nganyi and others c republique unie de tanzanie requete n 0062013 2019 afchpr 24 4 juillet 2019
The Court found that only applicants acquitted by national courts and their close relatives were entitled to pecuniary and moral compensation, as the violations (delay and lack of legal aid) did not affect the outcome for those convicted. Material damages were awarded only where sufficiently proven. Moral damages...
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- Citation
- nganyi and others c republique unie de tanzanie requete n 0062013 2019 afchpr 24 4 juillet 2019
- Parties
- Applicant: Wilfred Onyango Nganyi, Boniface Mwangi Mburu, David Ngugi Mburu, Michael Mbanya Wathigo, Peter Gikura Mburu, Simon Githinji Kariuki, Jimmy Maina Njoroge, Patrick Muthe Muriithi, Gabriel Kungu Kariuki, Simon Ndung'u Kiambuthi; Respondent: République-Unie de Tanzanie
- Court
- TANZLII
- Jurisdiction
- Tanzania
- Judgment Date
- 1 January 2019
- Procedural Posture
- Human Rights Reparations Application / Final Judgment on Reparations
- Outcome
- Partially allowed; reparations granted in part; most claims dismissed.
- Legal Topics
- Right to Fair Trial, Judicial Delay, Legal Aid, Reparations, Compensation for Wrongful Detention, Non Pecuniary Damages
- Source Language
- en
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Parties
Wilfred Onyango Nganyi, Boniface Mwangi Mburu, David Ngugi Mburu, Michael Mbanya Wathigo, Peter Gikura Mburu, Simon Githinji Kariuki, Jimmy Maina Njoroge, Patrick Muthe Muriithi, Gabriel Kungu Kariuki, Simon Ndung'u Kiambuthi
Applicant
République-Unie de Tanzanie
Respondent
Procedural Posture
Human Rights Reparations Application / Final Judgment on Reparations
Legal Issues
- 1 Whether the applicants are entitled to pecuniary and non-pecuniary reparations for violations of the right to be tried within a reasonable time and to legal assistance under the African Charter on Human and Peoples' Rights
- 2 Whether the applicants' relatives are entitled to compensation as indirect victims
- 3 Whether the applicants declared guilty are entitled to release or further reparations
Ratio Decidendi
The Court found that only applicants acquitted by national courts and their close relatives were entitled to pecuniary and moral compensation, as the violations (delay and lack of legal aid) did not affect the outcome for those convicted. Material damages were awarded only where sufficiently proven. Moral damages were awarded on an equitable basis to direct and indirect victims. The Court rejected claims for release, non-repetition guarantees, and most legal costs, except where justified by evidence. The Court ordered publication of the reparations and merits judgments and required the respondent to report on implementation.
Court Disposition
Partially allowed; reparations granted in part; most claims dismissed.
Orders
- Pecuniary compensation awarded to certain applicants and relatives for proven material and moral harm.
- Respondent to pay specified sums within six months, failing which interest accrues at the central bank rate until full payment.
Full Case Text
Judgment text and source record
1 paragraphs
oo6 /Cors - o,+ (o+ltor9 (ctrn3< t- (x.Ba+) Ctl 60CI36I AFRICAN UNION UNION AFRICAINE *+;rlt lLf,fl UNIAO AFRICANA AFRICAN COURT ON HUMAN AND PEOPLES'RIGHTS COUR AFRICAINE DES DROTTS DE L'HOMME ET DES PEUPLES AFFAIRE WILFRED ONYANGO NGANYIET 9 AUTRES c REPUBLIQUE.UNIE DE TANZANIE neouEre N" 006/20{3 lnnEr (nEplnenorus) $AN Ai^tO q$ 4 JUILLET 2019 istr !l a 0f5 a \--,'/1 T 00036 0 SOMMAIRE SOMMAIRE. t. OBJET DE LA REQUETE 2 il. BREF HTSTORTQUE DE L'4FFAtRE............................ 3 ilt. RESUME DE LA PROCEDURE DEVANT LA COUR 4 tv. MESURES DEMANDEES PAR LES PARTIES........ 4 V. SUR LES REPARATIONS ............... 6 A R6parations p6cuniaires ..9 t. Prejudice mat6riel ..9 a Perte de revenus ..9 b Frais de justice devant les juridictions nationales 15 ii Pr6judice mora|........... 18 a Pr6judice subi par les Requ6rants................. 18 b Pr6judice subi par les victimes indirectes 21 B R6parations non-p6cuniaires ............... 25 t. Remise en libert6 des Requ6rants................ 25 ii. Garantie de non-r6p6tition des violations et rapport de mise en ceuvre 26 iii Publication de la d6cision .................. 28 VI SUR LES FRAIS DE PROCEDURE............ 29 A. Frais de proc6dure devant la Cour de c6ans 29 B. Autres d6penses relatives d la procedure devant la Cour de c6ans 31 VII. DISPOSITIF 32 e-- W-62 T 00035I La Cour compos6e de : Sylvain ORE, Pr6sident; Ben KIOKO, Vice-pr6sident ; Rafa6 BEN ACHOUR, Angelo V. MATUSSE, Suzanne MENGUE, M-Th6rdse MUKAMULISA, Tujilane R. CHIZUMILA, Chafika BENSAOULA, Blaise TCHIKAYA, Stella l. ANUKAM, Juges ;et Robert ENO, Greffier Conform6ment i l'article 22 du Protocole relatif d la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples portant cr6ation d'une Cour africaine des droits de l'homme et des peuples (ci-aprds < le Protocole >) et d l'article 8(2) du Rdglement int6rieur de la Cour (ci-aprds < le Rdglement >), la Juge lmani D. ABOUD, de nationalit6 tanzanienne, n'a pas siege en I'espece. En l'affaire Wilfred ONYANGO NGANYI, Boniface Mwangi MBURU, David Ngugi MBURU, Michaet Mbanya WATHIGO, Peter Gikura MBURU, Simon Githinji KARIUKI, Jimmy Maina NJOROGE, Patrick Muthe MUR|lTHl, Gabriel Kungu KARIUKI et Simon Ndung'u KIAMBUTHI Repr6sent6s par Me Donald O. DEYA, Union panafricaine des avocats (UPA) contre REPUBLIQUE-UNIE DE TANZANIE Repr6sent6e par Dr. Clement J. MASHAMBA, Solicitor Generali Mme Sarah MWAIPOPO, Directrice des affaires constitutionnelles et des droits de l'homme, Cabinet del'Aftorney General ; 1 0003: ,3 Mme Nkasori SARAKIKYA, Directrice adjointe charg6e des droits de I'homme, Principal State Attorney, Cabinet del'Attomey General; IV M. Baraka LUVANDA, Ambassadeur, Chef de la division des affaires juridiques, Ministdre des Affaires 6trangdres, de l'Afrique de l'Est et de la coop6ration r6gionale et internationale ; v M. Abubakar MRISHA, Senior State Attorney, Cabinet de l'Attorney General ; VI Mme Blandina KASAGAMA, Juriste, Ministdre des Affaires 6trangdres, de I'Afrique de l'Est et de la coop6ration r6gionale et internationale ; aprds en avoir d6lib6r6, rend I'arrdt suivant I. OBJET DE LA REOUETE 1. La pr6sente Requdte en r6paration a et6 d6pos6e en application de l'arrdt sur le fond rendu par la Cour le 18 mars 2016'. Dans cet arr6t, la Cour a conclu d I'unanimit6 que l'Etat d6fendeur avait viol6 le droit des Requ6rants d'6tre jug6s dans un d6lai raisonnable et d une assistance judiciaire, droits inscrits d l'article 7(1Xc) et (d) de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples (ci- aprds d6nomm6e < la Charte>). 2. Ayant constat6 ces violations, la Cour a ordonn6 a l'Etat defendeur ce qui suit Fournir une assistance judiciaire aux Requ6rants dans le cadre des poursuites engag6es d leur encontre devant les juridictions nationales ; 1 Voir Requ6te n"006i2013. Arret du 181312016 (Fond), Wilfred Onyango Nganyi et autres c. Rdpubliqu* Unie de Tanzanie (ci-apres < Wilfred Onyango Nganyi et autres c. Tanzanie (Fond >), g 190 2 000$s 7 Prendre toutes les mesures n6cessaires, dans un d6lai raisonnable, ., pour diligenter et finaliser toutes les proc6dures d'appel en matidre p6nale concernant les Requ6rants devant les juridictions nationales ; iii. lnformer la Cour des mesures prises, dans un d6lai de six (6) mois d compter de la date du pr6sent arr6t. 3. Conform6ment i I'article 63 du Reglement, la Cour a invit6 les Requ6rants A d6poser leur m6moire sur les autres formes de r6paration dans les trente (30) jours suivant r6ception de la copie certifiee conforme de I'arr6t sur le fond et I'Etat d6fendeur d y r6pondre dans les trente (30) jours suivant r6ception des observations des Requ6rants. II. BREF HISTORIQUE DE L'AFFAIRE 4. Comme la Cour l'a indiqu6 dans l'arr€t rendu sur le fond de I'affaire, les Requ6rants, qui sont au nombre de 10, tous citoyens de la Republique du Kenya, ont saisi la Cour le 23 juillet 2013, all6guant la violation de leur droit i un procds 6quitable lors des proc6dures devant les juridictions de l'Etat d6fendeur. Les poursuites devant les juridictions internes d6coulent de leur arrestation au Mozambique et de leur transfdrement sur le territoire de l'Etat d6fendeur of ils ont 5t6 d6tenus et jug6s pour meurtre et vol ir main arm6e. 5. Sur les dix (10) Requerants, cinq (5) ont 6t6 acquittds et lib6r6s le 5 mars 2014, aprds I'abandon de la charge de meurtre, faute de preuves. lls'agit de Boniface Mwangi Mburu, David Ngugi Mburu, Michael Mbanya Wathigo, Peter Gikura Mburu et Simon Githinji Kariuki. Deux (2) de ces cinq (5) Requ6rants sont d6ced6s le 17 septembre 2015. ll s'agit de Boniface Mwangi Mburu et de Simon Githinji Kariuki. Les cinq (5) autres, d savoir Wilfred Onyango Nganyi, Jimmy Maina Njoroge, Patrick Mutle Muriithi, Gabriel Kungu Kariukiet Simon 3 000356 , Ndung'u Kiambuthi, ont 6t6 reconnus coupables de vol d main arm6e et condamn6s chacun i une peine de trente (30) ans de r6clnsion. 