) A Sinza dans le district de Kinondoni. Les dix (10) victimes auraient subi un viol collectif et des actes de sodomie i tour de r6le par cinq (5) adultes, dont les Requ6rants. 4. Le 25 juin 2004, d l'exception du cinquidme accus6, les Requ6rants ainsi que les troisidme et quatridme coaccus6s ont tous 6t6 d6clar6s coupables de tous les chefs d'accusation retenus contre eux et condamn6s d la peine de r6clusion A perp6tuit6 et au paiement de deux (2) millions de shillings tanzaniens a chacune des victimes. Les Requ6rants, ainsi que les troisidme et quatridme accus6s ont alors interjet6 appel devant la Haute Cour de Tanzanie, dans l'affaire p6nale no 84 de 2004. Dans son arr6t du 27 janvier 2005, la Haute cour a conclu que les preuves produites correspondaient d la d6finition d'un viol collectif. Elle a donc requalifie le chef de crime contre nature en chef de viol collectif et rejet6 l'appel. 5. Les Requ6rants ainsi que les troisidme et quatridme accus6s ont form6 un recours devant Ia Cour d'appel de Tanzanie dans I'affaire p6nale no 56 de 2005. Dans son arrdt rendu le 11 f6vrier 2010, la cour d'appel a annul6 la d6claration de culpabilit6 et la peine prononc6es contre les troisidme et quatridme accus6s. Elle a en outre d6clare le premier Requ6 coupable 3 de deux (2) chefs de viol et les deux Requ6rants coupables de deux (2) chefs de viol collectif et les a acquitt6s des autres chefs d'accusation. La Cour d'appel a substitu6 la peine de r6clusion d perpetuit6 par une peine de trente (30) ans de r6clusion. 6. Le 9 avril 2010,|es Requ6rants ont d6pos6 un avis de requ6te en r6vision de I'arr6t de la Cour d'appel. La requ6te en r6vision en matidre p6nale no 5 de 2010 a 6t6 rejetee le 13 novembre 2013. B. Violations all6gu6es 7. Les Requ6rants alldguent ce qui suit lls n'ont pas et6 imm6diatement inform6s des accusations port6es contre eux et ils ont 6te d6tenus au secret pendant quatre jours, sans possibilit6 d'entrer en contact avec un avocat ou avec toute autre personne. lls ont 6t6 maltrait6s par des agents de police qui les ont insult6s et ils sont rest6s en garde d vue pendant un certain temps avant qu'un agent de police ne leur signifie les accusations de viol ; Le procds 6tait inequitable pour diverses raisons. D'abord, Ie tribunal a plusieurs fois rejete les demandes en vue de pr6senter des preuves, les r6sultats de leurs analyses de sang et d'urine n'ont pas ete pr6sent6s comme preuve devant le tribunal de premidre instance et, alors m6me que les victimes all6gu6es affirmaient avoir ete infect6es par le VlHlsida et la blennorragie, le tribunal a rejet6 la demande du premier Requ6rant pour que des analyses m6dicales soient effectu6es afin d'6tablir son impuissance sexuelle ; iii. Le tribunal s'est fond6 sur les d6clarations des victimes all6gu6es comme 6l6ments de preuve, alors qu'il s'agissait de r6cits d6crivant de m6moire le local of le viol aurait eu lieu, sans tenir compte du fait que les enfants et leurs parents avaient visit6 la maison des accus6s avant l'audience et qu'ils avaient plusieurs fois examin6 les lieux; 4 A IV Les chefs d'accusation port6es contre eux ont 6t6 mont6s de toutes pidces d des fins de vengeance et le jugement rendu n'6tait pas fond6 sur des preuves cr6dibles ; v. Leur droit d un procds 6quitable a 6galement 6t6 viole ; VI L'Etat d6fendeur a viol6 tous les principes reconnus en matidre de droits de l'homme et en droit international ; vil Leur proces a 6t6 in6quitable et entach6 de vices de proc6dure imputables aux juridictions nationales et i d'autres agences et institutions de l'Etat d6fendeur ; vil! Leur proces etait in6quitable d tous les niveaux; ils ont et6 harcel6s et leurs moyens de d6fense n'ont pas 6t6 d0ment pris en consid6ration et tout cela a entrain6 des violations de la Charte africaine en ses articles 1, 2, 3, 5,7(1) (b), 13 et 18(1). tII. RESUME OE LA PROCEOUNC DEVANT LA COUR 8. La requEte a 6te d6posee le 6 mars 2015 et signifi6e A l'Etat d6fendeur le 8 avril 2015,!'invitant A d6poser la liste de ses repr6sentants dans un d6lai de trente (30) jours et de faire connaitre sa r6ponse d la requ6te dans un d6!ai de soixante (60) jours a compter de la date de r6ception de la notification, conform6ment A l'article 35(2)(a) et (4)(a) du Rdglement int6rieur de la Cour (ci-aprds d6sign6 < le Rdglement >>). 9. Par notification du 8 avril 2015,|a requEte a 6t6 communiqu6e au Conseil ex6cutif de l'Union africaine et, par I'interm6diaire de la Pr6sidente de la commission de l'Union africaine, aux Etats parties au protocore, conform6ment d !'article 35(3) du Rdglement. 10. Suite d la demande d'assistance judiciaire formul6e par les Requ6rants, la Cour a donn6 pour instructions au Greffe de solliciter le concours de 5 l'Union panafricaine des avocats (uPA) a cet 6gard. celle-ci a marqu6 son accord pour repr6senter les Requ6rants et les parties en ont 6t6 d0ment inform6es par notification dat6e du 30 juin 2015. 1 1 . L'Etat d6fendeur a soumis la liste de ses repr6sentants le 26 mai 2015. ll a d6pose sa r6ponse d la requ6te, hors d6lai, Ie 10 ao0t 201s. La cour a d6cid6, dans l'int6r6t de la justice, d'accepter cette r6ponse qui a 6te communiqu6e au Requ6rant par notification du 30 novembre 2015. 12.Par lettre du 5 janvier 2016,Ies Requ6rants ont demand6 A la Cour de leur accorder un d6lai suppl6mentaire pour d6poser leur replique A la r6ponse de l'Etat d6fendeur et par lettre dat6e du 11 mars 2016, le Greffe a inform6 les Requ6rants de la d6cision de la Cour de proroger de 30 jours le d6lai pour d6poser ladite r6plique. 13.Par courriel dat6 du 15 avri! 2016, l'uPA a d6pos6 la r6ptique des Requ6rants qui a et6 communiqu6e d I'Etat d6fendeur par notification dat6e du 19 avril 2016. 14.Par notification dat6e du 14 juin 2016, le Greffe a inform6 les Parties que la proc6dure 6crite 6tait declar6e close d compter du 4 juin 2016 et qu'elles pouvaient d6poser de nouvelles preuves, conform6ment A I'article 50 du Rdglement, si elles le souhaitaient. Aucune partie n'a demand6 de d6poser de nouvelles preuves en application de cette disposition du Rdglement. 15.Le 11 juillet 2016, l'Etat d6fendeur a demand6 I'autorisation de d6poser une duplique, mais !a Cour a estim6 qu'il n'6tait pas indiqu6 de faire droit dr cette demande, la proc6dure 6crite 6tait dejA cl6tur6e. 16. Par lettre dat6e du 16 mars 201 8 regue le m6me jour au Greffe, le conseil des Requ6rants a inform6 la Cour que les Requ6rants ont et6 liberes de prison, b6n6ficiant d'une grdce presidentielle dr l'occasion de la c6l6bration marquant le cinquante-sixidme anniversaire de I'ind6pendance de I'Etat J 6 4 d6fendeur. Cette lettre a ete communiqu6e i I'Etat d6fendeur le 19 mars 2018, pour des observations 6ventuelles. 17.Par lettre dat6e du 20 mars 2018,I'Etat d6fendeur a inform6 la Cour que les Requ6rants avaient 6t6 lib6r6s par gr6ce pr6sidentielle (mesure sp6ciale de r6mission totale de peine ordonn6e en 2017 en faveur de soixante-trois (63) personnes incarc6r6es, dont les Requ6rants. Selon I'Etat d6fendeur, la Cour aurait d0 informer les Parties qu'elle ne tiendrait pas une audience publique en l'espdce avant de leur notifier le prononc6 de l'arr6t. L'Etat d6fendeur a 6galement demand6 dr la Cour que suite d la remise en libert6 des Requ6rants, leur requ6te soit retir6e du r6le avant le prononc6 de l'arr6t, ou que celui-ci soit report6 d une date ult6rieure. L'Etat d6fendeur a formul6 cette demande, du fait que la requEte avait 6t6 d6pass6e par les 6v6nements, les Requ6rants 6tant satisfaits de leur lib6ration et ayant exprim6 leur gratitude suite a la d6cision du Gouvernement a leur 6gard, ils doivent donc 6tre entendus personnellement sur leur statut et leurs souhaits concernant leur requ6te. La lettre a 6te transmise aux Requ6rants le 21 mars 2018 pour des 6ventuel les observations. 18.Par lettre du21 mars 2018, !e Greffier a inform6 l'Etat d6fendeur que la Cour attire son attention sur les dispositions de l'article 27(1) du Rdglement portant sur la proc6dure orale ou 6crite et sur les dispositions de I'article 58 du Rdglement concernant le d6sistement. ll a fait remarquer que, outre leur remise en libert6, les Requ6rants ont soulev6 d'autres questions sur lesquelles la Cour doit statuer. 