6. Aprds avoir tent6 de contester devant les juridictions nationales leur arrestation et leur d6tention qu'ils estimaient contraires d la loi, les Requ6rants ont saisi la Cour de c6ans, qui a constate la violation par I'Etat d6fendeur de leur droit d un procds 6quitable et ordonn6 aux Parties de d6poser leurs observations sur les reparations, comme indique plus haut. III. RESUME DE LA PROCEDURE DEVANT LA COUR 7. Le 18 mars 2016, le Greffe a transmis copie certifi6e conforme de l'arr6t sur le fond aux Parties. 8. Les Parties ont d6pos6 leurs observations sur les r6parations dans les d6lais fix5s par la Cour. 9. La proc6dure 6crite a 6t6 close le 28 janvier 2019 et les Parties en ont 6t5 d0ment notifi6es. IV, MESURES DEMANDEES PAR LES PARTIES 10. Les Requ6rants demandent d la Cour de rendre les mesures ci-aprds ( accorder i titre de compensation les sommes d'argent indiqu6es aux paragraphes 1m a 180 de leur M6moire sur les reparations ; r5tablir dans leurs droits les personnes qui purgent actuellement une peine de prison contraire A la loi et ordonner leur remise en libert6 ; 4 e-' 00035 5 ;{ iii. appliquer le principe de proportionnalit6 lors de statuer sur les montants des r6parations d octroyer ; iv. ordonner a l'Etat defendeur de garantir la non-repetition des violations subies par les Requ6rants ; v. ordonner d l'Etat d6fendeur de lui faire rapport tous les six mois, jusqu'dr mise en euvre compldte des ordonnances qui seront rendues d l'issue de I'examen des mesures de r6parations demand6es ; vi. ordonner d l'Etat d6fendeur, d titre de mesure de satisfaction, de publier dans le Journal officiel l'arr6t rendu par la Cour le 3 juin 2016 sur le fond, en anglais et en Swahili ; vii. ordonner toute autre mesure de r6paration que la Cour estime n6cessaire >r. 11. Pour sa part, l'Etat defendeur demande d la Cour de prendre les mesures ci- aprds et de dire ce qui suit : ( i. dire que I'arr6t rendu par la Cour le 18 mars 2016 constitue une mesure de r6paration suffisante par rapport aux mesures que les Requ6rants ont sollicit6es dans leur demande de r6paration ; ii. ordonner aux Requ6rants de soumettre d la Cour et d l'Etat d6fendeur les d6clarations sous serment et les autres documents qu'ils affirment avoir joints d leur demande, alors qu'ils ne les y ont pas joints ; iii. ordonner aux Requ6rants de soumeftre d la Cour et d l'Etat d6fendeur la v6rification et la justification des montants demand6s. iv. dire que les revendications des Requ6rants relatives aux honoraires des avocats doivent 6tre 6valu6es d l'aune du programme d'assistance judiciaire mis en place par la Cour, aussi bien pour I'affaire principale que pour I'affaire subsidiaire relative aux r6parations ; v. dire que la demande de remise en libert6 des Requ6rants est rejet6e ; 5 @-, ? 00035{,. , vi. dire que la demande de remise en libert6 des Requ6rants est un acte de m6pris d l'6gard de I'arr6t rendu par la Cour africaine des droits de I'homme et des peuples ; vii. dire que la Cour n'a constat6 aucune violation grave du Droit international des droits de I'homme et du droit international humanitaire ; viii.dire que les Requ6rants n'ont droit d aucune r6paration ; ix. dire que la demande de r6paration des Requ6rants est rejetee dans son int6gralit6, avec d6pens ; x. dire que toutes les violations pr6sum6es ayant 6t6 commises avant le dep6t par I'Etat d6fendeur de la d6claration par laquelle il a accept6 que la Cour soit saisie directement de requOtes 6manant des individus, la Cour en cons6quence n'a pas compdtence pour ordonner des r6parations pour des actes commis avant le 29 mars 2010 ). V. SUR LES REPARATIONS 12. La Cour reldve que l'article 27(1) du Protocole dispose que ( Lorsqu'elle estime qu'il y a eu violation d'un droit de l'homme et des peuples, la Cour ordonne toutes les mesures appropri6es afin de rem6dier d la situation, y compris le paiement d'une juste compensation ou I'octroi d'une r€paration >, et, conform6ment i l'article 63 de son Rdglement, < la Cour statue sur la demande de r6paration introduite en vertu de I'article 34.5 du pr6sent Rdglement, dans l'arr6t par lequel elle constate une violation d'un droit de l'homme ou des peuples, ou, si les circonstances l'exigent, dans un arr6t s6par6. > l3.Conform6ment d ses pr6c6dents arr6ts en matidre de r6parations, la Cour estime que les demandes de r6parations ne seront accord6es que si l'Etat d6fendeur est internationalement responsable et si le lien de causalit6 est etabli ; et les r6parations, lorsqu'elles sont accord6es, doivent couvrir 6 00035t I' l'int6gralit6 du pr6judice subi. La charge de la preuve incombe en outre au Requ6rant, qui doit justifier ses r6clamations2. 14. La Cour reldve que la responsabilit6 de I'Etat defendeur et le lien de causalit6 ont 6t6 6tablis dans l'arrdt sur le fond. 15.S'agissant de l'ampleur du prejudice d couvrir pour la violation du droit d'6tre jug6 dans un delai raisonnable, la Cour fait observer que dans son arr€t sur le fond elle a 6tabli que le pr6judice a 6t6 subi pendant la periode durant laquelle I'affaire est rest6e en instance avant le d6but du proces. Cette periode est de deux (2) ans, six (6) mois et quatorze (14) jouis, soit trente (30) mois et quatorze (14) jours3. 16. La Cour note en outre que les demandes de r6paration des Requ6rants portent d la fois sur le prejudice mat6riel et le prejudice moral. Comme indiqu6 pr6c6demment, les r6clamations relatives au pr6judice mat6riel doivent 6tre 6tay6es par des preuves. La Cour a 6galement conclu que le but premier de la r6paration est d'assurer notamment une restitution int6grale, qui consiste i placer la victime, dans la mesure du possible, dans la situation ant6rieure i la violationa. 2 Voir Requ6te no01312011. Arr6t du 05/6/2015 (Reparations), Noheft Zongo c. Burkina Fasa (ci-apres designe ( Norbed Zongo et autrcs c. Burkina Faso (R6parations) r), SS 20 a 31 ; Requ6te no00412013. Arr6t du 03/6/2016 (R6parations), Loh6 /ssa Konatd c. Burkina Faso (ci-aprds ddsignb Lohd lssa Konat1 c. Burkina Faso (R6parations) ry', SS 52 a 59 ; et Requ€te n"01112011. Arr€t du 131612014 (Reparations), Reverend Chistopher R. Mtikila c. Rdpubligue-Unie de Tanzanie (ci-apres designe < R6v6rend Chistopher R. Mtikila c. Tanzanie (R6parations) ll), SS 27 a 29. 3 Voi Wilfred Onyango Nganyi et autres c. Tanzanie (Fond) 124 et 155 aYot Norbeft Zongo et autres c. Bu*ina Faso (Reparations)$$$ 57 ir 62. 7 *r a0o9|.2 17.Pour ce qui est du pr6judice moral, comme la Cour I'a dejd conclu, il est pr6sum6 en cas de violations des droits de I'homme et l'6valuation du montant doit se faire en 6quit6, en tenant compte des circonstances de l'espdce6. Conform6ment d la pratique constante de la Cour, des montants forfaitaires sont accord6s dans de telles circonstancesT. 