19.Par lettre du 22 mars 2018, le conseil des Requ6rants a d6pos6 les observations de ceux-ci sur Ia lettre de I'Etat d6fendeur en date du 20 mars 2018, indiquant que, selon le Reglement, la Cour n'6tait pas tenue d'organiser des audiences publiques pour chaque affaire. ll a 6galement d6clar6 n'avoir pas regu d'instructions de la part des Requ6rants de se 7 \ d6sister et ont demand6 A la Cour de rendre son arr6t dans les meilleurs delais. 20.Par correspondance du 22 mars 2018, le Greffier a inform6 les deux Parties que la Cour avait confirm6 que l'arr6t sera rendu le 23 mars 2018. IV. MESURES DEMANDEES PAR LES PARTIES 21. Les mesures demand6es par les Requ6rants, tel qu'elles ont ete formul6es dans la requdte sont les suivantes : < 44. Nous demandons la Cour de prendre les dispositions n6cessaires pour nous fournir une repr6sentation juridique gratuite ou une assistance judiciaire, en vertu de I'article 31 du Rdglement int6rieur de la Cour et de I'article 10(2) du Protocole ; 45. Nous, les Requ6rants, demandons i la Cour, en vertu de l'article 45(1) et (2) du Rdglement int6rieur de la Cour (Mesures d'instruction) d'entendre I'avis d'un expert qui, d notre avis, peut clarifier les faits de la cause et aider la Cour i accomplir sa tAche : a) prendre les mesures n6cessaires en vue de la comparution des personnes, t6moins, experts susceptibles d'apporter leur assistance, notamment: i. des parents de(s) jeune(s) enfant(s) (entre 6 et 8 ans) ; ii. de l'enseignant des jeunes enfants (entre 6 et 8 ans) ; iii. un expert pediatre. 46. Les Requ6rants r6itirent par la pr6sente les mesures qu'ils sollicitent de la Cour de c6ans, i savoir : i. D6clarer que t'Etat d6fendeur a viol6 les droits inscrits aux articles 1, 2, 3, 5, 7(1)(b), 13 et 18(1) de la Charte africaine des droits de I'homme et des peuples ; ii. Rendre en cons6quence, une ordonnance enjoignant a l'Etat d6fendeur de remettre les Requ6rants en liberte; iii. Les Requ6rants demandent 6galement i Ia Cour de rendre une ordonnance portant mesures de r6paration, en vertu de l'article 27(1) du Protocole et de l'article 3a(5) du Rdglement int6rieur de la Cour ; iv. Toute autre ordonnance ou mesure de r6paration que l'Honorable Cour estime appropri6e de rendre >. 22. Dans leur replique a la r6ponse de I'Etat d6fendeur, les Requ6rants r6itdrent leurs demandes A la Cour et la prient de : I (^ S- ( 46. a. D6clarer que l'Etat d6fendeur a viol6 les droits inscrits aux articles [sic] 2,3,5,7 (1)(b), 13 et 18(1) de la Charte africaine des droits de I'homme et des peuples ; b. prendre les mesures n6cessaires en vue de la comparution des t6moins ci-aprds en vertu de l'article 45(1) et (2) du Rdglement int6rieur de la Cour: i. les parents de(s) jeune(s) enfant(s) (entre 6 et I ans) ; ii. l'enseignant des jeunes enfants (entre 6 et 8 ans) ; iii. un expert p6diatre c. Rendre une ordonnance enjoignant d I'Etat d6fendeur de remettre les Requ6rants en libert6; d. Rendre une ordonnance portant mesures de r6paration ; e. ordonner toute autre mesure ou r6paration qu'elle estime appropri6e>>. 23. Dans sa r6ponse, l'Etat d6fendeur demande i la cour de rendre les ordonnances ci-aprds concernant sa comp6tence et la recevabilit6 de la requ6te : < 1. constater que la requ6te n'invoque pas la comp6tence de la cour de c6ans. 2. Conclure que la requ6te ne remplit pas les conditions de recevabilit6 prescrites d l'article 40(5) du Reglement int6rieur de la Cour. 3. Constater que la requ6te ne remplit pas les conditions de recevabilit6 prescrites d l'article 40(6) du Rdglement int6rieur de la Cour. 4. D6clarer la requ6te irrecevable et la rejeter en cons6quence ). 24. Sur le fond de la requ6te, l'Etat d6fendeur demande A la Cour de rendre les ordonnances ci-aprds : < 1. Rejeter la demande des Requ6rants en vue de prendre toutes les mesures n6cessaires en vue de la comparution des t6moins 2. Rejeter la demande de r6paration formul6e dans la requOte > 9 & 25. L'Etat d6fendeur demande en outre d la Cour de dire qu'il n'a pas viol6 les articles 1 , 2, 3, 5, 7(1Xb), 13 et 18(1) de la Charte. 26. L'Etat d6fendeur demande 6galement dr la Cour de prendre les mesures suivantes < 10. Ordonner que les Requ6rants continuent de purger leur peine. 11. Ordonner qu'aucune mesure de r6paration n'est octroy6e aux Requ6rants. 12. Dire que la requ6te est rejet6e car elle est d6nu6e de tout fondement >r. V DEMANDE DES REQUERANTS EN VUE D'UNE GITATION DES TEMOINS A compaRAiTRE 27.Les Requ6rants ont demand6 i la Cour de citer d comparaitre comme t6moins les jeunes enfants, leurs parents et leur enseignant, ainsi qu'un pediatre. 28. L'Etat d6fendeur maintient que cette requGte doit 6tre rejet6e. *** 29. La Cour, consid6rant que les observations 6crites 6taient suffisantes pour l'examen de l'affaire, n'a pas estim6 n6cessaire de faire droit a la demande des Requ6rants. VI, SUR LA COMPETENCE 30. En application de l'article 39(1) du Rdglement, <<la Cour procdde d un examen pr6liminaire de sa comp6tence... ) 10 :- A. Exception d'incomp6tence mat6rielle 31. Dans son m6moire en r6ponse i la requ6te, l'Etat d6fendeur soutient que les Requ6rants demandent d la Cour d'agir comme un Tribunal de premidre instance pour certaines all6gations et comme une Cour suprEme d'appel pour statuer sur des questions de droit et de preuve d6ja tranch6es par la Cour d'appel de Tanzanie, qui est la plus haute juridiction de I'litat d6fendeur. 32. L'Etat d6fendeur fait 6galement valoir qu'il est demand6 a la Cour d'annuler une d6cision de la Cour d'appel de Tanzanie, ce qui constitue en r6alit6 un recours contre les d6cisions de la Cour d'appel dans l'affaire p6nale n" 56 de 2005 et dans la requEte en r6vision n'5 de 2010. 33. L'Etat d6fendeur se r6fdre d la decision de la Cour de c6ans dans l'affaire Ernest Francis Mtingwi c. Rdpublique du Malawi, dans laquelle elle avait estim6 : <<lqu'l elle n'a pas compdtence d'appel pour recevoir et examiner des recours portant sur des guestions tranchdes par les juridictions internes, rdgionales ou par d'autres Cours>l. 34. Les Requ6rants r6futent cette all6gation et se fondent sur la d6cision de la Corjrr dans I'affaire Alex Thomas c. Rdpublique-tJnie de Tanzanie2, et l'affaire Peter Joseph Chacha c. Repubtique-unie de Tanzanie3 dans lesquelles la Cour a estim6 que dds lors que des droits dont la violation est all6gu6e sont prot6g6s par la Charte ou tout autre instrument des droits de l'homme, la Cour a comp6tence pour connaitre de l'affaire. *** 1 Requete noo01/2013, d6cision du 151312013, Ernesf Francis Mtingwi c. Rdpubtique du Malawi, paragraphe 14. 2 Requate nools/2o 13. Arrdt du 20/11/2015, Alex Thomas c. Rdpublique-Unie de Tanzanie, paragraphe 130 o Requ€te n"003/201 2. Arr5t du 28/3/2014, Peter Joseph Chacha c. Rdpublique-Unie de paragraphe 114. LL 35. La Cour r6itdre sa position, telle qu'elle I'a exprim6e dans I'affaire Emest Francis Mtingwi c. R1publique du Malawia, qu'elle n'est pas une instance d'appel des d6cisions rendues par les juridictions nationales. Toutefois, comme elle l'a soulign6 dans I'arrdt du 20 novembre 2016 dans I'affaire Alex Thomas c. Rdpublique-Unie de Tanzanie et confirm6 dans l'arret du 3 juin 2016 dans l'affaire Mohamed Abubakari c. Republique-tJnie de Tanzanie, cela n'6carte pas sa comp6tence pour appr6cier si les proc6dures devant les juridictions nationales r6pondent aux normes internationales 6tablies par la Charte ou par les autres instruments applicables des droits de I'homme auxquels l'Etat d6fendeur est parties. En l'espdce, la cour a comp6tence pour d6terminer si les proc6dures internes relatives aux chefs d'accusation pour infraction p6nale qui constituent le fondement de leur requ6te devant elle ont 6t6 men6es conform6ment aux normes internationales 6nonc6es dans la Charte et dans la Convention. En cons6quence, la Cour rejette I'exception soulev6e par l'Etat d6fendeur, dans laquelle il est all6gu6 qu'elle agit en l'espdce comme un Tribunal de premidre instance et comme une juridiction d'appel et se d6clare compEtente pour connaitre de la pr6sente requ6te. 36. Par ailleurs, en ce qui concerne l'all6gation selon laquelle la requete demande d la Cour de si6ger comme tribunal de premidre instance, la Cour reldve que dans la mesure oir Ia requ6te porte sur des violations al169u6es des dispositions de certains instruments internationaux auxquets I'Etat d6fendeur est partie, elle a la comp6tence mat6rielle, en vertu de !'article 3(1) du Protocole, qui dispose que la Cour < a comp6tence pour connaitre de toutes les affaires et de tous les diff6rends dont elle est saisie concernant l'interpr6tation et l'application de la Charte, du pr6sent Protocole, et de tout autre instrument pertinent relatif aux droits de l'homme et ratifi6 par les Etats concern6s >. a Requete n'ootlzotz. D6cision du L5l3l2oL3, Ernest Francis Mtingwi c. Ripublique du Malowi, paragraphe 14 5 Requete noOO5/2013. Arr6t d u 2011112015, Alex Thomas c. R$publique-tJnie de Tanzanie, paragraphe 130 et requOte no007 12413. Arr6t du 31612016, Mohamed Abubakari c. de Tanzanie, paragraphe 29. L2 S. 37. En cons6quence, la Cour rejette l'exception de l'Etat d6fendeur tir6e du fait que la Cour agit en I'espdce comme un tribunal de premidre instance et comme une cour d'appel et d6clare qu'elle a la comp6tence mat6rielle pour connaitre de la pr6sente requ6te. B. Sur les autres aspecb de la comp6tence 38. La Cour fait observer que l'Etat d6fendeur ne conteste pas sa comp6tence personnelle, temporelle et territoriale et que rien dans le dossier n'indique qu'elle n'est pas comp6tente au regard de ces trois aspects. Elle constate donc qu'en l'espdce, elle a : (i) la comp6tence personnelle, dans la mesure oir l,Etat d6fendeur est un Etat partie au Protocole et qu'il a depos6 la d6claration requise a I'article 34(6) de ce m6me Protocole autorisant les Requ6rants dr saisir directement la Cour en vertu de l'article 5(3) du Protocole ; (ii) la comp6tence temporelle, dans la mesure ot, de par leur nature, les violations all6gu6es se poursuivent et que les Requ6rants demeurent condamn6s sur la base de ce qu'ils considdrent comme une proc6dure in6quitable ; (iii) la comp6tence territoriale, 6tant donn6 que les violations all6gu6es sont intervenues sur le territoire d'un Etat partie au Protocole, A savoir I'Etat d6fendeur. 39.Au vu de ce qui pr6cdde, la cour d6clare qu'elre est comp6tente pour connaitre de la pr6sente requ6te. VII. SUR LA RECEVABILITE 40. En vertu de l'article 6(2) du Protocole, <illa Cour statue sur la recevabilit6 des requ6tes en tenant compte des dispositions 6nonc6es i l'article 56 de Ia Charte>. 4l.Conform6ment dr l'article 39(1) de son Rdglement, <<La Cour procdde ii I'examen pr6liminaire ... des conditions de recevabilit6 de la requOte telles 13 que prevues par les articles... et 56 de la Charte et l'article 40 du pr6sent Rdglement. > 4Z.L'article 40 du Rdglement reprend en substance l'article 56 de la Charte et il est libell6 comme suit: << En conformit6 avec les dispositions de l'article 56 de la Charte [........], les requ6tes doivent remplir les conditions ci-aprds : f . indiquer l'identit6 de leur auteur, m6me si celui-ci demande i la Cour de garder l'anonymat; 2. 6tre compatible avec I'Acte constitutif de I'Union africaine et la Charte ; 3. ne pas contenir de termes outrageants ou insultants ; 4. ne pas se limiter i rassembler exclusivement des nouvelles diffus6es par les moyens de communication de masse ; 5. 6tre post6rieures d l'6puisement des recours internes, s'ils existent, i moins qu'il ne soit manifeste i la Cour que la proc6dure de ces recours se prolonge de fagon anormale ; 6. 6tre introduites dans un d6lai raisonnable courant depuis l'6puisement des recours internes ou depuis la date retenue par la Cour comme faisant commencer d courir le d6lai de sa propre saisine; 7. ne pas concerner des cas qui ont 6t6 r6gl6s conform6ment, soit aux principes de la Charte des Nations Unies, soit de l'Acte constitutif de I'Union africaine et soit de dispositions de la Charte ou de tout autre instrument juridique de I'Union africaine >. 43. M6me si certaines conditions de recevabilit6 ne sont pas en discussion entre les Parties, l'Etat d6fendeur souldve des exceptions portant sur l'6puisement des voies de recours internes et sur le d6lai de saisine de la Cour. A. Les conditions de recevabilit6 en discussion entre les parties i. Exception tir6e de l'all6gation du non-6puisement des voies de recours internes I L4 44.L'Etat d6fendeur soutient que la requ6te ne remplit pas les conditions de recevabilit6 6nonc6es aux articles 56(5) de la Charte, 6 du Protocole et 40(5) du R6glement. 45.11 affirme 6galement que les recours internes n'ont pas 6t6 6puis6s car les Requ6rants souldvent les all6gations suivantes pour la premidre fois devant la Cour de c6ans : i) < Aprds avoir 6t6 emmen6s au poste de police d,Urafiki, le 2" Requ6rant et ses deux frdres ont 6te molest6s et ensuite transf6r6s au poste de police de Magomeni oir irs ont retrouv6 leur pdre, le 1"t Requ6rant, enferm6 dans une cellule aux conditions sanitaires inhumaines >. ii) Au moment de leur arrestation, les Requ6rants n'ont pas ete << inform6s des accusations port6es contre eux et irs ont 6te d6tenus au secret pendant quatre jours, priv6s de reur droit a contacter un avocat ou de recevoir la visite de quiconque D iii) < Pendant leur garde d vue, ils ont 6t6 martrait6s par des agents de police et une fois, ils ont 6te appel6s par un groupe de policiers qui les ont insult6s et leur ont signifi6 les accusations de viol avant de les reconduire dans leur cellule>. 46. L'Etat d6fendeur fait en outre valoir que les Requ6rants, qui 6taient assist6s par un conseil, avaient la possibilit6 de soulever ces all6gations au cours du procds en premidre instance en vertu de I'article 9(1) de la Loi sur l'application des droits et des devoirs fondamentaux (chapitre 3) et aussi d'introduire une requ6te en inconstitutionnalit6 devant la Haute Cour de Tanzanie aux fins de r6paration pour res violations all6gu6es. 47. Enfin, l'Etat d6fendeur reitdre que le principe de l'6puisement des voies de recours internes est d'une importance capitale pour empecher les /V 6 15 justiciables de submerger la Cour de plaintes qui peuvent 6tre tranch6es au niveau national. 48. Dans leur m6moire en r6plique, les Requ6rants affirment que les voies de recours internes ont 6t6 6puis6es et que toute autre mesure envisageable ne peut 6tre qu'une ( mesure extraordinaire >. lls soutiennent que la Cour d'appel est la plus haute juridiction du pays et que rien ne les obligeait d exercer des recours extraordinaires. *** 49. Les Requ6rants font encore valoir que la Cour africaine est comp6tente pour connaitre de la pr6sente requ6te dans la mesure oir les voies de recours internes ont 6t6 6puis6es. 50. Les Requ6rants soutiennent en outre qu'il aurait 6te d6raisonnable d'exiger d'eux qu'ils exercent des recours extraordinaires en d6posant une nouvelle requ6te portant sur leur droit dr un procds equitable devant la Haute Cour, qui est une juridiction inf6rieure d la Cour d,appe!. 51.La Cour note que les Requ6rrn,. on, interjet6 appel et ont eu accds d la plus haute juridiction de l'Etat d6fendeur, i savoir ra cour d'appel, afin qu'elle se prononce sur les diff6rentes all6gations, en particulier celles relatives aux violations du droit i un procds equitable. 52. S'agissant du recours en inconstitutionnalit6 pour la violation des droits des Requ6rants, la Cour a d6jd 6tabli que ce recours constitue, dans le systdme judiciaire tanzanien, Uh recours extraordinaire que les Requ6rants n'6taient pas tenus d'6puiser avant de saisir la cour de c6ans6. 6 Requete noo05/2013. Arr€t du 2gt11t2}11, Alex Thomas c. Rdpublique-unie de Tanzanie, paragraphes 60 a 62 ; requete no007/2013. Arr6t du 31612016, Mohamed Abubakari c. R*pubtique- Unie de Tanzanie, paragraphes 66 a 70 ; requGte no01 112015. Arr6t du 281912017, Christopher Jonas c. Rdpublique-Unie de Tanzanie, paragraphe 44. 16 ]lc 53. En ce qui concerne les questions que les Requ6rants n'ont pas soulev6es pendant les proc6dures au niveau national et qu'ils ont 6voqu6es devant la Cour de c6ans pour la premidre fois, la Cour estime, conform6ment d l'arr6t rendu dans I'affaire Alex Thomas c. R6publique-Unie de Tanzanie, que ces griefs font partie des < faisceaux des droifs et garanties > qui se rapportent d leur appel dans les proc6dures au niveau national qui ont abouti d leur d6claration de culpabilit6 et i Ieur condamnation i 30 ans de r6clusion. Toutes ces questions participent << d'un ensemble de droits et garantis >> relatifs au droit d un proces 6quitable sur lesquels portaient leurs recours en appel ou en constituaient le fond. Les autorit6s judiciaires nationales ont donc amplement eu la possibilit6 de statuer sur ces all6gations m6me sans que les Requ6rants ne les aient explicitement soulev6es. ll serait donc d6raisonnable d'exiger des Requ6rants qu'ils d6posent une nouvelle requ6te devant les juridictions internes pour demander r6paration de ces griefsT. 