18. La Cour reldve que les demandes concernant les deux Requ6rants decedes, Boniface Mwangi Mburu et Simon Githinji Kariuki, ont 6t6 formul6es par Winnie Njoki Mwangi et Margaret Nyambura Githinji, qui n'6taient pas parties d Ia proc6dure au fond de l'affaire. Ces personnes ont produit des documents valables qui prouvent qu'elles sont les 6pouses des Requ6rants respectifs. La Cour considdre, au regard des circonstances et conform6ment d la pratique g6n6ralement convenue dans les proc6dures internationales relatives aux droits de I'homme8, que les personnes qui r6clament des r6parations ont remplac6 ces Requ6rants en qualit6 de repr6sentants l6gaux de leurs ayants- droits dans la pr6sente proc6dure en r6paration. 19. La Cour fait en outre observer qu'en l'espdce, les Requ6rants formulent leurs demandes dans des monnaies diff6rentes. A cet 6gard, la Cour estime, par souci d'equite et consid6rant que le Requdrant ne devrait pas 6tre amen6 d supporter les fluctuations inh6rentes aux activit6s financidres, qu'il convient de d6terminer le montant des dommages-int6rets au cas par cas. En rdgle 5 lbid., S 55. Voir 6galement lssa Loh6 Konate c. Bu*ina Faso (R6parations) S 58. 8 Vot Norbert Zongo et autres c.Burkina Faso (Reparations) $ 61 ; Voir RequCte n"OO1/2015. Arret du 0711212018 (Fond et Reparations), Armand Gudhi c. Rdpubligue-Unie de Tanzanie (interventibn de la Republique de COte d'lvoire) (Fond et R6parations) (ci-apres designe < Armand Guehi c. Tanzanie (Fond et R6parations) )), S 177. 7 Yoi Norbert Zongo et autres c. Burl<ina Faso (Reparations), g 62. E Voir, par exemple, comme il est de pratique d la Cour europeenne des droits de l'homme, Raymond c. Italie, 22 f6vrier 1994, $ 2 serie A n' 281 A; Stojkovic c. ex-R€publique yougoslave de Macddoine, n"14818102,8 novembre 2007, S 25; X c. France, 31 mars 1992, S 26, s6rie A n" 234 C; et M.P. et autres c. Bulgaie, n" 224571O8, '15 novembre 2011, SS 96-100 8 i q 42-- 00035I g6n6rale, ces dommages-int6rets doivent 6tre accord6s, dans la mesure du possible, dans la monnaie dans laquelle la perte a 6t6 subiee. 20. En I'espece, les Requ6rants 6tant des ressortissants de la R6publique du Kenya oi ils menaient leurs activites, la perte de revenus allSgu6e aurait d0 6tre 6valu6e en shillings kenyans. Toutefois, I'Etat d6fendeur n'ayant pas contest6 le fait que les Requ6rants aient formu16 leurs demandes de r6paration en dollars des Etats-Unis, le montant de ces r6parations, si elles sont octroy6es, sera libell6 dans cette monnaie. A. R6parations p6cuniaires Pr6judice mat6riel 21. Les Requ6rants demandent des r6parations pour la perte de revenus et les frais encourus dans les proc6dures devant les juridictions nationales. a. Perte de revenus 22.Sefondantsurl'affaire Konatd mentionn6eplushautetdanslaquellelasomme de cinquante mille (50 000) dollars des Etats-Unis a et6 octroy6e au Requ6rant pour la perte de ses revenus, les Requ6rants en I'espdce demandent d la Cour d'octroyer A chacun de ceux d'entre eux qui ont 6t6 acquitt6s, d savoir, Michael Mbanya Wathigo, David Ngugi Mburu, Boniface Mwangi Mburu, Peter Gikura Mburu and Simon Githinji Kariuki, la somme de cinquante mille (50 000) dollars des Etats-Unis pour chacune des six (6) annees pass6es en prison, ce qui 6quivaut i un montant total de deux cent quatre-vingt-huit mille huit cent quatre-vingt-neuf (288 889) dollars des Etats-Unis par Requ6rant acquitt6. e Voir Requ6te n"00312014. Arr6t du 0711212018 (Reparations), lngabire Victoire lJmuhoza c. Rdpubtique du Rwanda,$45 9 @- F 000350 23. S'agissant de ceux qui ont 6t6 reconnus coupables, les Requ6rants demandent d la Cour d'octroyer d chacun d'entre eux, i savoir Onyango Nganyi, Jimmy Maina Njoroge, Patrick Muthe Muriithi, Gabriel Kungu Kariukiet Simon Ndung Kiambuthi la somme de trois cent soixante{rois mille huit cent quatre-vingt- neuf (363 889) dollars des Etats-Unis, pour la perte de leurs revenus. z4.L'tlal d6fendeur conteste ces demandes qu'il juge infond6es, erron6es et ind6fendables. ll fait valoir que, contrairement i I'affaire Konatd dans laquelle la perte de revenus r6sultant de la suspension de la publication de son hebdomadaire n'6tait pas contest6e, les Requ6rants n'ont pas fourni de preuve tangible des activit6s commerciales qu'ils exergaient ni des revenus tir6s de ces activit6s. zs.L'Elal d6fendeur ajoute que m6me si leur source de revenu 6tait etablie, ils ne seraient toujours pas en droit de r6clamer une quelconque indemnisation pour perte de revenus, ayant 6t6 poursuivis et emprisonn6s par les juridictions comp6tentes, pour vol d main arm6e et meurtre. 26. La Cour note, comme elle l'a d6jd relev6 dans son arr6t sur le fond, que les violations 6tablies n'ont pas influenc6 l'issue de la proc6dure au niveau des juridictions nationales en ce qui concerne les Requ6rants qui ont 6t6 d6clar6s coupables. En r6alite, les griefs soulev6s devant la Cour par ces Requ6rants ne portaient pas sur leur arrestation ou d6tention ill6gales. Par ailleurs, le pr6judice subi par les Requ6rants a 6t6 r6par6 dans l'arr6t sur le fond rendu par la Cour, dans lequel celle-ci a ordonn6 d l'Etat d6fendeur de fournir une assistance judiciaire aux Requ6rants dans le cadre des poursuites dont ils faisaient l'objet, de diligenter et de finaliser toutes les proc6dures d'appel en matidre p6nale les concernant, devant les juridictions nationales. 10 000349 27.itla lumidre de ce qui pr6cdde, les demandes de r6parations pour pr6judice mat6riel subi par les Requ6rants qui ont 6t6 d6clar6s coupables ne sont pas justifi6es. Elles sont donc rejet6es. 28. La Cour reldve en outre que les Requ6rants acquitt6s I'ont 6t6 pour absence de preuves. Le retard de trente (30) mois et quatorze (14) jours cit6 plus haut a n6cessairement caus6 un pr6judice qui n6cessite r6paration. 29. Toutefois, la Cour considdre que la norme qu'elle a etablie dans l'affaire Konatd doit 6tre appliqu6e au cas par cas, 6tant donn6 que le prejudice mat6riel sera n6cessairement proportionnel au revenu personnel et d la perte dont la preuve sera fournie. Cette position est renforc6e par la divergence des chiffres r6clam6s par les Requ6rants dans leurs d6clarations sous serment respectives. Chacun d'eux y indique en effet qu'il poss6dait sa propre entreprise qui lui procurait un revenu diff6rent de celui des autres. Ces r6clamations doivent donc 6tre 6valu6es au cas par cas. 30. Le Requ6rant Peter Gikura Mburu affirme dans sa d6claration sous serment qu'il dirigeait une entreprise de livraison de volaille et que son revenu annuel net tire de cette activit6 s'6levait d pr6s de quarante-un mille deux cent cinquante (41250) dollars des Etats-Unis. ll a pr6sent6 comme preuve de cette activit6 le contrat de prestation de services ainsi que la lettre de r6siliation dudit contrat suite i la non-livraison de la marchandise convenue. ll demande donc d la Cour de lui octroyer la somme de deux cent quatre-vingt-huit mille huit cent quatre-vingt-neuf (288 889) dollars des Etats-Unis pour compenser la perte subie pendant toute la p6riode de son incarc6ration. 1 ofr03{8, 31 . Le Requ6rant Peter Gikura Mburu soutient en outre que son etat de sant6 s'est consid6rablement d6t6rior6 du fait de son incarc6ration et que sa famille a d0 d6bourser prds de neuf cent (900) dollars des Etats-Unis pour l'achat de m6dicaments. ll a pr6sent6 des regus i l'appui de sa demande. 32. La Cour reldve en ce qui concerne la perte all6gu6e de revenus r6sultant de la r6siliation de son contrat de livraison, que le contrat de prestation de services et la lettre de r6siliation dudit contrat constituent ensemble la preuve prima facie de I'existence d'un contrat et non des revenus qui en d6coulent. En outre, il n'existe aucune corr6lation entre la r6siliation du contrat et la perte du revenu annuel que le Requ6rant chiffre i quarante -un mille deux cent cinquante (41 250) dollars des Etats-Unis. La Cour considdre que d'autres 6l6ments de preuve, comme des relev6s bancaires ou des d6clarations d'imp6ts pay6s sur le revenu annuel allegue ou sur le revenu brut de ce contrat particulier ou d'autres contrats similaires auraient d0 6tre pr6sent6s. En l'absence de ces pidces, il n'existe pas suffisamment de preuves pour 6tablir la perte alleguOe et la compensation y relative. La demande est donc rejet6e. 33. S'agissant de la r6clamation relative ir l'argent d6pens6 pour I'achat de m6dicaments, d savoir neuf cent (900) dollars des Etats-Unis, la Cour constate que la somme r6clam6e est sup6rieure au montant total indiqu6 sur les regus joints. En cons6quence, sur la base des montants figurant sur les pidces justificatives fournies, la Cour octroie au Requ6rant la somme de deux-cent cinquante (250) dollars des Etats-Unis. 34. En ce qui concerne, Simon Kariuki Githinji (d6c6de), il ressort de la d6claration sous serment faite par Margaret Nyambura Githinji, son 6pouse, qu'il menait une activit6 de vente de ferraille qui lui rapportait prds de sept mille (7 000) t2 00034tr dollars des Etats-Unis par an. Une copie certifiee conforme de la licence d'exploitation a et6 jointe d cet effet. 