54. En cons6quence, la Cour considdre que les Requ6rants ont 6puis6 les voies de recours internes vis6es aux articles 56(5) de la Charte et 40(5) du Rdglement. Elle rejette donc l'exception d'irrecevabilit6 de la requ6te. Exception tir6e du non-d6p6t de la requ6te dans un d6lai raisonnable 55. L'Etat dEfendeur affirme que la requEte ne remplit pas les conditions de recevabilit6 6nonc6es aux articles 56(6) de la charte et 40(6) du Rdglement car elle n'a pas 6t6 depos6e dans un d6lai raisonnable aprds l'6puisement des voies de recours internes. 56. L'Etat d6fendeur soutient encore que m6me si la cour d'appel a rendu sa d6cision relative d l'appe! des Requ6rants le 11 f6vrier 2010, la p6riode pertinente d cet 6gard est celle qui se situe entre le 29 mars 2010, date dr laquelle l'Etat d6fendeur (Tanzanie) a depos6 la declaration pr6vue d 7 Requ€te n"005/2013. Arr6t du 2g,,11t2015, Alex Thomas c. Rlpubtique-unie de paragraphes 60 a 65 77 l'article 34(6) du Protocole, lu conjointement avec l'article 5(3), et le 6 mars 2015, date A laquelle les Requ6rants ont d6pos6 leur requ6te devant la Cour, soit quatre (4) ans et onze (11) mois apr6s le d6p6t de la d6claration mentionn6e plus haut. 57. Dans leur m6moire en r6plique, *"qrurants contestent ce qui, selon ", constitue un delai raisonnable au l'interpr6tation de l'Etat d6fendeur, regard de I'article 40(6) du Reglement. lls font valoir que leur requ6te a 6te introduite dans un d6lai raisonnable aprds l'6puisement des voies de recours internes, au vu des circonstances qui sont les leurs. lls reldvent ainsi qu'ils sont et ont toujours 616, tous les deux, des profanes en la matidre, indigents et incarc6r6s et qu'ils n'ont pas b6nefici6 d'une assistance judiciaire. Les Requ6rants ne contestent pas le fait que la Cour d'appel de l'Etat d6fendeur a rendu sa d6cision le 1 1 f6vrier 2O1O et que leur requ6te devant la cour c6ans est dat6e du 11 f6vrier zo1s. lls soulignent toutefois que leur situation justifie que la Cour de c6ans accueille la requEte car il existe des motifs suffisants pour lesquels ils l'ont d6pos6e d ladite date. *** 58. Pour 6tablir si la requ6te a et6 introduite dans un d6lai raisonnable ou non, la cour estime que mome si la proc6dure d'6puisement des voies de recours internes arrive A son terme aprds la saisine de la Cour d'appel qui a rendu sa d6cision le 11 f6vrier 2010,|es Requ6rants ne devraient pas 6tre p6nalis6s pour avoir introduit un recours en r6vision de cette d6cision. Le recours en r6vision introduit par les Requ6rants ayant 6te rejete par la Cour d'appel le 13 novembre 2013,1'6valuation du caractdre raisonnable du d6lai doit s'appuyer sur la p6riode situ6e entre cette date et le 6 mars 2015, date du d6p6t de la requ6tes. I Requ6te n'003/2015. Arr6t du281912017, Kennedy Owino Onyachi et un autre c. Rdpublique-Unie de Tanzanie, paragraphe 65. }c 18 59.La Cournote que les Requ6rants ont introduit la pr6sente requ6te un (1) an, trois (3) mois et vingt-et-un (21) jours aprds le rejet de leur recours en r6vision par la Cour d'appel. 60. Dans I'arr6t Ayants-droit de feu Norbert Zongo et autres c. Burkina Faso, la Cour a etabli le principe selon lequel < le caractdre raisonnable d'un d6lai de sa saisine depend des circonstances particulidres de chaque affaire, et doit 6tre appr6ci6 au cas par cas >re. 61.Au vu de la situation des Requ6rants qui sont profanes en matidre de droit, indigents et incarc6r6s sans conseil ni assistance judiciaire et, comme il ressort du dossier, le temps mis pour qu'ils aient accds aux pidces du dossier, leur tentative d'exercer des recours extraordinaires en d6posant une requ6te en r6vision de la d6cision de la Cour d'appel, la Cour considdre que ces raisons justifient d suffisance le d6p6t tardif de leur requ6te au bout d'un an, trois (3) mois et (21) vingt-et-un jours apr6s le rejet de leur recours en r6vision par la Cour d'appel. 62.ll r6sulte de ce qui pr6cdde que Ia requ6te a 6te introduite dans un d6lai raisonnable conform6ment aux articles 56(6) de la Charte et 40(6) du Rdglement. La Cour rejette en cons6quence l'exception pr6liminaire d' i rrecevabilite sou lev6e par l' Etat d6fendeu r. B. Gonditions de recevabilit6 qui ne sont pas en discussion entre les Parties 63. Les conditions relatives d l'identit6 du Requ6rant, d la compatibilit6 de la requ6te avec I'Acte constitutif de l'Union africaine, au langage utilis6 dans la requ6te, d la nature des preuves, et au principe selon lequel la requ6te ne doit pas concerner des cas qui ont 6t6 r6gles conform6ment soit aux principes de la Charte des Nations Unies ou de l'Acte constitutif de I'Union e Requ6te no}1gl2}11. Arr6t du 28t312014, Ayants droit de feus Norbeft Zongo et autres c. Burkina Faso, paragraphe 92. Voir aussi Requete no005/2013. Arr€t du 29t1112015, Alex Thomas c. Rdpublique-Unie de Tanzanie, paragraphe 73 ; requete no00z/2013. Arr6t du 3t6t2}1g, Abubakari c. RApublique-Unie de Tanzanie, paragraphe 91 ; requ6te no011/2015. Arr€t du 281912017, Christopher Jonas c. Rdpublique-Unie de Tanzanie, paragraphe 52 19 Te 4 africaine et soit des dispositions de la Charte ou de tout autre instrument juridique de l'Union africaine(alin6as 1,2,3,4 et7 de I'article 40 du Rdglement) ne sont pas en discussion entre les parties. 64. Pour sa part, la Cour note que rien dans les pidces vers6es au dossier par les Parties n'indique que l'une quelconque de ces conditions n'a pas 6t6 remplie en l'espdce. Elle estime en cons6quence que les conditions 6nonc6es ci-dessus ont ete remplies. 65. Compte tenu de ce qui precede, la Cour estime que la pr6sente requ6te remplit toutes les conditions de recevabilit6 6nonc6es aux articles 50 de la charte et 40 du Rdglement et la d6clare recevable en cons6quence. VIII. SUR LE FOND A. Violations all6gu6es des droits au respect de la dignit6 et de l,int6grit6 de !a personne inscrits i I'article 5 de la Charte 66. Les Requ6rants soutiennent qu'ils ont 6t6 maltrait6s par des agents de police qui, d un moment donn6, les ont appeles et insult6s, puis les ont reconduits dans la cellule oir ils ont ete d6tenus au secret pendant quatre (4) jours sans contact avec I'ext6rieur. 67. comme indiqu6 ci-dessus, les Requ6rants soutiennent encore qu,aprds avoir 6t6 conduits au poste de police de Urafiki, le second Requ6rant et ses deux frdres, ainsi que les troisidme et quatridme accus6s dans l'affaire p6nale no55 de 2003, ont 6t6 molest6s et conduits par la suite au poste de police de Magomeni oit ils ont retrouv6 leur pdre, le premier Requ6rant, enferm6 dans une cellule d'une insalubrit6 insoutenable. Les Requ6rants affirment que cet acte de la part de l'Etat d6fendeur constitue une violation de I'article 5 de la Charte. *** 68. L'Etat d6fendeur affirme que tous les postes de police sur son territoire sont dot6s d'infrastructures de base et que les cas d,absence d'installations sanitaires sont trait6s A l'article 353 (1a) du Rdglement 20 7c g6n6ral de police. ll soutient que ces all6gations n'ont jamais 6t6 soulev6es devant les juridictions nationales. *** 69. L'article 5 de la Charte est libell6 comme suit < [t] out individu a droit au respect de la dignit6 inh6rente a la personne humaine et i la reconnaissance de sa personnalite juridique. Toutes formes d'exploitation et d'avilissement de l'homme notamment l'esclavage, la traite des personnes, la torture physique ou morale, et les peines ou les traitements cruels, inhumains ou d6gradants sont interdites >. 70. Dans les circonstances de l'espdce, avant de d6terminer si le comportement de l'Etat d6fendeur constitue une violation de I'article 5 de la Charte comme I'alldguent les Requ6rants, la Cour doit d'abord 6tablir dr qui incombe la charge de la preuve i cet egard. 71. Dans son arr6t ant6rieur dans I'affaire Kennedy Owino Onyanchi et un autre c. R1publique-unie de Tanzanie, la cour a estim6 que : << c'est une rdgle fondamentale de droit que quiconque formule une all6gation doit en apporter !a preuve. Toutefois, en ce qui concerne les violations des droits de I'homme, cette regle ne peut pas 6tre appliqu6e de manidre rigide. De par leur nature, certaines violations des droits de l'homme relatives aux cas de d6tention au secret... sont entour6es de secret et sont habituellement commises au m6pris de la loi et hors de la vue du public. Dans ces circonstances, les victimes de violations des droits de l'homme sont pratiquement incapables de prouver leurs all6gations car les moyens de v6rifier celles-ci sont susceptibles d'6tre contr6l6s par IEtat >. 72. Dans cette m6me affaire, la Cour, se fondant sur la jurisprudence de la Cour internationale de Justicelo, a estim6 6galement que dans de telles circonstances, ( aucune des parties ne supporte d elle seule la charge de la preuve > et la d6termination de la charge de ra preuve d6pend du < type 10 Ahmadou sadio Diatlo (Rlpubtique de Guin6e) c. Rlpubtique dlmocratique du Congo, ClJ, arr6t du 30 novembre 2010, paragraphe 56. ,/Yc 2L de faits qu'il est n6cessaire d'6tablir pour pouvoir juger l'affaire >. Il appartient d la Cour d'examiner toutes les circonstances en vue d'6tablir les faits. 73. En l'espdce, les Requ6rants affirment simplement qu'ils ont fait l'objet d'un mauvais traitement et qu'ils ont 6t6 d6tenus au secret dans une cellule de police pendant quatre (4) jours. lls ajoutent que le premier Requ6rant a 6t6 d6tenu dans une cellule, dans des conditions insalubres. Toutefois, les Requ6rants n'ont produit aucune preuve prima facie pour 6tayer leurs all6gations, qui pourrait permettre d la Cour de renverser la charge de la preuve sur l'Etat d6fendeur. 74.Au vu de ce qui pr6cdde, la Cour estime que ces all6gations sont d6nu6es de tout fondement et elle les rejette en cons6quence. B. Violations all6gu6es du droit i un procds 6quitable garanti par I'article 7(1) de la Charte 75. Les Requ6rants ont soulev6 plusieurs all6gations qui rentrent dans le champ de I'article 7 (1) (c) de la Charte qui est libell6 comme suit : ( 7 (1) Toute personne a droit d ce que sa cause soit entendue. Ce droit comprend: 1. Le droit de saisir les juridictions nationales comp6tences de tout acte violant les droits fondamentaux qui lui sont reconnus et garantis par les conventions, les lois, rdglements et coutumes en vigueur, 2. Le droit d la pr6somption d'innocence, jusqu'A ce que sa culpabilite soit 6tablie par une juridiction comp6tente ; 3. Le droit d Ia d6fense, y compris celui de se faire assister par un d6fendeur de son choix ; 4. Le droit d'6tre jug6 dans un d6lai raisonnable par une juridiction impartiale >. l. All6gations selon lesquelles les Requ6rants n'ont pas 6t6 imm6diatement inform6s des charges port6es contre eux et qu'ils ont 6t6 priv6s du droit de se faire assister par un conseil 22 ^1G ,( 76. Dans leur r6plique, les Requ6rants soutiennent qu'ils n'ont pas 6t6 inform6s, au moment de leur arrestation, des accusations port6es contre eux et qu'ils ont 6te priv6s de leur droit d'appeler un avocat ou de recevoir la visite de quiconque. 77. Poursa part, l'Etat d6fendeur ,"r,,;; que ces ail6gations n'ont jamais 6t6 soulev6es devant les juridictions nationares et qu'il s'agit en cons6quence de sp6culations aprds-coup; qu'elles ne sont pas fond6es et devraient donc 6tre rejet6es. 78. L'obligation d'informer toute personne accus6e des motifs de I'accusation port6e contre elle et de l'autoriser d appeler un conseil a pour but de lui permettre de pr6parer une d6fense efficace. Conform6ment d t'article 14 (3) (a) du Pacte, cela doit 6tre fait dans le plus court d6lai. L'article 14(3) du Pacte est libell6 comme suit : < 3. Toute personne accus6e d'une infraction p6nale a droit, en pleine 6galit6, au moins aux garanties suivantes : (a) a 6tre inform6e, dans le plus court d6lai, dans une langue qu'elle comprend et de fagon d6taill6e, de la nature et des motifs de l'accusation port6e contre elle >. *d.* 79. La cour note qu'i proprement parler, l'Etat d6fendeur n'a pas contest6 la v6racit6 des all6gations des Requ6rants d cet 6gard. 80.11 ressort du dossier que les Requ6rants ont ete inform6s des charges retenues contre eux le 16 octobre 2003 lorsqu'ils ont 6t6 pr6sent6s au Magistrat r6sident de Kisutu, soit quatre jours aprds leur arrestation. La Cour de c6ans est d'avis que, compte tenu des circonstances sp6cifiques de l'affaire dans laquelle des all6gations de viol des jeunes enfants ont 6t6 soulev6es et de la possibilit6 que des enqudtes plus approfondies soient n6cessaires, les Requ6rants ont et6 imm6diatement inform6s des charges 23 pesant contre eux. Elle considdre en cons6quence qu'il n'y a pas eu violation de l'article 7(1Xc) de la Charte d cet 6gard. 81. En ce qui concerne I'all6gation selon laquelle l'assistance d'un conseil, leur a 6te refus6, il ressort du jugement de la Cour d'appel que les Requ6rants 6taient repr6sent6s par Me Mabere Marando lors de leur recours devant la Cour d'appel et l'arr6t de la Cour d'appel relatif d la requ6te en r6vision des Requ6rants montre 6galement que le m6me avocat, M" Mabere Marando, repr6sentait les Requ6rants pendant ces proc6dures. Aucune information sur les proc6dures devant le tribunal de premidre instance ne permet d la Cour de c6ans de v6rifier si les Requ6rants ont eu accds i un conseil lorsqu'ils ont 6te inform6s des charges pesant contre eux et durant le procds. Dans ces circonstances, la Cour conclut que cette all6gation n'a pas 6t6 prouv6e. 82.Au vu de ce qui pr6cdde, la Cour rejette ces all6gations. ii. All6gations selon Iesquelles Ia s6ance d'identification n'a pas 6t6 men6e selon les rdgles 83. Dans leur r6plique, les Requ6rants ont fourni davantage de d6tails sur les m6thodes utilis6es pour leur identification. 84. Les Requ6rants affirment que lors de leur procds dans I'affaire p6nale no555 de 2003, le juge de premidre instance avait simplement demand6 aux t6moins de pointer du doigt les auteurs all6gu6s des faits, qui 6taient sur le banc des accus6s, aprds avoir interverti I'ordre dans lequel ils 6taient assis. 85. Selon les Requ6rants, la manidre informelle dont ils ont 6t6 identifi6s constitue une violation des droits inscrits d !'article 7 (1) de la Charte et, compte tenu de la gravit6 des infractions et des peines qu'ils encouraient, une s6ance officielle d'identification aurait d0 avoir lieu suivant les 24 proc6dures appropri6es et avec les v6rifications n6cessaires, afin de r6pondre aux exigences d'un procds 6quitable. Les Requ6rants font valoir qu'une s6ance d'identification en bonne et due forme 6tait cruciale pour d6terminer si les jeunes enfants, qui 6taient tous ag6s de moins de huit (8) ans A l'6poque, connaissaient les auteurs des infractions al169u6es. 86. Les Requ6rants soutiennent encore qu'au moment de leur arrestation, des agents de police 6taient m6me venus sur les lieux du crime en compagnie de certaines des victimes all6gu6es et c'est ainsi que celles-ci ont pu voir les Requ6rants pendant leur arrestation et durant leur garde i vue. lls soutiennent 6galement que malgr6 le fait que les victimes pr6sum6es n'avaient pas pu identifier Papi Kocha, le second Requ6rant, et qu'elle ait plutOt identifi6 Nguza Mbangu et Francis Nguza comme 6tant Papi Kocha, le juge de premidre instance a decid6 qu'une s6ance d'identification n'6tait pas n6cessaire. 87. L'Etat d6fendeur n'a pas r6pondu aux all6gations soulev6es par les Requ6rants dans leur r6plique. 88. La question que la Cour de c6ans doit trancher est celle de savoir si la manidre dont s'est d6roul6e la s6ance d'identification 6tait conforme d l'article 7(1)(c) de la Charte. 89. La Cour est d'avis que la d6cision sur la forme d'identification des accus6s reldve du pouvoir discr6tionnaire des autorit6s nationales comp6tentes 6tant donn6 que ce sont elles qui d6terminent la valeur probante de ces 6l6ments de preuve et qu'elles jouissent d'un large pouvoir de discr6tion d cet 6gard. La Cour de c6ans s'en remet g6n6ralement i la decision des juridictions nationales tant que cela ne donne pas lieu A un d6ni de justice. 