35. La Cour fait observer que la r6clamation pour pertes de revenus d'un montant de sept mille (7 000) dollars des Etats-Unis n'est 6tay6e par aucune preuve. La Cour estime que m6me si l'6pouse du d6funt a pr6sent6 une licence d'exploitation, cette pidce d elle seule ne saurait repr6senter ou justifier le montant r6clam6, car elle ne constitue que la preuve de l'existence de ladite activit6. La demande est donc rejetee. 36. Le Requ6rant David Ngugi Mburu affirme dans sa d6claration sous serment qu'il menait des activit6s de vente de ferraille et d'objets de recuperation, il ajoute qu'il pratiquait 6galement de I'agriculture et de l'6levage et avait un revenu annuel net de prds de trente-deux mille cinq cent (32 500) dollars des Etats-Unis. ll a produit la licence d'exploitation et le:s bons de livraison relatifs d l'activit6 de vente de ferraille. ll soutient qu'en raison de son absence prolongee due au procds, son entreprise s'est effondree. ll r6clame en cons6quence la somme totale de deux cent quatre-vingt-huit mille huit cent quatre-vingt-neuf (288 889) dollars des Etats-Unis. 37. La Cour estime que la pr6sentation d'une licence d'exploitation et de bons de livraison constitue la preuve qu'une entreprise existait et qu'elle 6tait en activit6. Ces documents ne rendent cependant pas compte de manidre exhaustive et d6taill6e du revenu qui en d6coulait pour justifier le montant r6clam6. 38. Compte tenu de la dur6e de son incarc6ration et par souci d'6quite, la Cour d6cide d'octroyer au Requ6rant la somme de deux mille (2 000) dollars des Etats-Unis. 13 0003{6 39. En ce qui concerne Boniface Mwangi Mburu (deced6), il ressort de la d6claration sous serment faite par Winnie Njoki Mwangi, son 6pouse, qu'il menait des activit6s d'importation de v6tements qui lui rapportaient prds de six mille (6 000) dollars par an. Son 6pouse a produit une copie certifi6e conforme des documents relatifs i ses voyages i Dubai. 40. La Cour reldve que les documents pr6sent6s ne donnent aucune indication sur la nature des activit6s que menait le d6funt. Le billet d'avion joint d la d6claration sous serment de son 5pouse n'est non plus ni un justificatif du type d'activit6 que menait son 6poux, ni la preuve de I'objet de ses voyages. La demande est donc rejet6e. 41. Le Requ6rant Michael Mbanya Wathigo affirme quant d lui dans sa d6claration sous serment qu'il exploitait une ligne de transport scolaire et une entreprise de recyclage de papier. ll soutient en outre qu'il se rendait fr6quemment dans plusieurs pays, ainsi qu'd Dubai oi il se rendait deux fois par an pour honorer les diverses commandes de ses clients. ll alldgue que le revenu annuel net que lui rapportaient ses activit6s s'6levait i prds de cinquante-huit mille quatre cent quatre (58 404) dollars des Etats-Unis. ll a produit une preuve de l'activit6 qu'il menait. ll demande d la Cour de lui octroyer la somme de trois cent soixante- trois mille huit cent quatre-vingt-neuf (363 889) dollars des Etats-Unis. ll a 6galement fourni la preuve que le visa d'entr6e en Turquie lui avait 6t6 refus6 une fois. 42.La Cour fait observer qu'aucune preuve n'a 6t6 rapport6e etablissant que le Requ6rant avait I'habitude de se rendre d Dubai pour ses affaires. Par ailleurs, il subsiste un doute quant au propri6taire de l'entreprise de transport, les documents produits d cet effet indiquant que le Requ6rant n'en 6tait que le coordonnateur. ,Y- @-- 0003{5 43. La Cour reldve en revanche que la licence d'exploitation vers6e au dossier constitue la preuve que le Requ6rant 6tait propri6taire d'une entreprise de recyclage de papiers. Toutefois, aucune autre pidce justificative, notamment en rapport aux op6rations commerciales, n'a 6t6 produite pour prouver non seulement que le Requ6rant menait cette activit6, mais aussi le revenu qu'il pouvait en tirer par mois ou par an. La licence d'exploitation d elle seule ne justifie pas un revenu annuel qu'il 6value d prds de cinquante mille quatre cent deux (50 402) dollars. 44. Enfin, la Cour fait observer qu'il n'existe aucun lien entre le refus de visa d'entr6e en Turquie et la pr6sente affaire, dans la mesure oi les deux situations sont diff6rentes. L'all6gation est donc sans fondement. 45.A la lumiere de ce qui precdde, la Cour rejette la demande b. Frais de justice devant les juridictions nationales 46. Les Requ6rants demandent i la Cour de leur octroyer une compensation pour les frais de justice engag6s devant les juridictions.nationales. lls affirment qu'aprds plus de dix ann6es 6coul6s, certains des regus ont et6 6gares et que les avocats des Requ6rants ne leur d6livraient pas syst6matiquement des regus de paiements. lls affirment en outre avoir contact6 Me Ojare et Me Mwalewho, qui tous les deux ont fait savoir i leur conseil qu'ils n'6taient plus en possession des carnets de regus datant de la periode concern6e. 47.Les Requ6rants soutiennent 6galement qu'ils ont cependant pr6sent6 une correspondance Emanant du cabinet de Me Ojare, selon laquelle chaque Requ6rant etait tenu de payer cinquante mille (50 000) shillings tanzaniens par comparution. ll fait valoir qu'ainsi, en l'affaire p6nale no2 de 2006, il y a eu 137 comparutions, soit 137 x 8 x 50 000 = cinquante-quatre millions huit cent mille (54 800 000) shillings tanzaniens. lls affirment en outre que les Requ6rants 15 v- @-- oodglr concern6s n'6taient qu'au nombre de huit (8). ll s'agit de Wilfred Onyango Nganyi ;Jlmmy Maina Njoroge; Patrick Muthee Muriithi; GabrielKungu; Simon Ndung'u Kiambuthi; Michael Mbanya Wathigo; David Ngugi Mburu; et Boniface Mwangi Mburu. 48. Dans I'affaire penale n"7 de 2006, Miscellaneous Ciminal Application N"16 de 2006, l'appel en matidre p6nale no 353; appel en matidre p6nale no79 de 201 1, il y a eu 35 comparutions, soit 35 x 50 000 x10 = dix-sept million cinq cent mille (17 500 000) shillings tanzaniens. Tous les Requ6rants 6taient concern6s par cette affaire. 49. Les Requ6rants affirment en outre que le Greffe de la juridiction concern6e ne leur avait pas transmis dans son int6gralite le compte rendu de l'audience dans I'affaire p6nale no10/2006, de telle sorte qu'ils ne sont pas en mesu.re d'indiquer le nombre exact de comparutions. lls dBmandent donc i la Cour d'ordonner d l'Etat defendeur de leur communiquer les comptes rendus des audiences de cefte affaire. Celle-ci concernait sept (7) des Requ6rants, d savoir Wilfred Onyango Nganyi, Jimmy Maina Njoroge, Patrick Muthee Muriithi, Simon Kariuki Githinji, David Ngugi Mburu, Boniface Mwangi Mburu et Petei Gikura Mburu. 50. L'Etat d6fendeur soutient que les Requ6rants n'ont droit d aucune compensation pour les honoraires d'avocat pay6s dans le cadre de la proc6dure devant les juridictions nationales, car dans la plupart des cas, il n'existe aucune preuve de paiement. Et lorsque les preuves sont fournies, les montants r6clam6s sont manifestement excessifs et gonfles. 51. La Cour r6itdre, comme dans ses arr€ts pr6c6dents, que la r6paration peut inclure le remboursement des honoraires d'avocats et des autres frais engag6s L e- 000313 dans le cadre de la proc6dure devant les juridictions nationalesr0. Dans ces cas, le Requ6rant doit fournir des documents d l'appui de ses r6clamationsll. 