90. En l'espdce, la Cour reldve qu'il ressort du dossier que durant les proc6dures devant les juridictions internes, le Tribuna! du Magistrat r6sident a examin6 les d6positions des t6moins portant sur l,id entifi 25 4 des Requ6rants et, ayant ete convaincu par leur recit a decide de poursuivre le procds. De l'avis de la Cour, de manidre g6n6rale rien dans le dossier n'indique que cet aspect particulier de la proc6dure a entrain6 un d6ni de justice. La Cour conclut dds lors qu'il n'y a pas eu de violation de I'article 7(1) (c) de Ia Charte. iii. All6gations selon lesquelles n'ont pas regu copie des d6ctarations des t6moins i charge et que les t6moins cl6s n'ont pas 6t6 appel6s i la barre pour un contre-interrogatoire 91. Les Requ6rants affirment que leur demande en vue d'obtenir copie des d6clarations de t6moins durant le procds a 6te rejet6e par le Tribunal de premidre instance qui, d leur avis, a viol6 de ce fait leur droit i un procds 6quitable. lls soutiennent 6galement que ce refus constituait une violation de leur droit dt un procds 6quitable, d'autant plus que le Ministdre public ne leur avait pas communiqu6 les 6l6ments de preuve pertinents qui auraient pu renforcer leur d6fense. 92. Les Requ6rants soutiennent encore que le juge de premidre instance a d6liber6ment omis de s'acquitter de I'obligation qui lui incombait de faire comparaitre les t6moins cl6s. Selon les Requ6rants, les personnes qui auraient d0 6tre appel6es d la barre comme t6moins cl6s sont Selina John qui a affirm6 avoir d'abord inform6 Candy David Maivaji (temoin d charge n' 1), de ce que Gift Kapapwa (t6moin dr charge no 2), aurait regu de l'argent du premier Requ6rant; cheupe Dawa qui a 6t6 accus6e d'avoir enlev6 les enfants pour les conduire auprds du premier Requ6ranti Zize; petit-fils du premier Requ6rant; et Mangi, le propri6taire de la boutique conteneur situ6e prds de la maison du premier Requ6rant. 93.Toujours selon les Requ6rants, cette omission a entrain6 la violation du principe de l'6galit6 des armes. Le fait de n'avoir pas cit6 les quatre (4) personnes ci-dessus d comparaitre alors que le Ministere public s'6tait fond6 sur des informations fournies par eux a emp6ch6 la d6fense de les contre-interroger, car elles n'ont jamais 6t6 citees pour t6moigner 26 94. Les Requ6rants affirment que < l'6galit6 des armes > est un principe du systdme de la common law qui prescrit un juste equilibre entre les Parties. lls affirment qu'il s'agit d'une caract6ristique essentielle du droit d un procds 6quitable, qui est un aspect intrinsrlque a une proc6dure contradictoire. lls soutiennent que chaque partie doit avoir une possibilit6 raisonnable de faire entendre sa cause, en particulier ses moyens de preuve, dans des conditions qui ne le mettent pas dans une situation de net d6savantage par rapport d I'adversaire. 95. Les Requ6rants soutiennent encore que le principe de < l,6galit6 des armes >> impose au Ministdre public l'obligation de communiquer toute piece en sa possession qui est susceptible d'aider l'accus6 i se d6fendre. *** 96. Pour sa part, l'Etat d6fendeur fait valoir que tes Requ6rants doivent 6tayer l'all6gation selon laquelle les quatre (4) personnes ci-dessus n'ont pas et6 appel6es i la barre afin de donner la possibilit6 aux Requ6rants de les contre-interroger. ll affirme que personne ne pouvait t6moigner des faits, mieux que les victimes elles-mdmes et ce, d'autant plus qu,il incombait au Ministere public d'6tablir que les victimes connaissaient le lieu du crime. *** 97.La cour reldve que l'Etat d6fendeur n'a pas r6fute l,all6gation selon laquelle les d6positions des t6moins n'ont pas 6t6 remises aux Requ6rants et que les quatre t6moins ci-dessus n'ont pas et6 cites d comparaTtre et n'ont donc pas 6t6 contre-interrog6s par les Requ6rants. 98. La cour rappelle qu'en vertu de t'article 7 (1) (c) de la charte, toute personne a droit d la d6fense, et que conform6ment d I'article 1a (3) du Pacte, <toute personne accus6e d'une infraction p6nale a droit... .(b) A disposer du temps et des facilit6s n6cessaires d la pr6paration de sa d6fense et d communiquer avec le conseil de son choix >. La Cour note 6galement que l'article 14 (3) (e) du pacte dispose que ( Toute personne accus6e d'une infraction p6nale a droit... A interroger ou faire interroger les t6moins dr charge et d obtenir la co rution et l'i re des 27 t6moins a d6charge dans les m6mes conditions que les t6moins a charge >>. 99. La cour est d'avis qu'en l'espdce, des copies des d6positions des t6moins d charge auraient d0 6tre remises aux Requ6rants afin de les aider d pr6parer leur d6fense. Cela n'ayant pas et6 fait, les Requ6rants se sont retrouv6s dans une situation d6savantageuse par rapport au Ministdre public, en violation du principe de l'6galite des armes. De ra m6me manidre, Ies Requ6rants se sont vu refuser la possibilit6 de contre- interroger les quatre (4) temoins cl6s ci-dessus, ceux-ci n'ayant pas 6te appel6s A la barre et, de ce fait ils ont encore une fois 6t6 desavantag6s. 100. En cons6quence, la Cour estime que le refus oppos6 aux Requ6rants d'acc6der aux d6positions des t6moins d charge et de la possibilite de contre-interroger des personnes qui auraient 6t6 des t6moins cl6s constitue une violation de l'article 7 (1) (c) du Pacte par I'Etat d6fendeur. iv. All6gation selon laquelle l'alibi des Requ6rants a 6t6 rejet6 indfiment 101. Dans leur m6moire en r6plique, les Requ6rants soutiennent que le Tribunal de premidre instance a rejet6 leur alibi et que, ce faisant, il a viol6 les droits que leur reconnait I'article 7 (1) (b) de la Charte. lls soutiennent 6galement que la maison dans laquelle le crime allegue a 6te commis 6tait toujours occup6e par des membres de I'orchestre Achigo qui s'en servaient comme local de r6p6titions, ce qui rendait impossible la commission des crimes al169ues. 102. Le second Requ6rant soutient 6galement qu'il se trouvait hors de Dar es-salaam, oi il faisait la promotion de son album au moment of le crime aurait 6t6 commis et il ne pouvait donc pas 6tre pr6sent sur le lieu allegu6 du crime. 103. Pour sa part, l'Etat d6fender, *rti"nt que rorsqu'elle a examin6 la d6claration de culpabilit6 des Requ6rants, la Cour d'appel avait r66valu6 l'ensemble des 6l6ments de preuve, ainsi que les arg umentq de 1L- 2 d6fense, de m6me que l'alibi invoqu6 pour chacun des chefs d'accusation et avait tir6 ses propres conclusions. 104. Dans son arr6t ant6rieur o;;. l'affaire Mohamed Abubakari c. Republique-unie de Tanzanie, la cour a tir6 la conclusion suivante : << Lorsqu'un alibi est 6tabli avec certitude, il peut 6tre d6cisif sur ra question de la culpabilit6 de la personne poursuivie >11. 105. Toutefois, il ressort du dossier de la proc6dure devant les juridictions nationales que I'alibi invoqu6 par les Requ6rants a 6te examin6 et rejet6, par les juridictions internes de l'Etat d6fendeur en premidre instance et en appel. Le compte rendu des audiences r6vdle que la Haute Cour et la cour d'appel avaient 6valu6 en particulier l'alibi invoqu6, l'a rejet6 aprds l'avoir confront6 aux t6moignages, concluant que ceux-ci 6taient suffisamment fiables pour 6carter I'alibi. La Cour considdre que dans l'ensemble, rien dans le dossier n'indique que re rejet de I'alibi des Requ6rants a donn6 lieu d un d6ni de justice. 106. En cons6quence, la Cour conclut que I'litat d6fendeur n'a pas viol6 le droit des Requ6rants d un procds 6quitable tel qu'il est inscrit d l'article 7 (1) (b) de la Charte et rejette cette all6gation en cons6quence. V Al!6gation selon laquelle les rapports des examens d'urine et de sang des Requ6rants et le test pour 6tablir I'impuissance sexuelle all6gu6e du premier Requ6rant ont 6t6 rejet6s ind0ment 107. Les Requ6rants soutiennent dans leur m6moire en r6plique que le 14 octobre 2003, ils ont 6t6 conduits d I'h6pita! oir des 6chantillons de leur sang et de leur urine avaient ete prelev6s pour 6tre examin6s. lls affirment 6galement que les r6sultats de ces examens n'ont pas et6 vers6s au dossier, bien que le second Requ6rant soulevait la question durant leur procds dans l'affaire p6nale no 555 de 2003. lls affirment donc que la juge 11 Requete noooz2o 13. Arrot du 3/6/2016, Mohamed Abubakari c. R1pubtique-unie de Tanzanie, paragraphe 191. 29 de premidre instance les avait d6clar6s coupables sans avoir examin6 ni pris en compte tous les 6l6ments de preuve. 