52. La Cour reldve qu'en I'espdce, et sur la base des conclusions tir6es plus haut au sujet des Requ6rants qui ont 6t6 declar6s coupables, la demande de paiement des frais de justice encourus devant les juridictions nationales ne peut 6tre justifi6e qu'en ce qui concerne les Requ6rants acquitt6s. Ceux-ci ont pr6sent6 le bardme applicable des frais et honoraires des avocats qui les ont repr6sent6s dans les diff6rentes affaires devant les juridictions nationales. La Cour constate cependant que dans de nombreux cas, les Requ6rants n'ont fourni aucune piece justificative d I'appui des frais qu'ils alldguent avoir engag6s. lls affirment qu'au fil des ann6es, les regus ont 6t6 egar6s. La Cour conclut que cette explication n'est pas une preuve suffisante des d6penses engag6es et que la demande est rejet6e. 53. Pour ce qui est des d6penses dont les pidces justificatives ont 6t6 fournies, comme les regus ou autres pirbces 6quivalentes, une compensation est n5cessaire. En cons6quence, la Cour octroie les r6parations ci-aprds : David Ngugi qui a vers6 un million huit-cents mille (1 800 000) shillings tanzaniens au cabinet d'avocat Loom-Ojare & Co ; Michael Mbanya Wathigo qui a vers6 cinquante mille (50 000) shillings tanzaniens au cabinet d'avocat Loom-Ojare & Co ; et Peter Gikura Mburu qui a vers6 deux millions (2 000 000) de shillings tanzaniens au cabinet d'avocat J.J. Mwale & Co. 10 Voir Armand Guehi c. Rdpublique-Unie de Tanzanie (Fond et R6parations), $ 188. Voir 6galement Norbert Zongo et autres c. Burkina Faso (R6parations), $ 79. 11 Voir Rdv6rend Chistopher R. Mtikila c. Tanzanie (R6parations) g 39 r .fl-- ' ii. Pr6judice moral 000342' a. Pr6judice subi par les Requ6rants 54. Les Requ6rants r6clament des r6parations portant essentiellement sur la peine, les souffrances physiques et 6motionnelles ainsi que le traumatisme dont ils ont souffert tout au long des proc6dures judiciaires, ir l'issue desquelles, certains d'entre eux sont toujours incarc6r6s. 55. lls demandent d la Cour d'accorder la somme de cent quinze mille cinq cent cinquante-six (115 556) dollars des Etats-Unis d chaque Requ6rant acquitt6 et la somme de cent quarante-cinq mille cinq cent cinquante-six (145 556) dollars des Etats-Unis aux Requ6rants qui ont ete d6clar6s coupables. 56. Les Requ6rants acquitt6s invoquent I'affaire Konatd c. Burkina Faso12, dans laquelle la Cour a octroy6 d la victime la somme de vingt mille (20 000) dollars des Etats-Unis, i titre de dommages-int6rdts, pour le pr6judice moral subi pendant toute la pdriode de dix-huit (18) mois pass6s en prison. Sur cette base, les Requ6rants en l'espdce affirment qu'ils ont passe huit (8) ans et huit (8| mois, soit cent quatre (104) mois en d6tention et que si la Cour venait d d6cider d'octroyer une compensation au prorata, celle-ci serait de cent quinze mille cinq cent cinquante-six (115 556) dollars des Etats-Unis, soit le montant total indiqu6 ci-dessus. 57. Les Requ6rants qui ont 6t6 dSclar6s coupables font valoir qu'ils sont en prison depuis cent trente-un (131) mois d6jd, et que leurs procds en appel ne sont toujours pas achev6s. lnvoquant dgalement I'affaire Konate, ils demandent it la Cour de leur octroyer d chacun la somme de cent quarante-cinq mille cinq cent cinquante-six (145 556) dollars des Etats-Unis sur Ia base d'une 6valuation au prorata du prejudice subi. 12 Voir Loh6 lssa Konat€ c. Burkina Faso (R6parations), $ 5 18 €_-- 00034t 58. Pour sa part, l'Etat defendeur fait valoir que les Requ6rants n'ont pas subi de pr6judice moral 6tant donne qu'ils ont ete pris en charge de manidre appropri6e par le gouvernement depuis le jour de leur incarc6ration jusqu'aujourd'hui. ll en conclut que les Requ6rants n'ont droit d aucune reparation. 59. L'Etat d6fendeur soutient 6galement que la demande d'un montant de cent quinze mille cinq cent cinquante-six (115 556) dollars des Etats-Unis par Requ6rant acquitt6 est d6nu6e de tout fondement et n'est que le fruit d'une r6flexion aprds coup, les Requdrants n'ayant jamais subi de perte de revenus. 60.11 ajoute que contrairement d l'affaire Konatd dans laquelle il existait des 6l5ments prouvant la perte de revenus, le Requerant 6tant r6dacteur en chef d'un hebdomadaire, la demande en l'espdce ne contient aucun 6l6ment qui prouve que les Requ6rants disposaient chacun d'une source de revenus reconnue 61. La Cour note, comme elle l'a fait observer dans son arr6t sur /es rdparations, dans I'affaire Rdverend Christopher R. Mtikila c. Tanzanie, que le prejudice moral est un pr6judice constitu6 des souffrances et de d6tresse 6motionnelle caus6es d la victime, de l'angoisse de proches parents et des changements non mat6riels des conditions de vie de la victime et de sa famillel3. 62. Dans son arrdt sur le fond, la Cour a conclu d la violation du droit des Requ6rants d'6tre jug6s dans un d6lai raisonnable, eu 6gard d la prolongation anormale des proc6duresla. Comme la Cour l'a rappel6 plus haut, le retard en I'espdce est de trente (30) mois et quatorze (14) jours et non pas huit (8) ans comme l'affirment les Requ6rants. L'6valuation du montant des compensations sera donc bas6e sur une p6riode de trente (30) mois et quatorze (14) jours. 13 Voir Rbvbrend Chistopher R. Mtikila c. R6publique-lJnie de Tanzanie (Reparations), g 34 1a Voir Arr€t Onyango Nganyi et autres c. Tanzanie (Fond), g 155. 19 e-- 00034 0 63. Dans le mdme ordre d'id6es, la norme etablie dans l'affaire Konatd et invoqu6e par les Requ6rants ne s'applique pas d leur cas, en raison de la nature des infractions qui leur 6taient reproch6es. En outre, dans l'arrdt sur le fond en l'espdce, la Cour est arriv6e i la conclusion que les violations constat6es n'avaient pas fondamentalement influenc6 l'issue de la proc6dure. Compte tenu de ces consid6rations, et rappelant que les Requ6rants ont obtenu certaines formes de r6paration dans le cadre de l'examen de l'affaire sur le fond devant la Cour de c6ans, le principe de proportionnalit6 commande que le montant des r6parations pour pr6judice moral ne soit pas calcu16 de la m6me manidre que dans l'affaire Konat6. 64.S'agissant en particulier des RequSrants qui ont 6t6 d6clar6s coupables, la Cour fait observer que jusqu'au 20 ao0t 2018, date i laquelle les Requ6rants ont r6pondu aux observations de l'Etat d6fendeur sur les r6parations, rien n'indiquait que celui-ci avait pris des mesures < dans un d6lai raisonnable pour diligenter et finaliser > l'examen des affaires pendantes devant les juridictions nationales, comme la Cour l'avait ordonn6 dans son arr€t sur le fondls. Consid6rant la p6riode qui s'est 6coul6e et qui n'6tait deji pas raisonnable au moment of elle a rendu I'arr6t sur le fond, la Cour estime que le caractdre non raisonnable de ce d6lai a 6t6 aggrav5 par le fait que plus de deux ans plus tard, cette proc6dure n'6tait toujours pas cl6tur6e. ll s'ensuit dds lors que m6me si tous les Requ6rants ont subi le retard initial avant le debut de la proc6dure, ceux dont les proc6dures sont toujours en cours ont subi un pr6judice suppl6mentaire. 