108. Toujours selon les Requ6rants, le 14 octobre 2003, le premier Requ6rant a demand6 i 6tre conduit auprds d'un m6decin pour subir des examens devant 6tablir qu'il souffrait d'impuissance sexuelle, mais sa demande a 6te rejet6e alors que le tribunal aurait d0 prendre les dispositions n6cessaires pour que I'examen soit effectu6. Les Requ6rants affirment que le premier Requ6rant a une nouvelle fois au cours du procds formul6 sa demande durant le procds mais qu'elle a encore 6te rejetee. lls soutiennent que dans le jugement qu'elle a rendu par la suite, la juge de premidre instance a renvers6 !a charge de la preuve en l'imputant aux Requ6rants, contredisant de ce fait le principe de droit bien 6tabli selon lequel la charge de la preuve incombe d l'accusation. Les Requ6rants considdrent en outre que l'interpr6tation que I'Etat d6fendeur fait de l'article 114 (1\ de la Loi sur la pr6sentation des moyens de preuve (cap 6 RE 2002) n'est pas compatible avec l'article 3 (2) (a) de ladite loi12. 109. Pour sa part, l'Etat d6fenderr;; vatoir que tes Requ6rants n'ont pas invoqu6 ce moyen lorsqu'ils ont interjet6 appel devant la Haute Cour de Tanzanie dans l'affaire p6nale no 8412004, encore moins rors de la proc6dure devant la Cour d'appel dans I'affaire n" 56/2005. ll fait observer que le Tribunal de premidre instance avait 6tabli qu'aucune des victimes n'6tant atteinte du VIH/Sida ni de l'herpds, selon la deposition du m6decin qui les avait examin6es (temoin a charge no 201, les r6sultats des analyses de sang et des urines 6taient devenus sans objet. 1 10. L'Etat d6fendeur ajoute que ni le tribunal de premidre instance, ni la Haute cour et ni m6me, la cour d'appel de Tanzanie dans une moindre " L'article 3 (2) de la Loi sur la prOsentation des moyens de preuve dispose qu'en matidre p6nale, le Ministdre public doit 6tablir les faits au-deli de tout doute raisonnable; l'article 114 (1) de la m6me loi i prEvoit que la charge de la preuve incombe l'accus6 s 'il prouve l'existence de circonstances pour lesquelles l'affaire doit faire l'objet d'une exception ou d'u ne derogation au regard de I'application de la loi cr6ant l'infraction dont il est accu s6. Cette charge est r6put6e avoir 6t€ acquitt6e lorsque le Ministdre public en produit la preuve. mesure n'ont fond6 leur d6claration de culpabilit6 sur les r6sultats des analyses de sang et d'urine. 111. L'Etat d6fendeur affirme en outre que la question de savoir d qui il incombait d'6tablir I'impuissance sexuelle du premier Requ6rant a et6 d6finitivement tranch6e dans l'arrdt de la Cour d'appel, qui a conclu qu'il incombait au Requ6rant d'apporter la preuve de son absence de virilit6. 112. L'ttat d6fendeur soutient 6galement que le premier Requ6rant n'a fait 6tat de son impuissance sexuelle et de son incapacite i avoir une 6rection que lors du contre-interrogatoire men6 par le Ministdre public. ll s'agit dds lors d'all6gations a posteriori de la part des Requ6rants. 113. Selon I'Etat d6fendeur, la Cour d'appel a d6finitivement statu6 sur la question en prenant en compte les 6l6ments de preuve disponibles, d savoir que les victimes avaient d6clar6 avoir 6t6 viol6es et que les rapports m6dicaux avaient corrobor6 leurs dires. 114. Les Requ6rants alldguent la violation des articles 2 et 3 de la Charte qui garantissent le droit de ne pas 6tre discrimin6, le droit dr l'6galit6 devant la loi et d une 6gale protection de la !oi. Toutefois, la Cour examinera cette all6gation d la lumidre de l'article 7 (1) (c) de la Charte, car elle se rapporte en r6alit6 au droit i la d6fense. 115. La Cour fait observer que toutes les pidces i conviction ayant un impact sur la d6fense de la personne accus6e doivent 6tre prises en compte et que les motifs pour les 6carter doivent 6tre explicit6s, car sa libert6 en d6pend. 116. La cour note que les rdsultats des analyses de sang et d'urine des Requ6rants qui, selon eux, auraient renforc6 Ieur d6fense, n'ont pas 6t6 vers6s au dossier comme preuve devant le Tribunal de premidre instance, leur refusant ainsi la possibilit6 de produire des preuves mat6rielles a d6charge. Toutefois, Cour rel6ve que dans les 3 a> .>- circonstances de I'espdce, ni la Haute Cour ni la Cour d'appel n'ont fond6 leur verdict sur les r6sultats des analyses d'urine et de sang. Le droit des Requ6rants n'a donc pas 6t6 viol6 dr cet 6gard. 117. En revanche, en ce qui concerne le test de virilit6, la Cour est d'avis que, dds lors que le premier Requ6rant avait soulev6 la question, l'Etat d6fendeur aurait d0 prendre les dispositions n6cessaires pour que l'analyse soit faite car les r6sultats de celle-ci auraient d6termin6 si le premier Requ6rant 6tait en mesure de commettre le crime. Pour cette raison, la Cour considdre que, dans la mesure oil le Tribunal de premidre instance a rejete la demande du premier Requ6rant d'effectuer un test pour 6tablir son impuissance sexuelle, l'Etat d6fendeur a viol6 son droit inscrit d I'article 7 (1) (c) de la Charte. VI All6gation selon laquelle le juge de premidre instance n'a pas 6t6 impartial et que certaines observations et certains 6l6ments de preuve n'ont pas 6t6 d0ment examin6s ou pris en compte 118. Dans leur m6moire en r6plique, les Requ6rants soutiennent que le juge de premidre instance n'a pas fait preuve d'impartialite et qu'il n'avait pas accord6 d leur temoignage le poids qu'il m6ritait. lls font valoir que certaines questions ont certes et6 trait6es par la Cour d'appel, mais que d'autres moyens d'appel n'ont pas 6t6 examin6s. 119. Les Requ6rants soutiennent en outre que le droit dr un procds 6quitable englobe l'obligation pour un tribunal de rendre des jugements motiv6s et qu'en l'esp6ce, le jugement rendu par la juge de premidre instance 6tait biais6 et contenait des remarques injustifi6es d l'6gard des t6moins i d6charge, portant d croire qu'elle avait un parti pris et avait forge sa propre opinion sur l'affaire. *** 120. Pour sa part, l'Etat d6fendeur r6itdre que la Cour d'appel avait rem6di6 a cette violation allegu6e en 6valuant chacun des vingt-et-un (21) chefs d'accusation sur lesquels le Tribunal de premidre instance avait fond6 la d6claration de culpabilit6 des Requ6rants et tel que confirm6 par la Haute Cour. L'Etat d6fendeur affirme encore qu'aprds avoir examin6 chacun des chefs d'accusation, la Cour d'appel n'a d6clar6 les Requ6rants coupables que de quatre (4) chefs pour lesquels des peines de prison ont 6te prononc6es contre eux. Il s'agit de deux (2) chefs de viol de deux (2) victimes diff6rentes retenus contre le premier Requ6rant et deux (2) chefs de vio! collectif port6s contre les deux Requ6rants. ll soutient 6galement que l'examen des arguments et des preuves d d6charge faisait partie int6grante de cette appr6ciation. 121. La cour rappelle une fois de plus qu'au niveau du procds en premidre instance, les accus6s 6taient au nombre de cinq (s) et devaient r6pondre de vingt-et-un (21) chefs d'accusation, soit dix (10) chefs de viol et onze (11) chefs de crime contre nature. Le cinquidme accus6, l'enseignant, a 6te acquitt6, tandis que les autres accus6s ont 6te d6clar6s coupables et condamn6s a une r6clusion i perp6tuit6. La Haute Cour a confirm6 la d6claration de culpabilit6 des premier, deuxidme, troisidme et quatridme accus6s sous dix (10) chefs de viol et onze (11) chefs de crime contre nature, prononc6e par te Tribunal de premidre instance mais a requalifi6 les onze (11) chefs de crime contre nature pour lesquels il avaient 6te d6clares coupables en chefs de viol collectif. 122. ll ressort du dossier que la cour d'appel a examin6 chaque chef d'accusation et a fini par acquitter les troisidme et quatridme accus6s et ramen6 A quatre (4) le nombre de chefs d'accusation retenus contre les Requ6rants au lieu des vingt-et-un (21) chefs initiaux. A{C 123. La cour de c6ans a estim6 dans le pass6 que, ( [d] es affirmations d'ordre g6n6ral selon lesquelles un droit a et6 viol6 ne sont pas suffisantes. Des preuves plus concrdtes sont requises >13. 124. La cour note cependant qu'en l'espdce, les Requ6rants n'ont pas rapport6 de preuve suffisante pour 6tayer leur all6gation de parti pris et des effets possibles des violations all6gu6es sur le jugement du Tribunal de premidre instance. 125. La cour conclut que la violation all6gu6e n'a pas 6t6 prouv6e et la rejette en cons6quence. C. Violations all6gu6es du droit de participer librement i la direction des affaires publiques de son pays (article 13 de !a Gharte) et du droit i la protection de la famille (article 18 de ta Gharte) 126. Dans Ieur r6plique, les Requ6rants font grief d'une manidre g6nerale d I'Etat d6fendeur d'avoir viol6 les droits consacr6s aux articles 13 et 18 (1) de la Charte. *** 127. L'Etat d6fendeur n'a pas r6pondu A cette all6gation. 128. L'article 13 de la Charte IlJile comme suit: ".t < 1. Tous les citoyens ont le droit de participer librement d la direction des affaires publiques de leur pays, soit directement, soit par l'interm6diaire de repr6sentants librement choisis, ce, conform6ment aux rdgles 6dict6es par la loi. 2. Tous les citoyens ont 6galement le droit d'acc6der aux fonctions publiques de leurs pays. 3. Tout personne a le droit d'user des biens et services publics dans la stricte 6galit6 de tous devant la loi >. 129. L'article 18(1) de la Charte dispose que : l3Requete nooos/2o1 3. Arr6t du 2911112015, Alex Thomas c. R6pubtique-tJnie de Tanzanie, paragraphel40. 34 r\c < illa famille est l'6l6ment naturel et la base de la soci6t6. Elle doit 6tre prot6g6e par I'Etat qui doit veiller d sa sant6 physique et morale >. 130. sur ces questions, la cour reldve que les Requ6rants se bornent d affirmer que leurs droits inscrits aux articles 13 et 18(1) ont et6 viol6s par l'Etat d6fendeur. lls ne pr6cisent pas cependant ni la manidre ni les circonstances des violations al169u6es. 131. Comme indiqu6 plus haut, la Cour de c6ans a estim6 dans ses arrets pr6c6dents que < des affirmations d'ordre gen6ral selon lesquelles te droit a 6t6 viole ne sont pas suffisanfes > et que < Des preuves p/us concrdtes sont requisesT4 ,r. 132. Au vu de ce qui pr6cdde, la Cour conclut que les all6gations de violation des articles 13 et 18(1) de la Charte n'ont pas 6te prouv6es et les rejette en cons6quence. D. violation all6gu6e de I'article ler de la Gharte africaine par I'Etat d6fendeur. 133. Dans leur m6moire en r6plique, les Requ6rants font grief d l'Etat d6fendeur d'avoir manqu6 d ses obligations pour n'avoir pas donn6 effet aux dispositions de l'article 1"t de la Charte africaine. *** 134. L'Etat d6fendeur ne s'est pas prononc6 sur cette all6gation. *** 135. La Cour fait observer que chaque fois qu'une violation de l'article 1 de la charte a 6t6 all6gu6e, elle a declare que lorsqu'elle << constate que l,un quelconque des droits, des devoirs ou des libert6s inscrits dans la charte a 6t6 restreint, viol6 ou non appliqu6, eile en deduit que 1a rbid. 35 ( I'obligation 6nonc6e i l'article 1 de la charte n'a pas 6t6 respect6e ou que cet article a 6t6 viol6e > 15. 136. En l'espdce, la Cour a d6jd conclu que l'Etat d6fendeur a viol6 l'article 7(1)(c) de la Charte en ce qui concerne certaines all6gations des Requ6rants (paragraphes 98 et 11s supra). sur la base des observations ci-dessus, la Cour conclut que la violation de ces droits entraine la violation de l'article 1"'de la Charte. X. SUR LES MESURES DEMANDEES 137. comme lndique aux paragraphes 21 et 22 du pr6sent arr6t, les Requ6rants demandent, entre autres, a ra cour de rendre une ordonnance enjoignant d I'Etat d6fendeur de les remettre en liberte et de leur octroyer des r6parations en vertu des articles 27(1) du Protocole et 34(5) du Rdglement. 138. comme indiqu6 aux paragraphes 23 et 26 du pr6sent arr6t, l,Etat d6fendeur demande d Ia Cour d'ordonner que les Requ6rants continuent de purger leur peine et de rejeter leurs demandes de r6paration. *** 139. L'article 27(1) du Protocole dispose que <<Lorsqu'elle estime qu,it y a eu violation d'un droit de l'homme et des peuples, la cour ordonne toutes les mesures appropri6es afin de rem6dier d la situation, y compris le paiement d'une juste compensation ou I'octroi d'une r6paration >. 140. A cet 6gard, l'article 63 du Rdglement est libell6 comme suit : < La cour statue sur la demande de r6paration introduite en vertu de I'article 34 (5) 15 Requete no005/2013. Arr6t du 2gt11l2}11, Atex Thomas c. R6publique-Unie de Tanzanie, paragraphe 135 ; RequCte no013/2011. Arr6t du 2913t2014, Ayants droit de feu Norbert Zongo et autres c. Burkina Faso, paragraphe 1gg ; Requ6te noOO3/201 5. Arr€t du 281912017, Kennedy Owino Onyanchi et un autre c. Rdpublique-tJnie da Tanzanie, paragraphe 159. 36 du pr6sent Rdglement, dans l'arr6t par lequel elle constate une violation d'un droit de l'homme ou des peuples, ou si les circonstances l'exigent, dans un arr6t s6par6 >. 141. En ce qui concerne la demande des Requ6rants d'ordonner leur remise en libert6, la Cour reldve que celle-ci est sans objet, dans la mesure oir selon les deux Parties, ils ont 6t6 lib6r6s par gr6ce presidentiellelo. 142. s'agissant des autres formes de r6paration, la cour fait observer qu'aucune des Parties n'a pr6sent6 d'arguments detaill6s d ce sujet. Elle se prononcera en cons6quence sur cette question dans un arr6t s6par6, aprds avoir entendu les Parties. X. SUR LES FRAIS DE LA PROCEDURE 143. Les Requ6rants demandent d la Cour de condamner I'Etat d6fendeur A supporter les frais de la proc6dure. *** 144. L'Etat d6fendeur n'a pas formul6 de demande concernant les frais de proc6dure. 145. Lacour note i cet 6gard or"lrn,.le 30 de son Rdglement dispose (qu'a moins qu'elle n'en d6cide autrement, chaque partie supporte ses frais de proc6dure >, 146. Aprds avoir examin6 les circonstances de I'espdce, la Cour decide qu'elle rendra sa d6cision sur la question des frais de proc6dure au moment o0 elle examinera les autres formes de r6paration. l6Paragraphes 16 et 17 supra. C 37 XI. DISPOSITIF 147. Par ces motifs : LA COUR, A l'unanimit1, Sur la compAtence Rejette l'exception d'incomp6tence ; ii. Declare qu'elle est comp6tente ; Sur la recevabilit1 de la requ€te iii. Re7'effe l'exception d'irrecevabilit6 ' iv. Declare la requ6te recevable ; Sur le fond v. Dif que l'Etat d6fendeur n'a pas viol6 l'article 5 de la Charte ; vi.Dit que l'Etat d6fendeur n'a pas viol6 l'article 7(1Xc) de la Charte en ce qui concerne les al169ations relatives a la non signification immediate aux Requ6rants des charges port6es contre eux, au refus de leur accorder la possibilite de faire appel d leur conseil, d la proc6dure d'identification des Requ6rants, au rejet de l'alibi des Requ6rants, d la non-acceptation comme preuve des rapports des examens d'urine et de sang ainsi qu'au parti pris al169ue des juridictions nationales ; vii. Dit que l'Etat d6fendeur a viol6 l'article 7(1)(c) de la Charte, pour avoir refus6 de remettre aux Requ6rants les d6positions des t6moins et de citer les t6moins cl6s d la barre ainsi que de prendre les dispositions n6cessaires pour permettre au premier Requ6rant de faire des examens pour 6tablir son impuissance ; constate en cons6quence que l'Etat d6fendeur a viol6 I'article 1 de la Charte; )u 6- viii.Concluf que les all6gations de violation des articles 13 et 18(1) de la Charte n'ont pas ete 6tablies ; ix. Consfafe que la demande des Requ6rants d'ordonner leur remise en libert6 est devenue sans objet ; x. Ordonne d l'Etat d6fendeur de prendre toutes tes mesures n6cessaires pour retablir les Requ6rants dans leurs droits et d'en faire rapport i la Cour dans un d6lai de six (6) mois d compter de la date du pr6sent arr6t. xi. R6serue sa d6cision sur la demande des Requ6rants relative aux autres formes de r6paration, ainsi que sur les frais de proc6dure ; xii. Accorde aux Requ6rants, en application de l'article 63 de son Rdglement, un delai de trente (30) jours d compter de la date du pr6sent arr6t pour d6poser leurs observations 6crites sur les autres formes de r6paration, et A l'Etat d6fendeur un d6lai de trente (30) jours, A compter de la date de r6ception des observations 6crites des Requ6rants, pour y r6pondre. f 39 Ont sign6 : Sylvain ORE, Pr6sident Ben KIOKO, Vice-pr6sident, G6rard NIYUNGEKO, Juge El Hadji GUISSE, Juge t Raf6a BEN ACHOUR, Juge Ut I Angelo V. MATUSSE, Juge q-_ Ntyam O. MENGUE, Juge Marie-Th6rdse MUKAMULISA, Juge Tujilane R. CHIZUMILA, Juge ,^;\q Chafika BENSAOULA, Juge et Robert ENO, Greffier, Fait ir Arusha, ce vingt-troisidme jour du mois de mars de I'an 2018 en anglais et en frangais, le texte anglais faisant foi gli ltuA{l# OE 40