65. Cela 6tant, la Cour considdre que les pr6tentions des Requ6rants sont excessives. Mais par souci d'6quit6 et compte tenu des circonstances 5voqu6es ci-dessus, elle octroie trois mille (3 000) dollars des Etats-Unis aux Requ6rants acquitt6s, y compris aux ayants-droit des Requ6rants decedes ; et quatre mille (4 000) dollars des Etats-Unis aux Requ6rants qui ont ete d6clar6s 15 tbid, S 193(x) e 20 v- 00033s coupables et qui attendent toujours l'issue de leurs proc6dures en appel, compte tenu du pr6judice suppl6mentaire subi. 66.En ce qui concerne les demandes formul6es par les Requ6rants d6clar6s coupables qui alldguent que, du fait de la longue peine de r6clusion, ils ont souffert d'angoisse 6motionnelle, de la perturbation de leur projet de vie ainsi que de la perte de leur statut social, la Cour note que ces pr6judices sont la cons6quence l6gale de leur d6claration de culplbilite et de leur condamnation. Comme elle l'a rappel6 plus haut, la Cour estime que les violations conslat6es dans l'arr6t sur le fond n'ont fondamentalement influenc6 ni leur d6claration de culpabilite ni la peine prononc6es. En outre, la Cour avait rem6di6 aux violations constat6es en ordonnant i l'Etat d6fendeur de fournir une assistance judiciaire aux Requ6rants et de diligenter leurs proc6dures d'appel. Enfin, les autres demandes de r6paration sont examin5es dans le present arret. Les r6clamations connexes sont donc rejet6es. 67. La Cour reldve que dans I'arr6t sur le fond rendu dans la pr6sente affaire, elle a ordonn6 qu'il soit fourni aux Requ6rants qui avaient 6t6 condamn6s une assistance judiciaire lors de la proc6dure d'appel. Cependant, cette ordonnance ne concerne pas la violation qui decoule de l'absence d'une assistance juridique lors du procds, comme I'a etabli la Cour de c6ans. Cette violation a caus6 un pr6judice non-p6cuniaire aux Requ6rants concern6s qui dds lors demandent r6paration. La Cour octroie donc i chacun des Requ6rants qui ont 6t6 d6clar6s coupables la somme de trois cent mille (300 000) shillings tanzaniens. b. Pr6judice subi par les victimes indirectes 68. Les Requ6rants demandent d la Cour d'octroyer une r6paration aux victimes indirectes pour les souffrances 6motionnelles endur6es du fait de la violation 2t 000338 et du pr6judice subi par les Requ6rantsr6. Se fondant sur l'arr6t dans l'affaire Norbeft Zongotl,les Requ6rants demandent d la Cour d'octroyer aux victimes indirectes les montants suivants, calcul6s au prorata : i. Deux cent quatre-vingt-huit mille huit cent quatre-vingt- dix-neuf (288 899) dollars des Etats-Unis pour chacune des 6pouses des Requ6rants acquitt6s ; ii. Trois cent soixante-trois mille huit cent quatre-vingt-neuf (363 889) dollars des tltats-Unis pour chacune des 6pouses des Requ6rants d6clar6s coupables ; iii. Cent quarante-cinq mille cinq cent cinquante-six (145 556) dollars des Etats-Unis d chacun des enfants des Requ6rants qui ont 6t6 declar6s coupables et cent quinze mille cinq cent cinquante-six (1 15 556) dollars des Etats-Unis d chacun des enfants des Requ6rants qui ont 6t6 acquitt6s ; iv. Cent quarante-cinq mille cinq cent cinquante-six (145 556) dollars des Etats-Unis d chacun des frdres et seurs des personnes qui ont 6t6 d6clar6es coupables, et cent quinze mille cinq cent cinquante-six (115 556) dollars des Etats-Unis d chacun des frdres et seurs des personnes acquitt6es ; v. Cent quarante-cinq mille cinq cent cinquante-six (145 556) dollars des Etats-Unis d chacun des parents des Requ6rants qui ont 6t6 d6clar6s coupables et cent quinze mille cinq cent cinquante-six (1 15 556) dollars des Etats-Unis d chacun des parents des Requ6rants acquitt6s. 16 La liste des victimes indirectes qui figure au paragraphe 71 du prdsent arrCt est celle r6sultant de l'6valuation de la Cour de c6ans, aprds examen de la liste des victimes indirectes produite par les Requ6rants. 17 Norbeft Zongo et autres c. Burkina Faso (R6parations), S 111 (ii) 22 00033? 69. L'Etat defendeur s'oppose cat6goriquement aux demandes form6es par les Requ6rants, d6pourvues de tout fondement. Selon lui, la qualit6 de victime n'est pas 6tablie et que rien ne justifie l'octroi d'une r6paration aux personnes mentionn6es. 70. La Cour tient d rappeler que les parents des victimes d'une violation des droits de l'homme ont droit d une compensation pour le prejudice moral subi du fait des souffrances et de l'angoisse indirectes. Comme la Cour l'a fait observer dans l'affaire Zongo, < il apparait en tout cas que la question de savoir si une personne donn6e peut 6tre consid6r6e comme un des parents les plus proches ayant droit i la r6paratio4 est A d6terminer au cas par cas, en fonction des circonstances particulidres de chaque affairels >. 71.Compte tenu du contexte et des circonstances de l'espdce, il ne fait aucun doute que les proches parents des Requ6rants ont moralemenl souffert de la violation constat6e dans I'arr6t sur le fond qui est imputable a I'Etat d6fendeur. En l'absence d'arguments contraires et vu les circonstances de I'espdce, la Cour estime que seuls les parents proches qui ont le plus souffert de cette situation, notamment les conjoints, les enfants, les pdres et mdres des Requ6rants, ont droit d une compensation. En l'espdce, il s'agit donc des personnes qui peuvent revendiquer la qualitS de victimes sous r6serve de la pr6sentation de preuves. En ce qui concerne les conjoints, il s'agit de I'acte de mariage ou de toute autre preuve 6quivalente ; pour les enfants, ils n'auront besoin de produire que leurs actes de naissance ou tout autre document Equivalent attestant de leur filiation. Pour ce qui est des pdres et des m6res, ils sont tenus de produire uniquement une attestation de paternit6 ou de maternit6 ainsi qu'un acte de naissance ou toute autre preuve 6quivalentere. 18 tbid, $ 49. 1s Voir Noheft Zongo et autres c. Burkina Faso (R6parations), S 54 000336 72.La Cour note qu'en I'espdce les Requ6rants ont produit les 6l6ments de preuve requis. Sur cette base, les personnes suivantes sont consid6r6es comme victimes et ont donc droit d une r6paration pour le pr6judice moral subi : i. Pour les personnes d charge de Michael Mbanya Wathigo : ses enfants Brian Ng'ang'a Mbanya et Sally Mwikali Mbanya et sa mdre Prisca Wangeci. ii. Pour les personnes d charge de David Ngugi Mburu : son 6pouse Jane Wangare Mukami, ses enfants Eric Mburu Ngugi, Linet Wanjiku Ngugi et Lensey Mukami Ngugi et sa m6re Wanjiku Mburu Mwenda. iii. Pour les personnes A charge de Peter Gikura Mburu : son 6pouse Mary Wanjiru Njoroge, ses enfants Loise Wambui Gikura, Lucy Waceke Gikura et sa mdre Loise Wambui Mburu. iv. Pour les personnes d charge de Boniface Mwangi Mburu : son 6pouse Winnie Njoki Mwangi et son fils Ryan Mburu. v. Pour les ayants droit de Simon Kariuki Githinji : son 6pouse Margret Kariuki Githinji, ses enfants Teresia Wambui Githinji et John Bosco Kariuki, son pdre John Bosco Kariuki et sa mdre Teresia Wambui Kariuki. vi. Pour les personnes d charge de Wilfred Onyango Nganji : son 6pouse lrene Muthoni Wanjiku, sa fille Ashley Atieno Onyango et sa mdre Margaret Atieno Nganyi. vii. Pour les personnes d charge de Jimmy Maina Njoroge: son 6pouse Marion Njokiet ses enfants Brian Waiguru Maina, Leila Wamaitha Maina et Taliah Waithera Maina. viii.Pour les personnes i charge de Patrick Muthee Muriithi : son 6pouse Catherine Wangui Wanjohi, ses enfants Joe Moses Wanyeki, Bryan Muriithi, Marc Ribai et sa mdre Zipora Nyaguthi. ix. Pour les personnes d charge de Gabrile Kungu Kariuki : son 6pouse Carol Wanjiku Mwangi, ses enfants Teresia Wambui Kungu et Carlyn i 000335 Bosco Kariuki Kungu, son pdre John Bosco Kariuki et sa mdre Teresa WambuiKariuki. x. Pour les personnes d charge de Simon Ndung'u Kiambuthi : son 6pouse Susan Njeri Mbugua et ses enfants Rose Wanjiru Ndung'u et Michelle Ngawaro Ndung'u. 73. La Cour estime que le montant d allouer aux victimes indirectes, i titre de r6paration, doit 6tre proportionnel au pr6judice subi par les victimes directes. Elle considdre dds lors que les montants demand6s par les Requ6rants pour les victimes indirectes sont exag6r6s. 74. Compte tenu de ce qui pr6cdde, la Cour note que les Requ6rants et les ayants droit n'alleguent pas un niveau differencie de prejudice. Par souci d'equite, la Cour octroie les r6parations suivantes : i. mille (1 000) dollars des Etats-Unis d chacune des 6pouses ; ii. huit cents (800) dollars des Etats-Unis d chacun des enfants ; et iii. cinq cents (500) dollars des Etats-Unis dr chacun des pdres et mdres B. R6parations non-p6cuniaires i. Remise en libert6 des Requ6rants 75. Les Requ6rants demandent d la Cour < d'ordonner le r6tablissement dans leurs droits des Requ6rants en d6tention, c'est-i-dire leur remise en libert6, 6tant donn6 que la peine qu'ils purgent actuellement est contraire d la loi >. 76. L'Etat d6fendeur soutient que la demande de lib6ration des Requ6rants est vexatoire et frivole, leurs procds 6tant toujours en cours. En outre, ils ont fait appel devant la Cour d'appel qui decidera s'il y a lieu de les lib6rer ou non. e 000331 77.La Cour rappelle sa jurisprudence constante selon laquelle uhe mesure comme la remise en libert6 d'un requ6rant ne peut 6tre ordonn6e que dans des circonstances exceptionnelles ou imp6rieuses20. Ces circonstances doivent 6tre examin6es au cas par cas, en tenant compte principalement de la proportionnalit6 entre la mesure de r6paration demand6e et la gravit6 de Ia violation constat6e2l. Cette position esl bien illustr6e dans l'affaire Mgosi Mwita Makungu c. Rdpublique-Unie de Tanzanie, dans laquelle la Cour de c6ans a etabli qu'une ordonnance de liberation serait justifi6e lorsque par exemple la condamnation repose entidrement sur des consid6rations arbitraires et que l'emprisonnement r6sulterait en un d6ni de justice22. 78. Comme l'a dejd conclu la Cour, les violations constat6es dans l'arr6t sur le fond n'ont eu aucune incidence fondamentale sur I'issue de la proc6dure en cours devant les juridictions nationales. En outre, la Cour a estim6 que la d6claration de culpabilit6 des Requ6rants toujours en d6tention, et la peine qui leur a 6te impos6e 6taient conformes d la loi et que des r6parations leur ont et6 octroyees dans le pr6sent arr6t pour le retard accus6 dans la proc6dure. A la lumidre de ce qui pr6cdde, la demande n'est pas justifi6e et est rejet6e. ii. Garantie de non-r6p6tition des violations et rapport de mise en @uvre 79. Les Requ6rants demandent d la Cour d'ordonner d I'Etat d6fendeur de garantir la non-rep6tition des violations dont ils ont ete victimes et d'en faire rapport d 20 Voir par exemple, Armand Gu€hi c. Tanzanie, (Fond et R6parations), $ 164 ; et RequCte n'005/20'13. Arr6t du 20111120'15 (Fond), A/ex Thomas c. Republique-Unie de Tanzanie, (ci-apres d6sign6 < A/ex Thomas c. Tanzanie (Fond) )}), S 157. 21 Yoir Armand Guehi c. Tanzanie, (Fond el R6parations), idem ; Requ6te n"016/2016. Arr6t du 211912018, Diocles William c. Rdpublique-Unie de Tanzanie, (Fond et Reparations), S101 ; Requ6te no2712015. Arrdl du 2119120'18, Minani Evaist c. Republiqu*Unie de Tanzanie, (Fond et Reparations), S 82. 22 Voir Requ6te n" 006/20'16. ArrCt du 0711212018 (Fond et reparations), Mgosi Mwita Makungu c. Rdpublique-Unie de Tanzanie, SS 84-86. Voir aussi Diocles William c. Tanzanie (Fond et reparations), S 101: Minani Evarist c. Tanzanie (Fond et reparations), $ e- 000333 la Cour tous les six (6) mois jusqu'dr la mise en @uvre compldte des mesures de r6paration ordonn6es par la Cour. 80. L'Etat d6fendeur soutient que cette demande et celle qui concerne le rapport ir la Cour doivent 6tre rejet6es car elles avaient d6ja 6te examin6es dans l'arr6t sur le fond. 81. La Cour considdre, comme elle l'a deji releve dans l'affaire Armand Guehi c. Tanzanie, que si les garanties de non-repdtition sont g6n6ralement ordonn6es afin d'6radiquer les violations structurelles et syst6miques23 des droits de l'homme, elles peuvent 69alement s'av6rer pertinentes dans des cas individuels, lorsqu'il est 6tabli que la violation ne cessera pas ou est susceptible de se reproduire2a. 82. La Cour fait observer, comme elle l'a rappele pr6cedemment, que les violations constat6es dans I'arr6t sur le fond n'ont pas fondamentalement influenc6 l'issue de la proc6dure devant les juridictions nationales en ce qui concerne les Requ6rants qui ont 6t6 d6clar6s coupables. Pour ce qui est des Requ6rants remis en libert6, la Cour conclut que le risque de r6p6tition des violations est inexistant. Compte tenu du fait que les violations ont pris fin et que les Requ6rants ont ete d0ment indemnis6s, la Cour n'estime pas n5cessaire de prononcer Ia non r6p6tition2s. La demande est donc rejet6e. 21 Armand Gu6hi c. Tanzanie (Fond et Reparations), $ 19'1. Voir aussi Norbert Zongo et autres c. Burkina Faso (R6parations), SS 103-106; Commission africaine des droits de I'homme et des peuples, Observation g6n6rale n" 4 sur la Charte africaine des droits de I'homme et des peuples: Le droit d r6paration des victimes de la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou degradants (Article 5), S 10 (2017). Voir aussi l'affaire dite des (enfants de la rue) Villagran-Morales ef Autres c. Guatemala, Cour interam6ricaine des droits de I'homme, Arr6t sur les reparations et les d6pens (26 mai 2001). 2a Armand Guehi c. Tanzanie (Fond et R6parations) 191 et R1v€rend Chistopher R. Mtikila $ ; c. Tanzanie (Reparations), $ 43. 25 Voir Armand Gudhi c. Tanzanie (Fond et r6parations), gg 191 et 192 2'l a0agg[ a 83.S'agissant de la demande d'ordonner d l'Etat d6fendeur d faire rapport sur I'ex6cution du pr6sent arr6t, la Cour est d'avis qu'une telle ordonnance est inh6rente d ses arrEts lorsqu'elle ordonne d l'Etat d6fendeur ou d toute autre partie de mener une action sp6cifique. iii. Publication de la d6cision 84. Les Requ6rants demandent dr la Cour d'enjoindre a l'Etat d6fendeur de publier f'arr6t sur le fond au Journal officiel, en anglais et en Swahili, d titre de mesure de satisfaction. 85. L'Etat d6fendeur soutient que la Cour devrait rejeter cette demande, 6tant donn6 que l'arr6t sur le fond de la Requ6te est d6ji largement disponible sur le site internet de la Cour de c6ans. 86. La Cour estime que m6me si un arr6t peut constituer en soi une forme suffisante de r6paration de pr6judice moral, d'autres mesures, y compris la publication de la decision, peuvent 6tre ordonn6es, si les circonstances I'exigentze. Une mesure telle que la publication s'appliquerait, par exemple, en cas de violations graves ou syst6miques affectant le systdme interne de l'Etat d6fendeur; lorsque l'Etat d6fendeur n'a pas ex6cut6 une pr6c6dente ordonnance de la Cour de c6ans relative d la m6me affaire; ou lorsqu'il est n6cessaire de sensibiliser davantage le public sur les conclusions de l'affaire27 . 26 Ibid, S 194 et Reverend Chistopher R. Mtikila c. Tanzanie (Reparations), $ 45. 2TArmand Gudhi c. Tanzanie (Fond et R6parations), Voir aussi R1vdrend Chistopher R. Mtikila c $797. Tanzanie (Reparations), $45; Norbert Zongo et Autres c. Burkina Faso (Reparations), gg 103-106 28 0awsr 87. En I'espdce, la Cour reldve que, plus de deux (2) ans aprds I'avoir ordonn6 dans son arr6t sur le fond, I'Etat d6fendeur n'a toujours pas achev6 la proc6dure pendante concernant les Requ6rants d6clar6s coupables. Compte tenu de ce fait, la Cour estime que la publication de l'arrdt est justifi6e. La Cour ordonne donc que le pr6sent arr6t et l'arrdt sur le fond soient publids sur les sites lnternet du pouvoir judiciaire et du ministdre des Affaires constitutionnelles et juridiques, et y restent accessibles un (1) an au moins aprds la date de publication. U. SUR LES FRAIS DE PROCEDURE 88.Aux termes de I'article 30 du Reglement, <d moins que la Cour n'en ddcide autrement, chaque partie supporte ses frais de proc6dure>. 89. La Cour rappelle, comme elle l'a soulign6 dans ses arr6ts pr6c6dents, que la r6paration peut inclure le paiement des honoraires d'avocat et autres frais engag6s dans le cadre d'une proc6dure internationale2s. Le Requ6rant doit fournir les justificatifs des montants r6clam6s2e. A. Frais de proc6dure devant Ia Gour de c6ans 90. Les Requ6rants demandent d la Cour d'octroyer les montants suivants ii titre de compensation pour les frais de justice engag6s devant elle : Honoraires du Secr6tariat de I'UPA : huit cent (800) heures de prestations juridiques. Six cent (600) heures pour les assistants d raison de cent cinquante (150) dollars des Etats-Unis l'heure, soit quatre-vingt- 28 Yot Noheft Zongo et Autres c. Burkina Faso (R6parations), $ 79-93, et Reverend Christopher R. Mtikila c. Tanzanie (Reparations), S 39. 2e Norbeft Zongo et Autres c. Burkina Faso (Reparations), $ 81 el Reverend Christopher R. Mtikila c. Tanzanie (Reparations), $ 40 29 e.-- 000330 dix mille (90 000) dollars. Deux cent (200) heures pour le conseil principal d raison de deux cent (200) dollars des Etats-Unis l'heure, soit quarante mille (40 000) dollars des Etats-Unis, pour un montant total de cent trente mille (130 000) dollars des Etats-Unis. ii. Paiement en faveur d'Arnold Laisser : trois cent (300) dollars des Etats- Unis. iii. Frais de facilitation en faveur de William Kivuyi : quatre cent un (401) dollars des Etats-Unis. iv. Frais de facilitation en faveur de Cynthia Kimaro : huit-cents vingt-cinq (825) dollars des Etats-Unis. v. Frais de facilitation en faveur de Grace Mbogo : cinq cent cinquante- deux (552) dollars des Etats-Unis. 91.L'Etat d6fendeur soutient que la demande des Requ6rants dr l'effet du remboursement des honoraires d'avocat pay6s pour les proc6dures devant la Cour de c6ans doit 6tre rejet6e car elle n'est 6tay6e par aucune preuve. L'Etat d6fendeur considdre que les heures de travail all6gu6es ne sont pas justifi6es et que les montants sont excessifs. De plus, la participation d'Arnold Laisser, William Kivuyi, Cynthia Kimaro et Grace Mbogo d la proc6dure n'est pas expliqu6e. L'Etat defendeur soutient 6galement que la demande doit 6tre rejet6e, 6tant donn6 que la Cour de c6ans a fourni aux Requ6rants une assistance judiciaire et compte tenu de la divergence entre les sommes demand6es dans la Requ6te et les montants mentionn6s ult6rieurement par les Requ6rants. 30 @-- 000329 , 92.La Cour reldve que le Requ6rant 6tait d0ment repr6sent6 par l'UPA tout au long de la proc6dure devant elle, dans le cadre Ou Prigrammebd'assistance judiciaire de la Cour3o. La Cour fait observer par ailleurs que les services fournis dans le cadre de ce programme sont gratuits. En cons6quence, cette demande est rejet6e. B. Autres d6penses relatives i Ia proc6dure devant Ia Cour de c6ans 93. Dans leur m6moire conjoint, les Requ6rants demandent d la Cour d'ordonner le remboursement des frais de transport et de logement engag6s dans le cadre de la procddure devant elle. 94. L'Etat d6fendeur soutient que cette demande doit 6tre rejet6e, 6tant donn6 que la Cour de c6ans a fourni une assistance judiciaire aux Requ6rants. ll affirme 6galement que les demandes relatives aux autres co0ts sont le fait d'une rdflexion aprds coup, puisqu'elles n'ont pas 6t6 formulees dans la Requ€te. 95. La Cour fait observer que dans la proc6dure devant elle les Requerants 6taient repr6sent6s par l'UPA dans le cadre du Programme d'assistance judiciaire. L'argument avanc6 pour r6clamer une compensation d titre de frais d'avocat devant la Cour de c6ans ne peut donc pas s'appliquer en I'espdce. La demande est rejet6e en cons6quence. 96. A la lumidre de ce qui pr6cede, la Cour decide que chaque Partie supporte ses frais de proc6dure. 30 Voir Politique d'assistance judiciaire de la Cour africaine des droits de I'homme et des peuples pour la periode 20'13-2014, Politique d'assistance judiciaire de la Cour pour la p6riode 2015-2016 et Poli ue d'assistance judiciaire d compter de 2017 31 @--- 00033 E VII. DISPOSITIF 97.Par ces motifs La COUR, A l'unanimit6 Sur les r6parations p6cuniaires Sur le pr1judice mat6iel Rejefte la demande au titre du pr6judice mat6riel formul6e par : a. Peter Gikura Mburu ; b. Michael Mbanya Wathigo ; c. Margaret Nyambura Githinji, 6pouse du Requ6rant Simon Kariuki Gitinji (decede) ;et d. Winnie Njoki Mwangi, 6pouse du Requ6rant Boniface Mwangi Mburu (d6c6d6) ; Accorde des dommages-int6r6ts et compensations comme suit : a. Deux mille (2000) dollars des Etats-Unis i David Ngugi Mburu pour perte de revenu ; b. Deux cent cinquante (250) dollars des Etats-Unis d Peter Gikura Mburu pour frais m6dicaux ; c. Un million huit-cent mille (1 800 000) shillings tanzaniens i David Ngugi Mburu pour les frais de justice engag6s devant les juridictions nationales ; 00032? d. Cinquante mille (50 000) shillings tanzaniens i Michael Mbanya Wathigo pour les frais de justice engag6s devant les juridictions nationales ; e. Deux millions (2 000 000) de shillings tanzaniens d Peter Gikura Mburu pour les frais de justice engag6s devant les juridictions nationales. Sur le pr5judice moral iii. Rejette la demande des Requ6rants quiont 6t6 d6clar6s coupables, relative ir la longue pdriode d'emprisonnement, d I'angoisse 6motionnelle subie durant le procds et tout au long de la periode d'emprisonnement, du fait de la perturbation de leurs projets de vie et la perte de leur statut social ; IV Accorde les compensations comme suit, au titre du prejudice moral a. Trois mille (3 000) dollars des Etats-Unis d chacun des Requ6rants qui ont 6t6 acquitt6s, i savoir Michael Mbanya Wathigo, David Ngugi Mburu, et Peter Gikura Mburu, et d chacun des repr6sentants des ayants-droit des Requ6rants d6c6d6s Boniface Mwangi Mburu et Simon Githinji Kariuki, d savoir Winnie Njoki Mwangi et Margaret Nyambura Githinji; b. Quatre mille (4 000) dollars des Etats-Unis au titre de pr6judice moral i chacun des Requ6rants qui ont 6t6 d6clar6s coupables, d savoir Wilfred Onyango Nganyi, Jimmy Maina Njoroge, Patrick Muthe Muriithi, Gabriel Kungu Kariuki et Simon Ndung'u Kiambuthi ; c. Mille (1 000) dollars des Etats-Unis i chacune des 6pouses, d savoir Jane Wangare Mukami, Mary Wanjiru Njoroge, Winnie Njoki Mwangi, Margret Kariuki Githinji, lrene MuthoniWanjiku, Marion Njoki, Catherine Wangui Wanjohi, CarolWanjiku Mwangi, et Susan Njeri Mbugua; d. Huit cents (800) dollars des Etats-Unis i chacun des enfants i savoir Brian Ng'ang'a Mbanya, Sally Mwikali Mbanya, Eric Mburu Ngugi; Linet 33 1f--' T 0oWz6 Wanjiku Ngugi, Lensey Mukami Ngugi, Loise wambui Gikura, Lucy Waceke Gikura, Ryan Mburu, Teresia Wambui Githinji, John Bosco Kariuki, Ashley Atieno Onyango, Brian Waiguru Maina, Leila Wamaitha Maina, Taliah Waithera Maina, Joe Moses Wanyeki, Bryan Muriithi, Marc Ribai, Teresia Wambui Kungu, Carlyn Bosco Kariuki Kungu, Rose Wanjiru Ndung'u et Michelle Ngawaro Ndung'u; et e. Cinq cents (500) dollars des Etats-Unis d chacun ou chacune des pdres et mdres, d savoir Prisca Wangeci, Wanjiku Mburu Mwenda, Loise Wambui Mburu, John Bosco Kariuki, Teresia Wambui Kariuki, Margaret Atieno Nganyi, Zipora Nyaguthi, John Bosco Kariuki et Teresa Wambui Kariuki. f. Trois cent mille (300 000) shillings tanzaniens i chacun des Requ6rants au titre de pr6judice moral, pour n'avoir pas b6n6fici5 de l'assistance judiciaire pendant la proc6dure devant les juridictions nationales ; V Ordonne a l'Etat d6fendeur de payer les montants indiqu6s aux sous- paragraphes (ii) et (iv), en franchise d'imp6ts, dans un d5lai de six (6) mois dr compter de la date de notification du pr6sent arr6t, faute de quoi il paiera des int6r6ts moratoires calcul6s sur la base du taux en vigueur de la Banque centrale de la R6publique-Unie de Tanzanie pendant toute la periode de retard de paiement et jusqu'au paiement integral des sommes dues. Sur /es rdparations non pdcuniaires vi. Rejefte la demande de remise en libert6 des Requ6rants ; vii. Rejette la demande de garanties de non-r6p6tition des violations ; viii. Ordonne i I'Etat d6fendeur de publier le pr6sent arr6t sur les r6parations ainsi que l'arr6t sur le fond du 18 mars 2016, dans un d6lai de trois (3) mois dr compter de la date de notification du pr6sent arr6t, sur les sites lnternet du pouvoir judiciaire et du ministdre des Affaires constitutionnelles et juridiques, et de veiller i ce qu'ils y restent accessibles pendant au moins un (1) an aprds la date de la publication; 34 e--W 0(/0SA S Sur I'exdcution et le rappoft de mise en Guvre ix. Ordonne d I'Etat d6fendeur de lui soumettre, dans un d6lai de six (6) mois d compter de la date de notification du pr6sent arr6t, un rapport sur les mesures prises pour mettre en Guvre le pr6sent arr6t et, par Ia suite, tous les six (6) mois, jusqu'd ce que la Cour considdre qu'elles ont 6t6 entidrement ex6cut6es. Sur /es frais de procddure x. Rejefte la demande relative aux frais de procedure et autres frais encourus devant la Cour de c6ans ; xi. Ddcide que chaque partie supporte ses frais de proc6dure. 9ltJ,tgne ' Sylvain ORE, Pr6sident ; Ben KIOKO, Vice-pr6sident; Rafda BEN ACHOUR, Juge; ? Angelo V. MATUSSE, Juge Suzanne MENGUE, Juge ; M-Therdse MUl(AMULISA, Juge ; Tujilane R. CHIZUMILA, Juge; Chafika BENSAOULA, Juge 35 @-- 0ufiZ4 Blaise TCHIKAYA, Juge ; Stella l. ANUKAM, Juge ; et Robert ENO, Greffier Fait i Arusha, ce quatridme jour du mois de juillet de l'an deux mil dix-neul en anglais et en frangais, le texte anglais faisant foi 36